vendredi, mai 15

Un arbre solitaire dans le jardin botanique d’une université se dresse en témoin silencieux du va-et-vient des générations, qui tentent de communiquer dans le délicat « Silent Friend », attendu cette semaine dans les salles américaines.

Lauréat à la Mostra de Venise l’an dernier, le film se concentre sur la passion de la découverte et l’épanouissement de la recherche scientifique, explique à l’AFP sa réalisatrice, Ildiko Enyedi.

« À une époque où l’indépendance académique » et « les découvertes de la science sont remises en question et parfois violemment attaquées (…), j’ai trouvé important, d’une certaine manière, de montrer la beauté de ce type de curiosité, la beauté de la recherche scientifique », détaille la cinéaste hongroise.

« C’est un trait de l’humanité à la fois si exceptionnel et si beau que j’ai pensé qu’il serait agréable de le montrer dans un film et d’y attirer l’attention », insiste-t-elle.

L’intrigue entremêle trois histoires se déroulant à différentes époques sur un campus allemand.

En 1908, Grete (Luna Wedler) devient la première femme admise à l’université, où elle doit affronter le sexisme cruel qui règne alors dans le monde académique.

En 1972, Hannes (Enzo Brumm) arrive de la campagne et peine à s’intégrer sur un campus marqué par la ferveur contestataire.

Puis, en 2020, un neuroscientifique (Tony Leung) se retrouve coincé dans l’établissement aux côtés d’une employée qui parle une autre langue, pendant la pandémie de Covid-19.

Les trois personnages traversent des moments de solitude durant leur passage à l’université.

Mais par-delà les époques, ils sont fascinés par ce ginkgo solitaire, comme eux, qui se dresse dans le jardin botanique de l’institution. Leur quête de lien les pousse à observer cet arbre esseulé.

« Tout le film se déroule dans le même jardin, mais couvre plus de cent ans. Il montre aussi à quel point la perception humaine a changé », poursuit Mme Enyedi, déjà nommée pour l’Oscar du meilleur film international pour « Corps et âme » (2017).

– Regard sur les femmes –

Le film illustre aussi le changement progressif de regard sur les femmes.

Les scènes vont d’une étudiante pour qui l’admission constitue un exploit exceptionnel, à une jeune femme qui, dans les années 1970, s’efforce d’être prise au sérieux sur un campus plus ouvert, jusqu’à une universitaire qui, en 2020, s’impose comme une référence dans son domaine de recherche.

« Le XXe siècle a été un siècle de femmes, au cours duquel la place des femmes dans la société a profondément changé. C’était donc un très bon outil pour montrer ce changement », estime la cinéaste.

Le film s’articule aussi autour du besoin inné de connexion humaine, des barrières imposées par la langue et des différentes manières dont les individus composent avec ces difficultés.

Lorsque les protagonistes de « Silent Friend  » se trouvent dans l’incapacité de véritablement communiquer avec leurs pairs – que ce soit en raison de différences personnelles ou d’obstacles linguistiques – ils cherchent à écouter la nature.

Et la nature, grâce à une forme d’immersion sensorielle permise par le travail sur le son, finit par trouver sa voix au sein du récit.

« Ce n’est pas un hasard si j’ai introduit quelques obstacles linguistiques entre certains personnages », reprend Mme Enyedi.

Cela renvoie « au désir de communication, à la difficulté de communiquer, à la beauté de ces moments où cela arrive rarement, et aussi (à la nécessité de) découvrir des canaux alternatifs de communication quand le canal le plus élémentaire (…) ne fonctionne pas ».

Ce besoin fondamental se trouve au cœur même de l’expérience humaine, tout comme « la passion de découvrir le monde, la passion de déplacer le regard, et ce que l’on peut découvrir », insiste-t-elle.

En France, « Silent Friend » est sorti au cinéma début avril.

pr/rfo/vla

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