- L’ensemble des 435 sièges de la Chambre seront en jeu le 3 novembre aux États-Unis, de même que 35 sièges sur 100 au Sénat et 36 postes de gouverneurs.
- Selon les derniers sondages, le camp républicain est en mauvaise posture et pourrait perdre sa majorité.
- Une hypothèse à laquelle se prépare Donald Trump, comme nous l’explique Romuald Sciora associé à l’IRIS.
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Midterms : Donald Trump perdra-t-il la Chambre des représentants et le Sénat ?
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La dernière ligne droite pour Donald Trump. Dans une semaine, le président des États-Unis saura à l’issue des midterms si les républicains conservent leur majorité au Congrès. Rien n’est moins sûr : la plupart des sondages placent les intentions de vote en faveur des démocrates. Quel impact ces élections peuvent-elles avoir sur la fin du mandat du dirigeant ? Les explications de Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis.
Les républicains, déjà en mauvaise posture à l’approche des élections, paient-ils le prix de l’omniprésence dans la campagne de Trump en cas de défaite ?
Pourquoi Donald Trump s’est-il autant impliqué dans une campagne jusqu’à dire : « Quand vous irez voter, imaginez qu’il y a mon nom sur le bulletin de vote »
? Alors que tous les présidents, quasiment, ont perdu ces élections et qu’il aurait pu tout simplement laisser glisser en disant : « Ce n’est pas une vraie défaite puisque tout le monde perd les mi-mandats
» ? Tout simplement parce que « Trump 2 » n’a rien à voir avec « Trump 1 ».
Ce « Trump 2 » est arrivé au pouvoir avec l’aide de l’extrême droite américaine, une extrême droite ultraradicale, qui n’a rien à voir avec le Rassemblement national, par exemple. Et au sein de cette extrême droite, vous avez des intellectuels et des stratèges de haut niveau, tels que JD Vance et surtout Susie Wiles, la cheffe de cabinet. Ils ont des objectifs très clairs. Et perdre les midterms, perdre le Congrès, serait pour eux terrible : cela contrecarrerait l’ensemble de leurs objectifs pour la politique nationale et internationale. Ils ne peuvent pas se permettre cela.
Donald Trump est parti à l’offensive non pas tant pour gagner que pour perdre le moins méchamment possible. Et ce, afin de pouvoir contester avec un minimum, selon eux, de légitimité après le 3 novembre. Est-ce que cela peut faire perdre certains candidats ? Oui, tout à fait, mais ça pourra en faire gagner d’autres. Je ne pense pas que l’entrée en campagne de Donald Trump soit un gros problème pour les républicains.
Dans l’hypothèse d’une défaite, Donald Trump pourrait-il contester les résultats ?
Bien évidemment. La contestation a déjà commencé. C’était le 3 juillet dernier au mont Rushmore, à la veille du 250ᵉ anniversaire des États-Unis, lorsque le président américain nous a fait part de ce complot communiste qui était en train de submerger le pays, en nous expliquant que la gauche radicale voulait subvertir la démocratie américaine. Quelques jours après, la stratégie s’est poursuivie avec un appel à la nation pour nous expliquer que les méchants Chinois truquaient, volaient leurs élections depuis des années. Tout cela a pour objectif de délégitimer le résultat des urnes à partir du 3 novembre. Des contestations ont commencé en amont, que ce soit en Alaska ou ailleurs. Le président a par exemple promis ce mardi un million de dollars à toute personne qui pourrait prouver qu’il y a eu une fraude.
Une contestation semble donc inévitable ?
Il va y avoir bien sûr contestation. Deux scénarios se profilent. Le premier : Trump et Vance contestent les résultats à partir du 4 novembre. On est à nouveau dans un scénario type 2020 qui avait conduit aux événements du 6 janvier 2021, la marche contre le Congrès par les partisans de Trump. Dans cette hypothèse, plusieurs gouverneurs ont déjà dit qu’ils suivraient le président américain, déclarant les élections dans leurs États illégales. Ce serait ensuite au Congrès, qui est le seul à pouvoir valider une élection, de dire s’il suit le président. Le Congrès étant à majorité républicaine, il y a de fortes chances qu’il entérine la décision présidentielle. Restera la Cour suprême. Que déciderait-elle ? Et pour terminer sur ce scénario, jusqu’où Trump sera-t-il prêt à aller ? Difficile d’imaginer qu’il ne peut pas aller très loin. C’est quand même la seule personne à avoir tenté un coup d’État sérieux dans l’histoire américaine. S’il a échoué le 6 janvier 2021, c’est parce que le vice-président d’alors s’appelait Mike Pence. Aujourd’hui, c’est JD Vance, qui est encore plus radical que Trump.
Deuxième scénario, Trump et Vance décident de s’asseoir sur les résultats. Ils contestent – parce qu’ils contesteront, mais pour la forme, pendant quelques jours – puis ils passent à autre chose. Ils attendent que le nouveau Congrès entre en fonction fin janvier, et là, nous aurons une guerre de tranchées comme on n’en a jamais connu dans l’histoire américaine entre l’exécutif et le législatif. Nous aurons une série d’impeachments, d’enquêtes contre Trump, surtout si le Sénat est perdu. Trump fera tout pour contourner le Congrès et cela résultera dans une crise institutionnelle comme on n’en a jamais connu aux États-Unis.
Hakeem Jeffries, le chef des députés démocrates, a d’ores et déjà prévenu qu’il allait relancer les affaires judiciaires si jamais les démocrates l’emportaient.
Il y a énormément de dossiers judiciaires qui pourront être portés contre Donald Trump, relevant du mélange des genres. Toutes les affaires qu’il fait actuellement sur le dos de l’État, les contrats qui ont été plus ou moins passés avec les pays du Golfe au profit de ses entreprises, certains accords avec la Russie, certaines malversations concernant les chutes de monnaie. En outre, toutes ces enquêtes qui remontent à son premier mandat pourraient être relancées. C’est un président qui va être très inquiété dès l’entrée en fonction du nouveau Congrès, si le Sénat bascule côté démocrate.
Quelles conséquences un changement de majorité au Congrès peut-il avoir sur l’international ? Notamment au Moyen-Orient ou en Ukraine ?
Si la Chambre des représentants passe côté démocrate, ça ne changera rien. Si le Sénat bascule, théoriquement cela aura un grand impact. Le Sénat étant celui qui entérine la plupart des grandes questions de l’international, les traités, les guerres, etc.
Donald Trump contournera le Congrès et fera tout pour contrecarrer les décisions de celui-ci. Mais oui, théoriquement, si le Sénat bascule côté démocrate, Trump est paralysé pendant les deux dernières années de son mandat. Et comme cela ne sera pas acceptable de la part de cet exécutif pour les raisons que je vous ai expliquées, nous aurons une guerre civile larvée entre les deux branches du pouvoir américain.

