- David Amiel a affirmé ce mardi que la hausse de la dépense publique depuis 50 ans « n’est pas allée vers la jeunesse ».
- Le ministre des Comptes publics indique qu’elle est allée au contraire « vers la retraite et vers la santé ».
- Un chiffre légèrement surévalué.
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On le sait, la France dépense davantage qu’avant. Mais de quelle manière ? David Amiel a voulu répondre à cette question. Devant l’Assemblée nationale, le ministre de l’Action et des Comptes publics a affirmé ce mardi 13 octobre que « 80% de l’augmentation de la dépense publique »
depuis 50 ans «
n’est pas allée vers la jeunesse
(nouvelle fenêtre)«
. Au contraire, « elle est allée vers la retraite et vers la santé »
, a-t-il ajouté pour défendre les économies à venir sur les retraités. Un phénomène qui a de quoi faire réagir, à l’heure où la question des moyens attribués aux jeunes est au cœur de la contestation sociale. Alors nous avons voulu vérifier.
Un chiffre dont le périmètre est bien plus large
Cette « pyramide de Ponzi politique »
, comme l’a décrite le ministre, se retrouve en annexe du projet de loi de finances (nouvelle fenêtre) présenté par le gouvernement. Dans un « rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique »
, la direction du budget, en lien avec les différents services chargés des statistiques, explique que « les dépenses sociales pèsent sur les autres priorités budgétaires »
. À la page 14 (nouvelle fenêtre), on retrouve cette information selon laquelle « 80% de l’augmentation des dépenses publiques »
sur un demi-siècle « vient des dépenses sociales, au premier rang desquelles les retraites et la santé »
. Le même document précise que cette évolution s’explique « avant tout »
par le vieillissement de la population.
La source du chiffre : les données de l’Institut national de la statistique, agrégées par le site Fipeco. En avril dernier, cette association lancée par un ancien magistrat de la Cour des comptes publie une note d’analyse (nouvelle fenêtre)sur « l’évolution des dépenses publiques depuis 50 ans »
. À partir des données de l’Insee (nouvelle fenêtre) sur la période de 1975 à 2025, elle observe que « sur les 11 points de hausse des dépenses publiques en pourcentage du PIB, les prestations sociales (en espèces et en nature) en expliquent 8,5. »
Le calcul est donc exact quand on regarde les dépenses sociales, dans leur ensemble. Elles correspondent à environ 77% de la hausse du poids des dépenses publiques dans le PIB, arrondies ici à 80%. Sauf que le champ des « dépenses sociales »
ne se réduit pas uniquement aux pensions et à la Sécu. Il couvre aussi d’autres postes comme les allocations familiales, l’assurance chômage, les minima sociaux ou les prestations liées au handicap. Autant de dépenses qui vont aussi dans la jeunesse, à l’instar des aides au logement (nouvelle fenêtre).
Retraites et santé : environ 64% de la hausse
Alors quelle est la part réelle des retraites et de la santé ? Le rapport ne le dit pas. Pour le savoir, nous nous sommes donc tournés vers les données de la Drees (nouvelle fenêtre), mises en ligne dans des infographies sur le site Touteleurope (nouvelle fenêtre). La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques constate que la part des prestations sociales est passée de 19,8% du PIB en 1974 à 31,9% du PIB 50 ans plus tard. Elle détaille la part des catégories « vieillesse-survie » (+6,1 points) et « maladie » (+3,9 points). Soit un total de 10 points. Rapportées aux 12 points de hausse de l’ensemble « prestations sociales » sur la même période, les retraites et la santé recouvrent donc environ 83% de cette augmentation.
Même si les périmètres de la Dress et celui de Fipeco ne sont pas strictement identiques, ils permettent d’évaluer la part des deux catégories dans la hausse des dépenses publiques. Les pensions de retraite et la santé représentent donc 83% de la hausse des prestations sociales, qui représentent elles-mêmes 77% de la hausse des dépenses publiques, comme nous l’avons expliqué plus tôt. Résultat, les pensions et la santé représentent donc au total environ 64% de l’ensemble de l’augmentation des dépenses publiques depuis un demi-siècle.
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En résumé, David Amiel fait ici l’amalgame entre l’ensemble des dépenses sociales
et le seul cas des retraites et de la santé.
Ces deux postes sont bien ceux qui pèsent le plus dans les caisses de l’État, mais le ministre en exagère légèrement la part, puisqu’elles n’en représentent pas 80% mais 64%. Preuve qu’il s’agit bien d’un léger raccourci, le ministre a lui-même fait la distinction plus tôt dans l’année.
Dans une interview accordée le 5 juin (nouvelle fenêtre), l’élu évoquait déjà ce « diagnostic général »
. À l’époque, il précisait que « 80% de l’augmentation de la dépense publique depuis 50 ans, c’est les dépenses sociales »
, ajoutant ensuite qu’il s’agit « d’abord, des retraites et de la santé »
. De manière plus générale, aujourd’hui, près de la moitié des prestations sociales accordées aux Français sont liées au vieillissement de la population, quand la santé en représente un tiers.
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