jeudi, octobre 15

  • En ce début de campagne présidentielle, tous les candidats mettent en scène des duels avec leurs adversaires.
  • Par exemple, Jean-Luc Mélenchon et Gabriel Attal ont fait l’un de l’autre des cibles privilégiées.
  • Ces rivalités ne sont pas choisies au hasard, elles servent les objectifs des candidats.

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La campagne s’accélère. Et pour se démarquer, se distinguer avec ses idées ou sa personnalité, il faut se différencier de ses adversaires. Avec pour but de les évincer et de l’emporter. Pour cela, les candidats à l’élection présidentielle mettent en scène des duels avec leurs adversaires. Les stratégies varient : il peut s’agir de s’opposer à celles et ceux qui sont les plus éloignés idéologiquement, ou choisir comme cible celles et ceux qui sont les mieux placés pour remporter le scrutin. Voici ce qu’il en est à six mois du premier tour, pour les principaux candidats.

Jean-Luc Mélenchon cible ses adversaires : « La macronie et l’extrême droite »

Le candidat de La France insoumise est peut-être celui qui met le mieux en scène ces duels, quitte à en changer régulièrement, au gré des semaines et de l’avancée de la campagne. Depuis l’été, les Insoumis ont entretenu un duel à distance avec le candidat Renaissance Gabriel Attal. L’objectif ? Lui accorder de l’importance pour faire monter sa candidature, en espérant qu’elle affaiblisse celle d’Édouard Philippe. Le candidat Horizons est pour l’instant le principal adversaire de Jean-Luc Mélenchon pour l’accession au second tour. Selon les sondages, les deux hommes sont les deux seuls en mesure de se qualifier au second tour face à Marine Le Pen.

Pour continuer cet affrontement à distance, Jean-Luc Mélenchon avait choisi dimanche 11 octobre d’organiser un grand meeting à Clermont-Ferrand, au lendemain d’une réunion publique de Gabriel Attal non loin de là, à Lyon. « C’est Gabriel Attal qui a lancé un défi avant l’été en disant qu’il allait faire le plus gros meeting régional. Donc notre réponse, c’est d’organiser dans la même région un meeting le lendemain », a expliqué le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon et coordinateur national de LFI, Manuel Bompard. Sur scène, l’Insoumis a finalement à peine évoqué celui qu’il juge « personnellement responsable » d’une partie de la révolte lycéenne, à cause de Parcoursup.

« Vous êtes trop outrancier et injurieux. Et puis, vous pourriez devoir vous désister bientôt pour monsieur Philippe. Je verrai avec lui », avait moqué l’Insoumis depuis le Puy-de-Dôme, en réponse à une proposition de débat formulée par Gabriel Attal. « On va se poser la question de savoir si Gabriel Attal est vraiment candidat à l’élection présidentielle », a insisté devant la presse son bras droit, le coordinateur de LFI Manuel Bompard. Attal et Philippe, « les deux nous vont et on préfère qu’ils restent deux », confirme un cadre de LFI à TF1. « Plus ça dure, plus les équipes sont installées, plus vous avez fait des promesses, et plus la fusion devient compliquée. Sans compter les coups qu’ils s’envoient et les millions qu’ils dépensent. »

Édouard Philippe, ce sera bel et bien la prochaine cible de Jean-Luc Mélenchon, qui a prévu un meeting le 5 décembre au Havre, ville… d’Édouard Philippe. « Nous voulons défier Édouard Philippe avec ce meeting dans la ville dont il est le maire », confirme Manuel Bompard.

Par ailleurs, LFI organise le 7 novembre sa convention nationale au Bourget, pour présenter son programme présidentiel, deux semaines après le congrès du Rassemblement national à Orléans, qui lancera la campagne de Marine Le Pen. De quoi confirmer la stratégie expliquée par Manuel Bompard : « Dans cette campagne, nos adversaires sont la macronie et l’extrême droite. » 

Gabriel Attal, un duel avec Mélenchon pour séduire les jeunes

Gabriel Attal a lui aussi joué le jeu du duel avec Jean-Luc Mélenchon. Ce que cherche le candidat Renaissance en choisissant l’Insoumis comme principal adversaire, c’est la pole position dans l’électorat jeune. « Je veux être le président qui parlera à la jeunesse parce qu’il la comprend, le président qui regarde vers l’avenir et veut transformer la France », a-t-il déclaré samedi 10 octobre lors d’un meeting à Lyon. En pleine mobilisation lycéenne, le candidat Renaissance se « bat » pour capitaliser sur les jeunes, un électorat qui lui est plutôt favorable, mais sur lequel Jean-Luc Mélenchon lui fait concurrence. 

Être fort auprès des jeunes, comme l’est Jean-Luc Mélenchon, et alors qu’il s’agit d’un électorat difficile à mobiliser, c’est aussi un avantage pour Gabriel Attal auprès d’Édouard Philippe. « Il a un lien avec cette génération plus fort que peut avoir un Édouard Philippe ou un Bruno Retailleau », explique un soutien de l’ex-ministre à TF1, rappelant la popularité de son candidat auprès des jeunes sur les réseaux sociaux et son expérience à la tête de l’Éducation nationale. 

