- Dans un rapport publié mercredi, l’Union internationale des télécommunications analyse l’impact environnemental de 200 entreprises mondiales du numérique.
- Selon cette agence de l’ONU, ces groupes ont amélioré leur « reporting climatique » et achètent plus d’électricité verte, mais leurs émissions réelles augmentent, sauf dans le secteur des télécoms.
- Les auteurs du rapport démontrent la façon dont le développement de l’intelligence artificielle vient plomber le bilan climatique.
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Quel est le poids climatique des 200 entreprises mondiales du numérique et comment le développement de l’intelligence artificielle le fait évoluer ? C’est la question à laquelle se sont attelés les experts de l’Union internationale des télécommunications (UIT), l’agence numérique de l’ONU, en association avec la World Benchmarking Alliance (WBA). Ils publient mercredi la cinquième édition de leur « Greening Digital Compagnies
« , basée sur les chiffres de 2024.
Leur conclusion est claire : l’impact environnemental du secteur du numérique est toujours très élevé, malgré des efforts, et surtout, il est aggravé par le développement rapide de l’intelligence artificielle. « Si les technologies numériques offrent un potentiel immense pour l’action climatique, leurs besoins énergétiques et leurs émissions croissantes ne peuvent être ignorés
« , résume Doreen Bogdan-Martin, secrétaire générale de l’UIT.
301 millions de tonnes équivalent CO₂
Concrètement, les émissions de gaz à effet de serre déclarées par ces 200 entreprises mondiales ont augmenté de 1,2% entre 2023 et 2024, pour atteindre 301 millions de tonnes équivalent CO2. Le secteur représente 0,8 % des émissions mondiales liées à l’énergie.
Dans le détail, les très grandes entreprises, telles que Microsoft, Amazon, Meta ou Alphabet (Google), voient leurs émissions largement augmenter, notamment en raison de leur présence dans le secteur de l’IA.
Pour Microsoft, les émissions ont plus que doublé entre 2020 et 2024. Selon l’UIT, celles d’Amazon ont augmenté de 121 % entre 2020 et 2024, celles de Meta de 119 %, et celles d’Alphabet de 92 %.
Le secteur des télécoms est le seul groupe de ces entreprises qui a vu ses émissions baisser : -11% sur la période 2020-2024.
Pour les experts, cette différence, constatée depuis 2022 et qui s’accélère en 2023 et 2024, s’explique par un phénomène : le développement de l’IA par les grands groupes.
En cause : la consommation énergétique des data centers
Les auteurs du rapport expliquent toutefois ne pas pouvoir isoler la part d’émissions strictement imputable à l’IA dans ces entreprises car celles-ci ne publient pas de données suffisamment détaillées pour cela.
Mais selon eux, la coïncidence temporelle conjuguée à l’explosion des investissements dans les infrastructures dédiées à l’IA ne laisse guère de doute sur le principal moteur de cette hausse.
Alors, pourquoi l’IA émet-elle autant ? Les auteurs mettent en avant la course technologique : chaque nouvelle génération de modèles d’IA exige des ressources de calcul supérieures, aussi bien pour entraîner les modèles que pour leur usage, à chaque fois qu’un utilisateur interroge une IA.
Cette activité est génératrice d’émissions via la multiplication des data centers, le déploiement de clusters de calcul de haute performance, des systèmes de refroidissement de plus en plus sophistiqués et gourmands en eau et en énergie et enfin, des semi-conducteurs puissants et complexes à fabriquer.
L’IA, « l’un des défis énergétiques majeurs » du secteur
Selon l’UIT, l’IA est devenue « l’un des défis énergétiques majeurs
» du secteur des technologies de l’information et de la communication. En 2024, 163 grandes entreprises du secteur ont consommé 1,7 % de la consommation électrique mondiale, dont 54% est utilisé par seulement 10 entreprises qui dépassent ainsi la consommation annuelle de certains pays entiers.
Confrontées à leurs besoins élevés, les grandes entreprises technologiques cherchent à sécuriser leur approvisionnement électrique, parfois au prix de compromis climatiques, relèvent encore les experts. Selon l’IUT, les décisions de construction de data centers, d’approvisionnement en semi-conducteurs et de localisation des infrastructures devraient être évaluées à l’aune de la capacité des systèmes électriques locaux à se décarboner.
Plusieurs géants du numérique ont signé des accords pour financer de nouvelles capacités nucléaires, y compris des petits réacteurs modulaires (SMR), ou pour soutenir la relance de centrales existantes. Les auteurs mettent en avant les avantages de cette électricité bas carbone, qui vient compléter l’apport des énergies renouvelables mais ils rappellent aussi la sensibilité des centrales au changement climatique (disponibilité de l’eau, hausse des températures) ainsi que leurs longs délais de construction, pas forcément compatibles avec les besoins actuels.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certains opérateurs de data centers proposent d’installer des turbines à gaz sur leurs sites, notamment dans les zones où le réseau local d’électricité est saturé. Cette solution risque elle aussi d’augmenter directement les émissions de gaz à effet de serre. Les auteurs du rapport mettent en garde contre le scénario dans lequel ces grandes entreprises se retrouveraient dépendantes aux énergies fossiles.
Ils achètent davantage de renouvelables mais consomment toujours plus d’électricité
L’IUT relève ce paradoxe qui souligne la complexité du sujet : les plus gros groupes du secteur, tels que Amazon ou Meta, sont ceux qui achètent chaque année davantage d’électricité renouvelable ; mais leur consommation totale d’électricité, via le développement sans précédent des data centers, augmente encore plus vite et est couverte par le réseau existant, souvent encore carboné.
Enfin, l’organisme appelle les entreprises à améliorer leur reporting
climatique : 89% des entreprises déclarent leurs émissions directes et 81% leurs émissions liées à l’énergie achetée, mais seulement 47 % déclarent leurs émissions de chaîne de valeur, pourtant souvent les plus importantes. À titre d’exemple, pour les entreprises qui déclarent ces dernières, cela représente 76 % de leur empreinte carbone totale, ce qui souligne l’ampleur des émissions cachées dans les chaînes d’approvisionnement, la fabrication et l’usage des produits.
Le rapport rappelle qu’en juin 2026, le secrétaire général de l’ONU a lancé un appel à toutes les entreprises d’intelligence artificielle pour qu’elles divulguent l’empreinte environnementale complète de leurs data centers, incluant non seulement le carbone, mais aussi leur impact sur l’eau et sur les sols.

