vendredi, juillet 31

  • Quelque 60.000 personnes ont afflué ces derniers jours à Ceuta, traversant la frontière marocaine.
  • Cette enclave espagnole de moins de 20 km², qui s’est vite retrouvée submergée, est rattachée à l’Espagne depuis plusieurs siècles.
  • Elle a été confrontée à plusieurs crises migratoires ces dernières années, parfois émaillées de drames.

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En quelques heures, la crise migratoire a rapidement viré à la crise diplomatique. En quelques jours, environ 60.000 personnes ont rallié l’enclave espagnole de Ceuta (nouvelle fenêtre), située sur les côtes marocaines. Si plus de 48.000 migrants sont déjà retournés au Maroc, plusieurs drames sont déjà à déplorer : 34 migrants ont perdu la vie (nouvelle fenêtre). Plusieurs pays européens ont appelé à suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, tandis que le président américain Donald Trump y a vu « une invasion ». De nouvelles secousses pour cette ville autonome de moins de 20 km², déjà confrontée à plusieurs crises ces dernières années. 

L’Union européenne ne partage que deux frontières terrestres avec le continent africain : cette enclave de Ceuta et celle, également espagnole, de Mellila, située à quelque 400 km à l’ouest sur la côte. Elles attirent de longue date des migrants fuyant la violence ou la pauvreté (nouvelle fenêtre), et qui y cherchent une porte d’entrée vers l’Espagne et l’Europe, à l’autre bout du détroit de Gibraltar. La crise la plus meurtière jusqu’alors remonte à 2023, lorsqu’au moins 23 migrants avaient péri en tentant de rallier Melilla (nouvelle fenêtre), un chiffre montant à 37 selon des experts indépendants nommés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. 

Une ville très disputée au fil de l’histoire

Historiquement, Ceuta a longtemps fait l’objet de convoitises, notamment en raison de son port stratégique pour le commerce. Elle tombe sous contrôle du Portugal en 1415, mais deux siècles plus tard, l’enclave demande à être rattachée à la Couronne de Castille. C’est chose faite avec le traité de Lisbonne, en 1668, qui reconnaît l’indépendance du Portugal vis-à-vis du pouvoir espagnol et l’appartenance de Ceuta à l’Espagne, détaille l’Institut d’études de la ville (nouvelle fenêtre), rattaché aux autorités de la commune. Le Maroc tente de s’emparer de ce territoire lors d’une courte guerre entre 1859 et 1860, en vain. 

À la fin du XXᵉ siècle, Ceuta est reconnue comme faisant partie intégrante du territoire espagnol, par la Constitution de 1978. Puis elle obtient en 1995 le statut de ville autonome (nouvelle fenêtre), ce qui lui permet d’être dirigée par son propre gouvernement local. Mais le Maroc, lui, revendique la souveraineté sur ce territoire qu’il considère comme un « héritage colonial », et ce dès son indépendance de 1956, qui a mis fin aux protectorats français et espagnols, relate une analyse du Centre national d’études spatiales (Cnes) (nouvelle fenêtre)

« Ceuta est donc un point de fixation de tensions bilatérales – héritées ou contextuelles – génératrices de crises dans lesquelles les questions de migration jouent souvent un rôle majeur », résume cet article. Des accords ont depuis été passés entre Madrid et Rabat, notamment sur le retour des mineurs en 2007. Mais depuis le début du XXᵉ siècle, l’enclave de quelque 84.000 habitants a été confrontée à plusieurs vagues d’afflux migratoires, parfois liées à des tensions avec son voisin marocain.

Un territoire cerclé de barbelés

Ces dernières se sont accélérées sur la dernière décennie et ont souvent été émaillées de drames, déclenchant de vives critiques d’ONG contre les forces de sécurité espagnoles. Une première ébauche de barrière remonte à 1993, et aujourd’hui, des hautes clôtures de plusieurs mètres, surmontées de barbelés, ont été érigées autour de la ville, mais sans empêcher les arrivées, qui se font souvent à la nage (nouvelle fenêtre).

En février 2014, au moins 15 migrants meurent noyés en tentant de rallier la ville. Les forces de l’ordre sont mises en cause par des témoignages, selon lesquels elles auraient tiré des billes en plastique pour crever les bouées auxquelles ces derniers s’accrochaient. La justice espagnole classe l’affaire, mais un survivant saisit le Comité des Nations Unies contre la torture en janvier 2024, affirmant avoir été « agressé » et « refoulé » par les forces de sécurité, qu’il accuse d’un « massacre »

Puis en 2016, quelque 800 personnes originaires d’Afrique subsaharienne tentent de franchir la barrière et plus de la moitié du groupe parvient à rentrer sur le territoire espagnol. À l’époque, cet afflux est considéré comme le plus intense depuis une dizaine d’années, mais les arrivées ont ensuite explosé dans les années qui ont suivi. 

En 2021, une vague soudaine de 10.000 personnes

La crise la plus grave, avant celle des derniers jours, est survenue en mai 2021 : plus de 10.000 personnes traversent la frontière vers Ceuta en deux jours (nouvelle fenêtre). Plusieurs dizaines de migrants mineurs sont alors expulsés, une opération jugée « illégale » trois ans plus tard par la plus haute instance judiciaire espagnole, et critiquée par de nombreuses ONG et l’Unicef. 

Cet afflux massif de migrants a été permis par un relâchement des contrôles par Rabat. Les deux pays se trouvent alors en pleine brouille diplomatique, le Maroc reprochant à l’Espagne d’avoir hospitalisé sur son sol le chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, un mois plus tôt. Ce n’est qu’un an plus tard, en mars 2022, que les relations entre les deux capitales s’apaisent, après un revirement de Madrid sur le dossier sensible du Sahara occidental (nouvelle fenêtre), mettant fin à des décennies de neutralité. Le gouvernement socialiste décide de soutenir le plan du Maroc, en plein bras de fer avec l’Algérie sur ce dossier. 

Jusqu’à aujourd’hui, ces relations entre les deux pays restent officiellement au beau fixe, selon la presse espagnole, qui s’interroge donc sur les raisons de cette nouvelle vague migratoire d’une ampleur inédite, qui intervient une semaine après la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez en Algérie. Selon ce dernier, ces arrivées massives sont liées à une rumeur d’ouverture de la frontière, lancée par des « mafias de trafiquants d’êtres humains »

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