« Dans le baromètre Ifop, il est assez largement en tête des candidats du bloc central : 18% des 18-25 ans votent pour nous contre seulement 8% pour Édouard Philippe », a indiqué un membre de son équipe au Parisien il y a quelques jours. Il est « le plus populaire chez les jeunes (41% chez les 18-25 ans) hors LFI ». En revanche, un sondage Ifop daté du mois de septembre et consacré à Gabriel Attal et Édouard Philippe indiquait que 29% des moins de 35 ans souhaitaient que le maire du Havre soit candidat, contre 25% pour le chef des députés Ensemble pour la République.  

Édouard Philippe veut incarner le sérieux face aux « extrêmes »

Le maire du Havre mise tout sur son sérieux et veut incarner la troisième voie, celle de la sagesse, en opposition à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Ses proches assument « d’actionner le moteur de la peur » du Rassemblement national et de La France insoumise pour donner envie à un électorat plus modéré de voter pour l’ex-Premier ministre. « Comment donner envie d’Edouard Philippe ? Par la peur des autres. Vous croyez que beaucoup de gens avaient envie de François Hollande ? Non, ils avaient juste peur de Nicolas Sarkozy », confie un proche du candidat à TF1. 

« Le fait d’être sérieux n’est pas un handicap dans la période actuelle, mais un atout », poursuit un cadre de la campagne du candidat Horizons. « Certes, en termes de marketing politique, on a fait mieux. Mais dans ces moments-là, le sérieux, pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes, je pense qu’il y a une majorité de Français pour y croire. » L’objectif est clair : faire comprendre qu’avec le RN et LFI au pouvoir « ça peut être pire », « c’est à nous de le démontrer ». 

Marine Le Pen privilégie le face-à-face avec Édouard Philippe

La candidate du Rassemblement national, toujours en tête de tous les sondages, y compris de celui publié le 14 octobre par LCI, a-t-elle vraiment un adversaire dans ce début de campagne ? Elle a choisi de se concentrer sur les deux en mesure, à l’heure actuelle, de se qualifier au second tour du scrutin à ses côtés, à savoir Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. « Le but c’est de taper sur Jean-Luc Mélenchon, car c’est lui qui va rythmer la campagne, mais en ramenant toujours ça au bilan d’Édouard Philippe aussi », assume un lieutenant de Marine Le Pen auprès de TF1.

Malgré tout, le camp de la cheffe des députés RN a une préférence pour le maire du Havre, sur lequel elle devrait un peu plus lâcher ses coups. Tout simplement parce qu’elle préférerait l’emporter face à lui au second tour de l’élection présidentielle. « Dans un cas (face à Jean-Luc Mélenchon, ndlr) on gagne plus facilement, dans l’autre on gouverne plus facilement car on a plus de légitimité », assume un cadre de la campagne. « Les gens n’auront pas voté pour nous pour faire barrage », poursuit cette même source. « Tout l’enjeu, c’est de trouver le bon dosage sur nos coups pour ne pas trop le faire baisser et en même temps ne pas trop le laisser monter », confie encore un député à propos d’Édouard Philippe.

Bruno Retailleau, une opposition frontale avec LFI

Le candidat LR Bruno Retailleau a fait de La France insoumise son principal adversaire en ce début de campagne, proposant même de l’interdire. « Je pense aujourd’hui qu’il y a une question qui se pose, c’est la question de l’interdiction de LFI. C’est très difficile en droit, mais je la lance dans le débat public », a-t-il déclaré, accusant le parti de Jean-Luc Mélenchon d’essayer « d’organiser l’insurrection » avec les blocages des lycées. 

Mardi 13 octobre sur France 5, l’ex-ministre de l’Intérieur, qui assure combattre également Marine Le Pen, a assumé de faire une graduation entre les deux candidats. « Si Madame Le Pen est élue, la France s’effondrera », « mais je gradue, je nuance. Je pense qu’on doit avoir parfois le sens de la nuance, y compris quand on examine Jean-Luc Mélenchon d’un côté et Marine Le Pen de l’autre ». 

Bruno Retailleau aimerait jouer publiquement ce débat, et que son adversaire lui réponde. Mais ce dernier joue plutôt l’ignorance. « On ne débat pas avec des gens insultants », disait un proche de Mélenchon à Libération en septembre, alors que le Républicain souhaitait organiser un débat avec l’ex-député. « S’il a besoin de nous pour monter dans les sondages, c’est non. (…) Qu’il trouve quelqu’un d’autre pour débattre. » Le patron des Républicains n’est en effet pas assez haut dans les sondages pour intéresser les Insoumis. « Retailleau s’égosille dans son coin mais pour l’instant on a décidé de ne pas lui accorder d’importance », a déclaré Jean-Luc Mélenchon à la presse samedi 10 octobre, à la veille de son meeting à Clermont-Ferrand. 

Justine FAURE avec le service politique de TF1-LCI

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