- Des publications sur les réseaux affirment que le climat au Moyen-Orient est bouleversé après la destruction d’un centre dédié à la modification du climat aux Émirats arabes unis.
- Ces installations étaient accusées de causer des sécheresses à répétition en Iran, en particulier dans sa capitale Téhéran.
- Il s’agit ici d’une théorie du complot recyclée par les autorités iraniennes, devenue virale après la mise en ligne d’une vidéo trompeuse tournée dans le nord du pays mi-avril.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
En l’espace de quelques jours, des publications se sont multipliées sur les réseaux sociaux, affirmant que l’Iran avait détruit des installations aux Émirats arabes unis. Téhéran serait ainsi parvenu à réduire en poussière un « centre dédié à l’ensemencement des nuages et à la modification climatique »
, assurent plusieurs messages largement relayés. Il est aussi question de « radars »
anéantis, auxquels on prête un impact semblable sur les conditions météorologiques. Selon les comptes qui évoquent ces prétendus bombardements, l’Iran aurait neutralisé des installations qui étaient responsables des épisodes de sécheresse dans le pays.
Pour étayer ces affirmations, une vidéo est mise en avant (nouvelle fenêtre). On peut observer un édifice religieux, filmé de nuit. La scène, nous assure le message qui accompagne les images, a été tournée à Téhéran. Ici, ce n’est pas tant l’architecture du lieu qui interpelle, mais la violente pluie qui s’abat sur la place, obligeant les passants à s’abriter pour éviter d’être trempés. Ces trombes d’eau ne seraient pas isolées et des chutes de neige sont même évoquées.
L’Iran accuse les Émirats d’être à l’origine de la sécheresse
En analysant en détail la vidéo, on observe dans le coin supérieur gauche un logo assez nettement reconnaissable, celui de l’agence de presse iranienne Fars. La séquence est récente : des recherches inversées conduisent à de premières occurrences aux alentours du 23 avril. Elle a d’ailleurs été repartagée (nouvelle fenêtre) par le compte X de l’ambassade d’Iran au Zimbabwe. En revanche, la scène n’est absolument pas tournée à Téhéran ou dans ses environs. Le bâtiment religieux qui se dresse en arrière-plan n’est autre que le mausolée de l’imam Reza, un édifice religieux situé à Machhad, la deuxième métropole la plus peuplée du pays. Située à quelque 900 km au nord-est de la capitale par la route, il s’agit d’une ville sainte pour les chiites.

La localisation n’est pas le seul élément trompeur lié à ces publications. Rien ne permet de prouver que l’Iran aurait bombardé et détruit des installations aux Émirats en charge de modifier le climat. Ces allégations ne s’appuient sur aucun élément crédible et l’on ne retrouve dans la presse iranienne aucune mention de telles attaques. Les autorités émiraties ne les ont pas non plus évoquées. Des « radars »
ont bien été neutralisés par l’Iran non loin d’Abou Dabi, mais cela remonte en réalité au 6 mars (nouvelle fenêtre), à l’occasion de frappes conduites sur un site militaire partagé par les Américains : la base d’al-Dhafra.
Si ces affirmations en ligne sont largement relayées, c’est sans doute car elles font écho à une théorie du complot popularisée ces dernières années et portant sur la manipulation du climat. Pour la comprendre, il faut savoir que les Émirats arabes unis, à l’instar d’autres pays de la région, ont recours depuis quelques décennies à la « géoingénierie »
, via notamment une technique dite « d’ensemencement des nuages ».
En pratique, cela consiste à ajouter différentes substances (aérosols, petites particules de glace) dans des nuages afin d’influencer les conditions météorologiques sur des territoires précis. Dans les régions tempérées, il peut s’agir de prévenir la formation de grêle sur des surfaces cultivées, tandis qu’il est plutôt question de favoriser les précipitations dans les zones affectées par la sécheresse.
