mardi, août 11

  • La Cour suprême russe a annoncé, lundi 10 août, qu’elle interdisait aux candidats du parti Iabloko de se présenter aux élections législatives de septembre.
  • Cette juridiction a ainsi accédé à la demande d’une formation nationaliste favorable au Kremlin, qui avait déposé un recours en ce sens.
  • Le parti a annoncé faire appel, disant vouloir toujours « mettre fin aux morts et ramener la paix ».

Ajoutez TF1info à vos sources sur Google

Il représentait une rare voix dissidente, d’ores et déjà silenciée pour le prochain scrutin. La Cour suprême russe a interdit, lundi 10 août, au seul parti antiguerre, Iabloko, de participer aux élections législatives de septembre en Russie. « Les demandes d’annulation de l’enregistrement » de la liste des candidats de Iabloko en vue du renouvellement de la Douma d’État, la chambre basse du Parlement russe, « ont été acceptées », a annoncé le juge Viatcheslav Kirillov. 

Le parti, dont le nom signifie « Pomme » en russe et qui correspond à un acronyme constitué par les initiales de ses principaux fondateurs, avait été autorisé à concourir à ce scrutin par la Commission électorale centrale, pourtant d’ordinaire prompte à museler les oppositions (nouvelle fenêtre). Mais une formation nationaliste favorable au Kremlin avait déposé un recours contre ce feu vert, et la Cour suprême russe a finalement accédé à sa demande. Les électeurs opposés au conflit en Ukraine (nouvelle fenêtre), qui dure depuis quatre ans et demi, se retrouvent désormais privés de toute possibilité de réclamer d’y mettre fin, via leur bulletin de vote.

« Un long chemin nous attend »

Après la lecture du jugement, une centaine de sympathisants de Iabloko, pour la plupart des jeunes, se sont rassemblés devant le siège de la Cour suprême, scandant « Honte ! Honte ! ». S’adressant à eux à l’issue de l’audience, le chef du parti, Nikolaï Rybakov, a indiqué que la formation politique ferait appel de la décision. « Un long chemin nous attend et nous avons une tâche vaste et importante : mettre fin aux morts et ramener la paix », a-t-il déclaré, soulignant que « tout ce que nous faisons doit y être consacré »

La plupart des opposants au président Vladimir Poutine sont emprisonnés, en exil ou décédés (nouvelle fenêtre), et Iabloko est le seul parti libéral encore en activité en Russie. Celui-ci a reçu le soutien de plusieurs personnalités de l’opposition vivant désormais à l’étranger, dont Ioulia Navalnaïa, la veuve de l’opposant Alexeï Navalny, décédé en 2024 en prison. Tous deux sont classés dans la catégorie des « extrémistes » dans le pays.  

Un sondage réalisé plus tôt cette année créditait Iabloko de seulement 3% des intentions de vote, un score inférieur au seuil de 5% nécessaire pour entrer à la Douma, où la formation n’a plus de sièges depuis 2007. À quelques semaines des élections, Iabloko avait pourtant dit sentir un frémissement alimenté par le ras-le-bol de jeunes Russes (nouvelle fenêtre). Ces derniers sont excédés par les restrictions dans l’usage d’internet et la propagande omniprésente du gouvernement et du parti au pouvoir Russie unie, largement majoritaire à la Douma sortante. 

« Notre bulletin de vote est la seule possibilité légale de se prononcer pour la paix », avait récemment assuré à l’AFP Nikolaï Rybakov, aujourd’hui âgé de 47 ans. Dans les sondages réalisés en juin par l’institut russe Levada, désigné « agent de l’étranger » par les autorités, 64% des Russes se prononçaient pour des négociations de paix avec Kiev (78% chez les jeunes), contre 29% qui préconisaient la poursuite des combats.

Share.
Exit mobile version