mercredi, juillet 29
Des supporters présentent une affiche représentant le président de la Fifa, Gianni Infantino, dans une baignoire de billets, lors du quart de finale du Mondial-2026 entre la France et le Maroc à Foxborough, le 9 juillet 2026 (FRANCK FIFE)

La Fifa a essuyé mercredi des critiques venues surtout d’Europe après l’annonce de son projet de création d’une société commerciale ouverte aux investisseurs privés, mais son patron Gianni Infantino continue de défendre son plan, une « occasion en or » qui n’est « pas une obligation ».

Le projet de la Fifa, révélé mardi par communiqué, doit rapporter des millions d’euros à chacun de ses membres au nom du développement du football, mais ses opposants y voient un nouvel exemple de marchandisation du sport, sur fond de soupçons de conflit d’intérêts. 

« La Fifa ne peut pas continuer à utiliser notre sport pour s’enrichir elle-même et ses amis », a lancé l’UEFA après avoir tenu dans l’après-midi une réunion d’urgence, évoquant une « opposition grandissante et significative ».

« Pas touche à notre sport », a intimé de son côté l’UE par la voix du commissaire européen chargé notamment des Sports, Glenn Micallef, estimant sur X que « la commercialisation effrénée du football était devenue nocive » et que ce projet « menaçait ce qui fait du football le sport le plus populaire du monde ».

– « Fifa Forward Enterprise » –

Le projet de la Fifa prévoit la création d’une société, la Fifa Forward Enterprise (FFE), chargée de gérer ses activités commerciales (diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences) et événémentielles (Coupe du monde, Coupe du monde des clubs, etc.). 

Des investisseurs privés pourront en posséder des parts, mais resteront minoritaires, a promis l’instance qui espère lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars, sur la base d’une évaluation de la FFE à 20 milliards de dollars. Grâce à cet argent, chacune des 211 fédérations membres de la Fifa pourrait recevoir 20 millions de dollars en plus de la dotation habituelle.

« Une part trop faible de la valeur commerciale croissante du football revient aux acteurs de ce sport qui en ont le plus besoin, a justifié Gianni Infantino. C’est une occasion en or de dynamiser le développement du sport à l’échelle mondiale. »

« Nous souhaitons contribuer à faire émerger les prochains Cap-Vert », a assuré Infantino, en référence à la sélection du petit Etat insulaire d’Afrique qui a atteint les 16es de finale du dernier Mondial pour sa première participation.

– « Attaque absolue contre le foot » –

L’intervention du patron de la Fifa visait également à clarifier les critiques visant son projet, autant sur le fond que sur la forme, les principaux acteurs du secteur affirmant ne pas avoir été consultés.

Son plan représente « une proposition, une offre » qui s’inscrit « dans le cadre d’un processus démocratique ». « Surtout, c’est une opportunité, mais pas une obligation (…) Elle marque le coup d’envoi du processus de consultation », a affirmé le dirigeant, en insistant sur le fait que le choix de participer ou non revenait aux membres.

Le président de la fédération française (FFF), Philippe Diallo, avait estimé de son côté que ce projet « soulève beaucoup d’interrogations » et a dit avoir signifié à Gianni Infantino la nécessité de « processus de décisions un peu plus transparents ».

La fédération allemande a dénoncé, elle, une « attaque absolue contre le football », ajoutant qu’il y a « un large consensus au sein des fédérations membres (de l’UEFA, NDLR) à ce propos ».

Les confédérations nord-américaine (Concacaf) et asiatique (AFC) ont elles regretté que ce projet ait été rendu public sans que les 211 fédérations membres de la Fifa aient été consultées.

Pour concrétiser la création de cette société commerciale, soumise à validation par le Conseil de la Fifa, la Fifa travaille avec la banque d’affaires J.P. Morgan et le fonds d’investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump.

D’après le journal britannique The Times qui a révélé le projet FFE avant le communiqué de la Fifa, Infantino, qui affiche régulièrement sa proximité avec le président américain, pourrait à terme devenir directeur général de la FFE, avec à la clé des revenus personnels qui pourraient être décuplés.

– Bras de fer Fifa/UEFA –

« Le conflit d’intérêts est majeur (…) On est sur une volonté, par le rapport de force, de profiter d’une situation favorable pour s’accaparer un bien commun et en tirer la plus forte profitabilité. On arrive à un niveau d’audace typique de Donald Trump, a analysé auprès de l’AFP Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport et enseignant. La question de l’intérêt personnel de Gianni Infantino est au cœur du problème. »

La FFE risque de « dénaturer » les compétitions qui deviendraient « un pur produit », a ajouté le spécialiste, dans un contexte de débat autour de l’élargissement de la Coupe du monde de 48 à 64 équipes, alors qu’il y en avait 32 en 2022.

L’Europe berceau du foot a la capacité de bloquer le projet, a-t-il estimé: « L’Europe est le nerf de la guerre et surtout le nerf du business parce que c’est elle qui a l’argent. C’est elle qui, même si le Golfe est capable de mettre de l’argent sur la table, sera en capacité finalement de bloquer les meilleurs joueurs. »

Le nouveau projet d’Infantino, pour l’heure seul candidat à sa réélection en mars 2027, pourrait ouvrir un nouvel acte de son bras de fer avec l’UEFA et son président, Aleksander Ceferin.

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