Dresser une digue contre La France insoumise. Officiellement candidat à l’élection présidentielle depuis dimanche soir, Raphaël Glucksmann entend remporter la primaire socialiste avec une ligne claire vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon : aucune alliance électorale avec La France insoumise (LFI).
« Je suis extrêmement clair. Si je gagne cette primaire, il n’y aura plus jamais d’accord avec Jean-Luc Mélenchon. (…) La seule manière pour la gauche de revenir au pouvoir, c’est d’être absolument claire. La gauche française, elle ne se prosterne pas devant les dictateurs, elle ne fait pas des jeux [de mots] sur les noms juifs dans les meetings, elle ne fracture pas en permanence la société en surfant sur les fièvres identitaires », a affirmé le leader du parti Place publique, Raphaël Glucksmann, dimanche soir sur TF1.
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L’ancienne tête de liste pour Place publique et le Parti socialiste (PS) aux élections européennes en 2019 et 2024 fait du rapport à LFI un marqueur politique. Lors des négociations avec le PS portant sur l’organisation de la primaire, ses équipes ont échoué à faire inscrire dans la future charte que les candidats devront signer le principe de non-alliance avec le parti de Jean-Luc Mélenchon aux élections législatives de 2027, a révélé le quotidien L’Opinion.
« Nous avons annoncé que nous en ferions un élément du débat politique de la primaire. Nous ne renonçons à rien. Chacun assumera pleinement et publiquement ses positions », a déclaré à L’Opinion Jérôme Auslender, en charge des négociations sur la primaire pour Place publique.
Mélenchon, le « Jean-Marie Le Pen de notre époque »
En 2024, l’eurodéputé avait accepté à contre-cœur, au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, de participer à l’alliance de gauche du Nouveau Front populaire, qui incluait La France insoumise, pour empêcher l’extrême droite d’accéder à Matignon.
Il a depuis durci son discours. « Il est le Jean-Marie Le Pen de notre époque », s’était-il exclamé au sujet de Jean-Luc Mélenchon en mars lors de la campagne des municipales. Le tribun insoumis venait, lors d’un meeting, de plaisanter sur la prononciation de son nom de famille, comme il l’avait fait avec d’autres patronymes à consonance juive. Raphaël Glucksmann avait ensuite refusé toute alliance avec LFI en vue du second tour des municipales, ajoutant sa voix à celle des opposants internes au premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui avait permis des accords locaux au cas par cas avec les insoumis.
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Lui aussi probable candidat à la primaire socialiste, Olivier Faure est, depuis 2022, le tenant d’une ligne d’ouverture vis-à-vis de La France insoumise. Même s’il a pris ses distances avec LFI depuis un certain temps, il ne ferme pas totalement la porte à une future éventuelle alliance. Le député de Seine-et-Marne, lui-même menacé par le Rassemblement national dans sa circonscription en cas de division de la gauche, sait bien que de nombreux sièges risquent d’être perdus lors des futures législatives sans un accord électoral avec les insoumis.
« Aujourd’hui, bien évidemment qu’il n’y a pas d’accord possible aux législatives avec La France insoumise, c’est une évidence. Mais ce que je sais aussi, c’est qu’on avait dit la même chose en 2022, en 2024, et que face au péril de l’extrême droite, je mets au défi quiconque de dire ‘jamais, jamais, jamais, jamais' », a reconnu Arthur Delaporte, porte-parole du PS, dimanche soir sur LCI.
« Avec qui compte-t-il gouverner ? »
Déjà fortement débattue lors des municipales, la question du rapport à LFI va donc revenir au premier plan durant la campagne de cette primaire. Raphaël Glucksmann, qui n’a aucun siège à perdre aux législatives de 2027, considère même que ce qui est en jeu, c’est « la refondation de la gauche ».
« Le choix sera très simple entre ceux qui sont déjà dans l’esprit de défaite, qui ont acté qu’on n’allait pas gagner la présidentielle et qui sont déjà en train de préparer leurs accords avec Jean-Luc Mélenchon pour gagner leur circonscription et les autres, dont je fais partie, qui pensent que la gauche peut gagner l’élection présidentielle si elle est ferme sur ses principes », a-t-il affirmé sur TF1.
Au-delà de la position de principe, l’application concrète d’un refus de toute alliance avec La France insoumise pose plusieurs questions.
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La première est pratique et a été posée par le député Génération.s Benjamin Lucas : « S’il devient président de la République, avec qui compte-t-il gouverner ? On a vu en 2022 qu’Emmanuel Macron n’avait pas réussi à avoir de majorité. Comment compte-t-il avoir une majorité si ce n’est avec les macronistes ? J’espère qu’il lèvera cette ambiguïté », a souligné l’élu de la petite formation de gauche dimanche soir sur BFMTV.
Une question qui fait écho au fait que Raphaël Glucksmann, qui a récupéré dans son équipe plusieurs anciens macronistes, est soupçonné par certains à gauche de lorgner vers le centre et de porter une vision sociale-libérale, ce qu’il dément vigoureusement.
Autres interrogations : quelle attitude adoptera-t-il en cas de défaite ? Quelle consigne de vote donnera-t-il en cas de second tour opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen ? Et enfin, refusera-t-il toujours une alliance avec les insoumis aux législatives en cas de victoire de l’extrême droite à la présidentielle ?

