mercredi, octobre 7

  • Entre Saint-Lô et Coutances, dans la Manche, des dizaines de maisons bordant une départementale sont abandonnées.
  • Les habitants ont été priés de partir pour laisser la place à un projet d’aménagement routier… qui tarde à se réaliser.
  • Une équipe de TF1 s’est rendue sur place.

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C’est une maison abandonnée, aux vitres cassées et aux fils électriques arrachés, devant laquelle Gwenaëlle passe chaque semaine. « Là, c’est la salle où il y a le canapé normalement… il n’y a plus rien« , se désole-t-elle, en regardant par une fenêtre, dans le reportage du JT de TF1 visible en tête de cet article. Pendant 30 ans, la mère de famille a occupé cette longère, puis en 2020, le département de la Manche lui propose soudainement de la racheter pour la raser et ainsi réaménager la route voisine.

Pour 180.000 euros, elle accepte. Mais six ans après, le projet est retardé par une étude qui révèle la présence d’oiseaux dans la maison. La bâtisse est donc toujours là. « C’est désolant. Franchement, c’est terrible« , commente Gwenaëlle en observant ce qu’elle est devenue. L’ancienne propriétaire est en colère : « Moi, j’appelle cette route-là la route de la honte. Voilà, parce que c’est une honte« , lance-t-elle face à notre caméra.

TF1

Sur la RD 972, 38 maisons sont dans la même situation: sur plus de 18 kilomètres, entre Coutances et Saint-Lô, des habitations délaissées, en piteux état, qui attendent d’être démolies. 

Un producteur maraîcher que rencontre notre équipe est l’un des rares habitants à faire encore vivre la départementale. Mais à seulement 50 mètres de son commerce se trouvent deux de ces maisons fantômes. Aujourd’hui, Eric Legueurlier s’inquiète, ces sites laissés en friche représentent une vraie source de danger pour ses clients. « Il peut y avoir une maison qui perd une tôle, une ardoise et tout, qui arrive sur mes clients, prévient-il. Moi, je fais ce qu’il faut pour que mes bâtiments soient irréprochables, et à côté, ce n’est pas fait. Ce n’est pas rassurant« . 

Et sur les 38 propriétés vendues, une grande partie a été vandalisée. « Il y avait un toit, il a été démonté en l’espace d’une journée« , indique la maire de Cametours, Catherine Hervieu, devant un bâtiment désormais à ciel ouvert. Avec son adjoint, ils sont intervenus en mai dernier alors qu’un agriculteur voisin avait surpris les voleurs : « Les personnes se sont autoproclamées pour démonter les tôles« . 

Après des années d’attente, les élus demandent au conseil départemental d’agir vite, au risque de perdre des habitants. « Il faut que ça change. Il faut que la référence ‘village fantôme’ soit complètement bannie« , souligne Catherine Hervieu. Sollicité, le département de la Manche n’a pas souhaité répondre à notre équipe. Aujourd’hui, parmi les 2,9 millions de logements vacants en France, des dizaines de milliers sont à l’abandon.

La rédaction de TF1info | Reportage : Alice BOUTON, Léo LEMAITRE

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