Au terme d’un procès-fleuve de plusieurs mois, le verdict est enfin tombé. Frédéric V. et Daniel B., les deux cerveaux de l’officine criminelle nichée dans la loge maçonnique Athanor, ont été condamnés respectivement à 25 et 30 ans de réclusion pour plusieurs faits criminels, dont une tentative de meurtre en bande organisée.
Daniel B., ancien membre de la DGSI, décrit tout au long du procès comme le « maître espion » chargé de recruter les hommes de main pour effectuer les basses besognes de son organisation criminelle, écope d’une peine plus lourde que son « honorable frère » en raison du meurtre du pilote de course Laurent Pasquali, dont il est reconnu coupable d’en être le complice.
Sébastien L., l’homme de main de cette « PME du crime », a, lui, été condamné à 27 ans de réclusion criminelle. Dylan B., ex-agent de sécurité de 36 ans, accusé d’avoir été l’auteur du tir mortel contre Laurent Pasquali, est quant à lui acquitté. Tout au long du procès, il a farouchement nié avoir été le tireur.
Une tentaculaire affaire
En juillet 2020, l’arrestation de deux agents de la DGSE, « Dagomar » et « Adelar », à Créteil, près du domicile de Marie-Hélène Dini, faussement désignée comme agente des services secrets israéliens, a ouvert la boîte de Pandore de l’affaire Athanor et révélé une longue liste de contrats criminels imaginés au sein d’une loge maçonnique des Hauts-de-Seine. Une opération qui aurait été montée par deux « frères », Frédéric V. et Daniel B., à la demande de Jean-Luc B., lui aussi membre d’Athanor.
Cette interpellation avait entraîné l’arrestation de Frédéric V. et Daniel B., qui avaient fini par révéler leurs activités criminelles, allant du passage à tabac à l’assassinat.
Pendant ce procès de plusieurs mois, une galerie de personnages gravitant parfois autour du monde du renseignement ou encore du secteur de la sécurité privée a défilé à la barre pour expliquer comment cette improbable chaîne de manipulation d’Athanor s’est mise en place. Une affaire où le fantasme a souvent défié la réalité et qui a plongé la cour, durant plusieurs mois, dans la complexité de l’âme humaine.
Jusqu’à 30 ans de réclusion requis
Au terme de deux jours de réquisitions, les avocats généraux avaient fini par réclamer des peines allant de 18 mois d’emprisonnement avec sursis à 30 ans de réclusion criminelle à l’encontre de 19 des 22 accusés.
Les peines les plus lourdes avaient été réclamées contre Frédéric V., Daniel B. et Sébastien L., les « trois accusés qui forment le socle sans lequel rien ne serait arrivé », selon les mots de l’avocate générale, Anabelle Philippe.
Trente ans de réclusion criminelle avaient été requis contre Daniel B., chargé de la partie opérationnelle des activités criminelles d’Athanor. Durant le procès, l’ancien membre des renseignements intérieurs s’est présenté en fauteuil roulant, très diminué après sa tentative de suicide en prison.
Concernant Frédéric V., 25 ans avaient été réclamés à son encontre. Chargé de décrocher les contrats, l’ancien journaliste a reconnu à plusieurs reprises son implication dans les activités criminelles d’Athanor, sauf dans la mort de Laurent Pasquali.
Droit dans son box et d’une diction appliquée, Frédéric V. avait notamment présenté ses excuses à Marie-Hélène Dini. Il avait ensuite raconté face à la cour comment il en était venu à accepter de l’argent pour l’organisation de son assassinat. « Tout est immoral dans cette affaire, absolument tout. Ce n’est pas tout noir ou tout blanc. J’ai touché de l’argent, certes, mais je n’ai pas principalement agi pour ça », avait-il alors déclaré depuis le banc des accusés.
Ce verdict marque, pour le moment, la fin de l’une des affaires les plus tentaculaires de ces dernières années. Les condamnés ont désormais 10 jours pour interjeter appel.
Article original publié sur BFMTV.com