Selon les détracteurs de ces pratiques, le climat pourrait devenir une arme au service des États. Téhéran n’hésite d’ailleurs pas à pointer du doigt ses ennemis, les accusant de générer et amplifier des sécheresses sur son sol. « Il suffit de regarder les images satellites : les nuages changent de trajectoire »
, lançait l’été dernier (nouvelle fenêtre) un expert iranien des ressources hydriques. Selon lui, cette déviation volontaire des nuages serait opérée depuis plusieurs décennies par les Américains et les Israéliens. Le fait que ces fake news ciblent aujourd’hui les Émirats n’a rien de surprenant puisque ces derniers font partie des alliés de Washington et de Tel Aviv, dans le cadre du conflit au Moyen-Orient.
Il est nécessaire de préciser que du côté d’Abou Dabi, un programme de recherche gouvernemental est spécifiquement dédié à la géoingénierie. Ce « Research Program for Rain Enhancement Science » finance des projets et rassemble des spécialistes travaillant dans ce domaine. Il est adossé au centre météorologique national et coordonne l’ensemble des initiatives conduites à l’échelle du pays. Ces dernières semaines, il n’a signalé aucune attaque de la part de l’Iran, continuant de communiquer (nouvelle fenêtre) normalement sur ses réseaux sociaux au sujet de ses activités.
De fortes précipitations donnent du crédit à ces théories
Lorsque l’on se penche plus en détail sur les publications qui évoquent les bombardements conduits par Téhéran aux Émirats, on découvre que les messages repartagés ces derniers jours s’appuient en réalité sur une communication initiale (nouvelle fenêtre) de l’ambassade iranienne en Afghanistan. Via son compte X, elle a publié deux messages (désormais supprimés) mettant en avant une destruction d’infrastructures émiraties. Il était fait mention d’un « anéantissement par l’Iran du centre climatique secret des Émirats »
, ayant pour conséquence la transformation totale des « schémas météorologiques de la région »
. Tout a « changé du jour au lendemain »
, pouvait-on encore lire. « La sécheresse est terminée. »
Un changement majeur aussi observé en Irak, a assuré l’ambassade.
TF1info a sollicité l’Organisation météorologique mondiale (WMO) pour en savoir davantage sur les conditions météorologiques en Iran. L’institution rattachée aux Nations unies nous a partagé des prévisions hebdomadaires, élaborées par ses soins à destination des organisations humanitaires. Ces documents ont alerté au sujet de « pluies modérées à localement fortes »
dans le nord-ouest et l’ouest de la République islamique d’Iran du 18 au 21 avril. Des « orages »
étaient également annoncés, avec des « risques d’inondations soudaines et de glissements de terrain »
. Rien de suspect, nous fait toutefois savoir la WMO, puisque ces précipitations sont le résultat de « conditions météorologiques naturelles ».
Interrogé par la BBC, le directeur de l’Institut de l’eau, de l’environnement et de la santé de l’Université des Nations unies a répondu (nouvelle fenêtre) aux messages qui évoquaient la fin des sécheresses faisant suite aux frappes iraniennes. « Bon nombre de ces affirmations découlent d’un manque de confiance et de compréhension du cycle hydrologique »
, a lancé Kaveh Madani. La publication supprimée de l’ambassade iranienne en Afghanistan a quant à elle été contredite par une dirigeante de l’agence météorologique de la République islamique d’Iran. Dans une interview (nouvelle fenêtre) partagée par l’agence Fars, elle a expliqué que les « pluies d’hiver et de printemps »
n’avaient « rien à voir »
avec « la destruction des radars »
. Avant de souligner que le sud du pays a enregistré de « bonnes précipitations avant la guerre »
.
Pour comprendre le relais par l’Iran de fausses informations au sujet de la pluie et du climat, il faut garder à l’esprit que le pays a fait face en 2025 à sa pire sécheresse depuis six décennies. À Téhéran, le faible niveau des précipitations était « quasiment sans précédent depuis un siècle »
, assurait en octobre dernier un responsable local. Une possible évacuation de la capitale a même été évoquée en décembre par Massoud Pezechkian, le président de la République islamique d’Iran. C’est dans ce contexte que les Émirats arabes unis ont été pointés du doigt, accusés de contribuer directement au dérèglement climatique du pays par le biais d’installations soi-disant conçues pour modifier les conditions climatiques.
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