- Loana fut la première grande star de la téléréalité.
- Elle a été retrouvée morte le 25 mars dernier, à l’âge de 48 ans, après une vie émaillée de déboires.
- Face à la caméra de « Sept à Huit », sa mère et ses proches racontent son parcours, de son ascension fulgurante à sa descente aux enfers.
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Sept à huit
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Violette Petrucciani est fatiguée. Depuis la mort de sa fille Loana, le 25 mars dernier, elle sort peu de son domicile niçois, préférant se réfugier dans ses souvenirs. « On habitait en bord de mer. Je faisais beaucoup de planche à voile, et alors qu’elle n’avait pas un an, je la mettais sur ma planche et on allait voir les dauphins. Ma fille, je la remettrai dans l’eau. Ses cendres iront dans la mer »
, lâche-t-elle dans la vidéo en tête de cet article, replay d’un reportage, « Du conte de fées à l’enfer », diffusé ce dimanche dans « Sept à Huit » (à retrouver également en streaming sur TF1+) sur le destin de Loana. Et d’ajouter : « Moi, j’ai dit au revoir à
une boîte en bois rose
, mais je n’ai pas dit au revoir à ma fille. Ma tête et mon cœur n’arrivent pas à admettre, ni à concevoir qu’elle soit morte ».
Loana fut la première vedette de téléréalité en France. Sa mère se rappelle de cette époque avec une pointe d’amertume. « Le fait qu’elle ait fait le Loft, à la fin, je me disais :
‘la télé ne me la rendra jamais. Elle ne sortira jamais de ce putain d’écran’. Mais pour elle, ça avait été la plus belle colonie de vacances qu’elle ait pu passer »
, explique-t-elle. Tout commence le 26 avril 2001 : onze célibataires s’apprêtent à vivre ensemble 24 heures sur 24 sous l’oeil des caméras, et ce, durant dix semaines. Loana, une Niçoise de 23 ans, danseuse professionnelle en discothèque, en devient très vite une figure emblématique. C’est Violette qui avait décidé d’inscrire sa fille. « J’ai fait le numéro de téléphone. J’ai dit :
‘tiens, il y a quelqu’un pour toi’. Elle a répondu, et puis, ils lui ont donné rendez-vous »
, se souvient-elle.
Quand je la rencontre, je la vois traverser la place de la République avec un petit sac à dos en forme de nounours, un peu perdue. Je vois Marilyn en fait. Je l’aime tout de suite.
Quand je la rencontre, je la vois traverser la place de la République avec un petit sac à dos en forme de nounours, un peu perdue. Je vois Marilyn en fait. Je l’aime tout de suite.
Angela Lorente, rédactrice en chef de la première saison de « Loft Story » »
Dès les premiers castings, Loana crève l’écran et gagne son ticket pour rencontrer à Paris Angela Lorente, la rédactrice en chef du Loft. « Quand je la rencontre, je la vois traverser la place de la République avec un petit sac à dos en forme de nounours, un peu perdue. Je vois Marilyn en fait. Je l’aime tout de suite »
, assure-t-elle. Toutefois, dès le lancement de l’émission, la production « grossit un peu le trait »,
selon Benjamin Castaldi, tout jeune animateur à l’époque. « Elle n’était pas du tout excentrique comme on l’a habillée. Parce que, nous, on lui a mis des plateformes avec un truc ras le nombril »
, affirme-t-il. C’est avec ce costume qu’elle débarque le premier soir. À ce moment-là, pourtant, elle rêve secrètement de s’enfuir. « Le soir avant de partir, quand elle m’a fait le dernier bisou, elle m’a dit :
‘Maman, j’ai envie de sortir tout de suite’. J’ai dit :
‘Loana, tu tiens trois jours. Dans trois jours, je reviens. Je viens te prendre. Je veux te voir à la télévision’. Et elle est restée jusqu’au bout »,
résume Violette.
C’est devenu une marque. C’est devenu un phénomène (…) Elle avait tout entre ses mains : l’argent, la célébrité, la beauté, la gentillesse.
C’est devenu une marque. C’est devenu un phénomène (…) Elle avait tout entre ses mains : l’argent, la célébrité, la beauté, la gentillesse.
Benjalin Castaldi, animateur de « Loft Story »
Loana ne fait pas que rester, elle devient une légende. En deux actes. Il y a d’abord ses ébats dans une piscine avec un autre candidat, Jean-Édouard, diffusés en direct, alors que l’émission n’a commencé que depuis deux jours. « C’est là où tout part en live un peu (…) Tout ça, ça passe sur Internet. C’est le gros scandale. Et puis ça lance le programme dans le monde entier parce qu’on a été les seuls à avoir quelque chose d’aussi fort »
, raconte Angela Lorente. Loana ne le sait pas, mais la séquence est vue des millions de fois. L’acte deux intervient quelques jours plus tard, avec un scoop de Paris Match
qui enflamme la France : Loana a une fille, Mindy, qu’elle a confiée aux services sociaux et qu’elle a cachée à la production. C’est la propre famille de Loana qui a vendu les photos à la presse. « À partir de là, c’était dur »,
reconnaît la rédactrice en chef.
