- Le ministère centrafricain de la Défense annonce avoir interpellé un ressortissant français le 3 mars dernier.
- Il soupçonne cet employé de Médecins Sans Frontières de « déstabilisation » dans la zone de Zémio, où des affrontements ont eu lieu en janvier.
- Une affaire qui intervient au moment où le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot est attendu pour une visite officielle.
Un employé français de l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a été interpellé le 3 mars dernier aux alentours de la localité de Zémio, dans le sud-est de la Centrafrique, soupçonné « d’activités visant la déstabilisation de la situation sécuritaire »
dans cette zone, a annoncé lundi le ministère centrafricain de la Défense dans un communiqué. Une affaire qui intervient peu avant le déplacement jeudi à Bangui du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui doit y rencontrer le président Faustin Archange Touadéra. Une première pour un chef de la diplomatie française en sept ans dans un pays où l’influence russe s’est considérablement renforcée.
Selon le ministère centrafricain de la Défense, l’arrestation de ce Français est justifiée par « de sérieux soupçons d’activités visant la déstabilisation de la situation sécuritaire dans la préfecture du Haut-Mbomou »
, notamment « des contacts avec des éléments criminels »
et « une agitation subversive auprès de la population locale de l’ethnie azandé »
pour « la dresser contre les autorités légalement élues en RCA »
. Dans son communiqué, le ministère fait état dans la zone de « tentatives d’ingérence extérieures et de la diffusion de fausses informations dans le but de saper la confiance de la population envers les autorités légitimes et leurs alliés ».
D’après le ministère, l’homme, détenu par la gendarmerie, est entré illégalement en Centrafrique depuis la République démocratique du Congo (RDC) en contournant les points de passage établis et ne disposait pas de document justifiant de la légalité de sa présence sur le territoire centrafricain. Il sera transféré dans les prochains jours à Bangui pour « établir toutes les circonstances de l’affaire, y compris »
son « implication possible (…) dans un réseau plus large de déstabilisation des institutions républicaines »
, selon le ministère centrafricain de la Défense.
« Ce dossier est suivi très attentivement par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et notre ambassade en République centrafricaine, qui a pu s’assurer qu’il va bien »
, a réagi le Quai d’Orsay, selon qui l’ambassade « est en dialogue étroit avec les autorités centrafricaines à son sujet »
. L’employé de MSF travaillait dans le camp de réfugiés azandé de Zapay en RDC et s’est rendu dans la ville de Zémio, en RCA, « de manière ponctuelle dans le cadre de ses activités professionnelles »
et « dans le cadre strict de ce projet »
.
La situation sécuritaire en Centrafrique, État enclavé d’Afrique centrale, s’est améliorée après la sanglante guerre civile des années 2010. Mais la ville de Zémio et la préfecture du Haut-Mbomou, à la frontière avec le Soudan du Sud et la RDC, sont des zones particulièrement sensibles pour les autorités. Des affrontements y ont notamment opposé début janvier l’armée centrafricaine, épaulée par des paramilitaires russes, à la milice Azandé Ani Kpi Gbè (AAKG), un groupe armé issu de la communauté azandé, majoritaire dans la région.











