- Dans la capitale ukrainienne, les bombardements russes s’intensifient et visent de plus en plus les civils, privant la ville d’électricité et d’eau.
- Nos équipes ont suivi le quotidien difficile des habitants, qui refusent pour la plupart de quitter la ville.
- Regardez ce reportage du 20H de TF1.
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Ce quartier de Kiev, où se sont rendues les équipes du 20H, est aujourd’hui l’un des plus visés par les Russes. Non loin se trouvait ainsi une usine d’armement, désormais à l’arrêt. Mais tout autour, ce ne sont que des immeubles, des entreprises mais surtout aucune cible militaire. Car la priorité affichée des frappes russes, ce sont les civils, alors que les bombardements se font désormais en plein jour. Même les ponts de la ville (nouvelle fenêtre), stratégiques, ne sont plus épargnés.
Au quatrième étage d’un immeuble, nos journalistes ont pu rencontrer Olena. Elle est en vie, comme elle l’écrit sur sa porte. Mais le traumatisme de l’explosion après une attaque de missiles et de drones (nouvelle fenêtre), lui, reste vif : « Les vitres se sont mises à gonfler, comme si elles gondolaient. J’ai vu alors des flammes à travers la fenêtre. J’ai réussi à me protéger le visage, il y avait plein d’éclats de vitre. Tout volait dans la pièce »
, raconte-t-elle dans le reportage visible en tête de cet article.
Plusieurs de ses voisins sont encore à l’hôpital, entre la vie et la mort. Mais le pire, avouera-t-elle, reste la nuit, lorsque les frappes redoublent d’intensité sur cette capitale de trois millions d’habitants, parfois espacées de quelques minutes seulement. Fin octobre, les Russes sont allés jusqu’à lancer un missile rempli d’engins explosifs, rayonnant sur des centaines de mètres.
La ville privée d’eau et de courant
Les conséquences sur la vie quotidienne sont terribles, comme le décrit notre envoyé spécial François-Xavier Ménage, dans le noir. « Je m’éclaire avec un téléphone portable. Pourquoi ? Parce qu’en raison des
attaques sur des centrales électriques
(nouvelle fenêtre), il n’y a plus de courant à Kiev, sauf pour ceux qui ont la chance d’avoir un générateur. Depuis quatre heures, il n’y a plus d’eau non plus. Et, pour ne rien arranger, une nouvelle alerte a retenti il y a quelques dizaines de minutes : on craint des missiles et des drones russes cette nuit sur la capitale. C’est la raison pour laquelle de plus en plus d’habitants retournent dormir dans le métro. »
Il faut dire que les transports souterrains sont redevenus un refuge, comme au début de la guerre (nouvelle fenêtre). Cette station, où il se rend, se trouve à 80 mètres de profondeur. On peut y croiser ceux qui y descendent le temps des alertes rouges. Et puis les autres, comme Yulia, qui dort là chaque soir, par terre, quoi qu’il advienne. « Au moins, ici, je peux dormir normalement. J’ai un appartement à Kiev, mais impossible d’y dormir, j’ai peur des explosions
, confie-t-elle. Pour moi, cette situation dure depuis presque deux ans. Deux ans à dormir dans le métro. C’est mentalement très compliqué de vivre dans ces conditions-là »
.
Les cours continuent dans les écoles
Mais jusqu’où ira l’horreur ? Il y a quelques semaines, une école a été ciblée. Faut-il pour autant arrêter les cours ? Dans un établissement public, où nos reporters se rendent, on s’y refuse : les élèves du primaire sont là du lundi au vendredi. On y voit des jeunes apprendre par cœur la carte de l’Ukraine, celle d’avant l’invasion russe, quand soudainement une nouvelle alerte retentit. Dans le calme, sans bousculade, comme un geste devenu normal, tous se dirigent vers un bunker. Là, dans un dédale de couloirs, les enseignants improvisent alors des cours. Les plus petits gardent leur manteau, sous une température de 15 degrés.
C’est mentalement très compliqué de vivre dans ces conditions-là
C’est mentalement très compliqué de vivre dans ces conditions-là
Yulia, habitante de Kiev, qui dort dans le métro depuis près de deux ans
La directrice adjointe confie que certains enfants ignorent même que Kiev est bombardée au quotidien. « Les parents essaient de protéger leurs enfants, ils ne racontent pas tout. D’après eux, ils sont trop petits pour comprendre la réalité de cette guerre. C’est leur décision, elle leur appartient. On ne peut pas la changer, alors on fait avec »
, explique-t-elle. Dans la cantine intégrée au bunker, en revanche, les adolescents savent tout du conflit (nouvelle fenêtre). Certains sont terrifiés, parce que des proches combattent. « Mon oncle est sur le front. Et je ne sais pas ce qu’il se passe avec lui, on n’a plus de nouvelles »
, souffle l’un d’eux, t-shirt blanc et pull à capuche noir sur le dos. « Soit il est en captivité, soit il est peut-être mort. »
L’alerte terminée, deux étages plus haut, se trouve le bureau de la personne la plus sollicitée de cet établissement de 400 élèves : la psychologue. Car plus d’un million d’enfants ukrainiens souffrent de détresse psychologique à cause de la guerre. « L’angoisse en permanence, c’est ce qu’il y a de pire, de plus traumatisant pour les adolescents »
, témoigne-t-elle. Pourtant, malgré l’enracinement du conflit, et la terreur qui sévit, l’écrasante majorité des habitants de Kiev n’ont aucune intention de quitter leur ville. Une forme de résistance.
Aymen Amiri | Reportage TF1 : François-Xavier MENAGE et Pierre DEHOORNE