Après 70 jours d’enfermement, Loana remporte l’émission. « On n’était pas du tout surpris. Je ne sais plus quel était le pourcentage, mais elle était loin devant »
, avance Benjamin Castaldi. Violette se sent très vite dépassée par l’événement. « Tout ce que je voulais, c’était pouvoir discuter avec elle. Mais il y avait toujours des photos à faire, il y avait ça à faire »,
se rappelle-t-elle. Loana bascule en quelques minutes dans un autre monde. « C’est vrai que psychologiquement, ils n’étaient pas prêts. Ils ne sont pas venus pour être célèbres. Ils n’ont pas joué un jeu, ils étaient vrais, ils ont vécu leur vie, et leur vie est devenue la sitcom préférée des Français »
, souligne Angela Lorente. S’ensuit un tourbillon médiatique pour Loana, qui a duré sept ans, entre plateaux de télévision, défilés haute-couture, couvertures de magazines, 80 au total, et la publication de son autobiographie, « Elle m’appelait Miette ». « C’est devenu une marque. C’est devenu un phénomène (…) Elle avait tout entre ses mains : l’argent, la célébrité, la beauté, la gentillesse »
, argue Benjamin Castaldi.
Je lui disais : ‘ne fais pas avec n’importe qui, n’importe quoi’. Elle me disait : ‘Je ferai attention, maman, je ferai attention’.
Je lui disais : ‘ne fais pas avec n’importe qui, n’importe quoi’. Elle me disait : ‘Je ferai attention, maman, je ferai attention’.
Violette Petrucciani, mère de Loana
La France entière est tombée amoureuse de Loana. Mais derrière les paillettes, la jeune femme a découvert « la pire addiction de sa vie : un amour incommensurable »
, estime Angela Lorente. En 2009, elle racontait ce bonheur dans 7 à 8. « Le Loft, ça a été ma baguette magique. De passer de rien à tout, de pouvoir rentrer dans toutes les soirées qu’on veut, d’être invitée dans toutes ces merveilleuses réceptions. C’est une revanche sur la vie par rapport à ce qui m’est arrivé avant
(Loana vivait avec sa mère dans une pièce de 15 m²) », se réjouissait-elle. Pourtant, cette grande vie à la capitale l’éloigne de Violette. « Vous savez, moi je travaillais au foyer de l’enfance. Au foyer de l’enfance, c’est pas du tout ce monde-là. Je lui disais :
‘ne fais pas avec n’importe qui, n’importe quoi. Elle me disait :
‘Je ferai attention, maman, je ferai attention' », pointe-t-elle.
Violette avait raison de s’inquiéter. Loana décrira bien plus tard ses excès à cette époque. « Ça a été la descente un peu aux enfers. On fait les mauvaises rencontres, on sort en soirée, on est à Paris, on nous propose quelques produits illicites, on en prend un peu, beaucoup, on se dit qu’on peut arrêter, on boit
de l’alcool,
on sombre royalement dans les travers de toutes les addictions possibles (…) Et on rentre dans un cercle vicieux qui devient infernal »,
avouait-elle en 2019. Loana quitte peu à peu le monde du show-business et entame un long déclin personnel, qui la voit régulièrement faire la Une de la rubrique faits divers, entre tentatives de suicide et séjours en hôpitaux psychiatriques.
Pendant longtemps, la production du Loft a été accusée d’avoir laissé tomber les Lofteurs, et même si Angela Lorente admet « qu’ils n’ont pas eu assez d’accompagnement psychologique »,
elle estime malgré tout que « ce n’est pas ça qui a fait que Loana est partie dans un itinéraire destructeur »
. Ce que pense également Benjamin Castaldi : « Il faut arrêter de penser que c’est toujours de la faute des autres. C’est de la faute de soi. Je pense qu’elle était inapte au bonheur avant même de faire l’émission »,
tranche-t-il. Malgré tout, Loana se bat, fait des cures, se repose.
En 2017, elle semble aller mieux. Un an après, elle sort un livre. On y découvre une histoire tragique, avec en point d’orgue le départ de sa mère. « À 11 ans et demi, c’est son père qui m’a mise à la porte. Il m’a dit :
‘tu t’en vas, tu fais deux valises, tu t’en vas’. Et je n’ai pas eu le choix. J’ai dormi deux mois dans ma voiture »,
détaille Violette. Loana se retrouve pendant cinq ans à vivre seule chez son père. Elle avouera plus tard avoir été victime de violences sexuelles. « Elle m’a dit :
‘tu sais, je ne l’ai jamais dit, mon père m’a violée’. Là, j’ai reçu une baffe. Mentalement, je crois qu’elle a eu une fracture à partir de là »
, réagit sa mère. Depuis, Loana disait enchaîner les relations amoureuses toxiques. « Chaque fois qu’elle a été amoureuse, ça a été de pire en pire. Elle est tombée sur des pervers narcissiques, sur des monstres »,
pointe sa mère. « Elle était mal entourée, elle choisissait mal les gens qui l’entouraient »,
ajoute de son côté Angela Lorente.
En 2024, Loana est ruinée. Elle vend son appartement parisien, acheté avec l’argent du Loft, et se rapproche de sa maman à Nice. Elle dit alors vivre du RSA. L’un de ses derniers amis, à la fin de sa vie, était son voisin, le propriétaire du kebab en bas de chez elle. « On voyait qu’elle était très fatiguée, mais elle était très, très gentille, chaleureuse avec tout le monde. Toujours souriante »
, indique-t-il. Le 25 mars dernier, son corps sans vie a été retrouvé à son domicile. L’enquête a conclu à un accident. « Ma tristesse aujourd’hui, c’est que Loana est morte de solitude, seule »
, se désole Angela Lorente. Dans son dernier livre, Loana, dès les premières lignes, disait : « J’ai un aveu à vous faire. Si c’était à refaire, je ne changerais rien à ma vie. Car de celle-ci, je ne me plains pas. Comment l’oserais-je ? Moi qui ai eu la chance extraordinaire d’avoir vécu et de vivre encore un rêve éveillé ».

