Lorsqu’ils ont commencé à manifester il y a une dizaine de jours, les manifestants boliviens qui bloquent les routes d’accès à la capitale La Paz et à la ville d’El Alto demandaient des augmentations salariales, des mesures contre l’inflation et le retrait d’une loi controversé sur la propriété agraire, dans le contexte d’une grave crise économique.
La Bolivie.. COURRIER INTERNATIONAL
À présent, les paysans, mineurs, maîtres d’école et ouvriers qui ont répondu à l’appel de la Fédération des paysans de La Paz Túpac Katari, dont les membres les plus radicaux sont surnommés les “ponchos rouges”, et de la Centrale ouvrière bolivienne (COB), principale organisation syndicale du pays, n’exigent plus qu’une chose : la démission pure et simple du président, Rodrigo Paz. Le dirigeant de centre droit a été élu en novembre dernier après vingt ans de domination du Mouvement vers le socialisme (MAS) d’Evo Morales.
Pour le quotidien conservateur El Deber, il ne fait guère de doute que “le pays fait face à un mouvement radical dangereux de déstabilisation politique, sociale et économique” mené par des “secteurs syndicalisés d’ultragauche” proches de l’ancien président Evo Morales, qui rappelle les grandes manifestations de 2003 qui avaient abouti à la démission du président Gonzalo Sánchez de Lozada.
“Protester est légitime. Mais la volonté de renverser l’ordre constitutionnel, les blocages, les destructions et les actes de violence sont criminels, illégitimes et constituent un dangereux recul pour la démocratie et notre vivre-ensemble”, s’inquiète aussi une tribune parue dans le site d’information local Visión 360.
Réforme agraire controversée
Face à la colère de la rue et au nom de la “pacification du pays”, la Chambre des sénateurs a bien annulé, le 13 mai, la très controversée loi 1720, qui devait permettre “la principale réforme agraire du siècle en Bolivie”, selon El País América. Trop tard, semble-t-il, à en juger par le peu d’effet que ce recul a eu sur les manifestations.
En autorisant “la conversion volontaire de la petite propriété agricole en moyenne”, cette loi faisait de la terre “un actif financier” et les agriculteurs de l’Amazonie, craignant “une mercantilisation du territoire”, ont été les premiers à se soulever, rappelle la version américaine du grand quotidien espagnol. Ils ont été rejoints en chemin par d’autres organisations et collectifs, tels que les paysans de l’Altiplano regroupés dans la fédération Túpac Katari. Et ils devraient confluer avec la marche organisée par le mouvement “Front Evo pueblo”, d’Evo Morales, et qui doit arriver à la Paz lundi prochain.
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