lundi, octobre 12

  • Le député RN Jean-Philippe Tanguy se montre critique vis-à-vis de la plateforme Parcoursup, mais assure que des problèmes existaient avant sa mise en place.
  • Il explique notamment que des tirages au sort décidaient de l’admission des élèves à l’université.
  • C’était en effet le cas dans certaines filières très demandées, mais ce mode de départage restait largement minoritaire.

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Lors d’un passage sur le plateau de BFMTV la semaine passée, le député du RN Jean-Philippe Tanguy a évoqué la mobilisation des lycéens. Que pense-t-il de Parcoursup, très critiqué par les élèves ? « On est contre depuis le début », a assuré (nouvelle fenêtre) l’élu de la Somme. Si cette plateforme dédiée à l’orientation lui semble aujourd’hui très critiquable, il ne plaide pas pour autant pour un simple retour en arrière. 

Lorsque les socialistes étaient au pouvoir, « on était arrivé à une situation totalement absurde », a indiqué Jean-Philippe Tanguy. « On tirait au sort les élèves pour aller dans les facs, […] ce n’était pas sur le mérite », a-t-il ajouté, citant par exemple des étudiants qui voulaient accéder à des cursus de médecine ou de droit. Le lancement de Parcoursup, résume le parlementaire, a conduit à remplacer « une horreur par une moindre horreur ». 

Des tirages au sort dans certaines filières très demandées

Pour vérifier les propos du député RN, il faut replonger plus de dix ans en arrière et s’intéresser à la plateforme « Admission Post-Bac », remplacée en 2018 par Parcoursup. De 2009 à 2017, « APB » comme on la surnommait à l’époque, était un point de passage obligé pour les élèves qui souhaitaient intégrer des formations dans l’enseignement supérieur. Entre janvier et mars, ils formulaient sur le site une série de vœux (24 au maximum, correspondant à chaque fois à une formation au sein d’un établissement précis), qui devaient ensuite être classés par ordre de préférence. Notons que les établissements n’étaient pas informés de l’ordre des vœux formulés par les élèves. 

Avec Admission Post-Bac, les formations sélectives (classes prépa, écoles, filières courtes professionnalisantes) classaient elles-mêmes les candidats sur dossier. Pour y accéder, aucun tirage au sort n’était donc réalisé. Pour les licences en revanche, la sélection était interdite. En pratique, un algorithme était chargé de classer les candidats en fonction de critères tels que l’académie, le rang du vœu et la situation familiale (mariage, pacs, enfants à charge…). Un second algorithme avait, lui, pour mission de croiser ces classements et faisait à chaque candidat une seule proposition, la meilleure possible selon l’ordre de ses vœux.

Les tirages au sort intervenaient dans une situation précise : quand une licence recevait plus de demandes qu’elle n’avait de places. Le ministère parlait alors de licence « en tension ». En 2015, 190 licences se trouvaient dans cette situation à l’issue de la première phase de la procédure, sur 2.356 licences non sélectives proposées sur la plateforme, selon un rapport (nouvelle fenêtre) de l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche. Les difficultés se concentraient dans quelques disciplines : le sport en tête, loin devant les sciences sanitaires et sociales, les sciences de l’éducation, l’information-communication et la psychologie.

Pour ces licences « en tension », l’algorithme remplissait d’abord les places avec les candidats de l’académie qui les avaient demandées en premier vœu. Ceux qui les avaient mises en deuxième ou troisième position, ou qui venaient d’une autre académie, n’avaient que de maigres chances d’y entrer. Restait un problème majeur : dans les filières les plus demandées, les candidats prioritaires étaient eux-mêmes plus nombreux que les places. Originaires de la même académie, ils avaient tous placé la licence en tête de leur liste. Et la loi interdisait de les classer selon leurs notes, puisque l’entrée à l’université ne pouvait pas faire l’objet d’une sélection. Pour les départager, il ne restait que le hasard, via un tirage au sort. Cette pratique, en vigueur durant plusieurs années, a été inscrite dans une circulaire du ministère (nouvelle fenêtre) en avril 2017.

Le recours aux tirages au sort est resté limité

Les travaux de l’Inspection générale permettent de mesurer la fréquence des tirages au sort à l’époque d’APB. Nous disposons de chiffres précis pour l’année 2015 : cette année-là, 598.000 élèves de terminale avaient formulé au moins un vœu (nouvelle fenêtre) sur APB. Parmi eux, 161.670 (soit plus d’un sur quatre) avaient placé en premier choix une licence non sélective de leur académie.

Dans les 190 licences « en tension », un tirage au sort a été organisé entre les élèves de l’académie qui les avaient demandées en premier choix. Environ 40.000 élèves étaient concernés, soit un élève de terminale sur 15. Une partie d’entre eux a finalement obtenu sa place au fil de la procédure, grâce aux désistements. Mais à la fin de la procédure normale, 3.187 élèves attendaient toujours une place dans la licence qu’ils avaient placée en premier choix, soit un élève de terminale sur 190. Près de la moitié (1.479) visaient une licence de sport.

Selon l’Inspection générale, la plupart des élèves concernés ont fini par trouver une place à l’université, mais « pas toujours dans la mention ni même parfois dans le domaine » souhaité. Tous motifs confondus, environ 900 candidats étaient encore sans affectation fin août 2015, et moins d’une centaine à la clôture de la procédure, le 15 septembre.

En résumé, Jean-Philippe Tanguy a raison sur le principe : à l’époque d’APB, les notes ne comptaient pas pour entrer en licence et le hasard pouvait trancher. Mais cette situation restait minoritaire. En 2015, moins d’un lycéen de terminale sur 100 s’est retrouvé sans place dans la formation qu’il avait placée en premier choix. Les exemples cités par le député sont en outre peu représentatifs. En droit, 111 élèves étaient dans ce cas en vue de la rentrée 2015, sur plus de 22.000 demandes, et la première année de santé ne figurait pas parmi les disciplines concernées. C’est en sport que la pression était la plus forte.

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Thomas DESZPOT

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