vendredi, mai 8

Les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, un scrutin crucial déjà repoussé trois fois, auront lieu le 28 juin avec un corps électoral partiellement ouvert, une proposition du Premier ministre Sébastien Lecornu qui ne satisfait aucune des délégations d’élus de l’archipel.

Après plusieurs entretiens avec les délégués des formations politiques calédoniennes, le Premier ministre a proposé mercredi soir (heure de Paris) d’intégrer pour ces prochaines élections « 10.569 natifs » de Nouvelle-Calédonie qui ne remplissent pas les conditions pour voter, ainsi que les conjoints de Calédoniens.

Actuellement, le corps électoral dans cet archipel du Pacifique sud d’environ 260.000 habitants est gelé à l’année 1998. Pour pouvoir voter il faut donc être arrivé en Nouvelle-Calédonie avant 1998, mais également justifier de 10 ans de résidence à cette date ou avoir un de ses parents remplissant ces conditions.

L’annonce n’a satisfait aucun camp à Nouméa.

« Nous sommes favorables à l’ouverture du corps électoral, mais uniquement dans le cadre d’un accord global sur la Nouvelle-Calédonie », pointe l’indépendantiste Emmanuel Tjibaou (Gauche démocrate et républicaine), membre de la délégation du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS).

Le non-indépendantiste Nicolas Metzdorf (Renaissance), regrette pour sa part une décision « mi-figue, mi-raisin, difficile à avaler pour nos partisans ».

– « Ferment de la violence » –

Signe de la sensibilité du sujet pour l’exécutif, le Premier ministre a annulé sa visite à la cité administrative de Toulouse prévue jeudi après-midi. « Sébastien Lecornu doit rentrer plus tôt à Paris, dans le prolongement des réunions d’hier portant sur la Nouvelle-Calédonie et des points de sortie de ces réunions », a déclaré Matignon à l’AFP.

Dans une allocution diffusée vendredi sur les réseaux sociaux, le Premier ministre a de nouveau défendu sa proposition, insistant sur le fait que « le statu quo n’est pas un destin ».

« Le statu quo enferme progressivement » et peut devenir « le ferment de la violence de demain », a mis en garde M. Lecornu dans son allocation adressée à ses « compatriotes calédoniens ».

« Le gouvernement va donc saisir dès aujourd’hui le Parlement d’un texte organique qui permettra, s’il est voté, d’inclure les natifs mais aussi d’ajouter les conjoints des électeurs dans le corps électoral provincial », a-t-il réitéré.

Le positionnement du Parti socialiste et du Rassemblement national sera clé dans ce vote. En cas de rejet, le scrutin du 28 juin devra se tenir avec le corps électoral existant.

En parallèle, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie sera saisi pour rendre un avis.

En 2024, le gouvernement avait tenté d’élargir, sans consensus local, le droit de vote à tous les résidents français justifiant de 10 ans de résidence sur l’archipel. Les indépendantistes avaient vu une volonté de marginaliser la population kanak dans ce projet qui avait entraîné plusieurs mois de violences, faisant 14 morts et plusieurs milliards d’euros de dégâts.

Depuis, les discussions sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie s’enlisent. Le 2 avril dernier, l’Assemblée nationale a rejeté le projet de loi constitutionnelle mettant en œuvre l’accord contesté de Bougival, qui prévoyait d’ouvrir le corps électoral et de repousser les élections à fin 2026.

Sans cette réforme, l’Etat est tenu d’organiser avant fin juin ce scrutin déjà repoussé à trois reprises, et initialement prévu en mai 2024.

Le non-indépendantiste Nicolas Metzdorf imagine mal « voter à l’encontre de ce que propose le Premier ministre », estimant que M. Lecornu avait « pesé ce qu’il était possible d’obtenir en fonction des équilibres à l’Assemblée nationale ».

Au sein de son camp, des personnalités comme Gil Brial, le premier vice-président de la province Sud, sont vent debout contre l’option avancée par le gouvernement. Sur sa page Facebook, l’élu, influent auprès des comités d’autodéfense qui s’étaient constitués pendant les émeutes de 2024, dénonce une décision « injuste et inacceptable ».

Dans le camp indépendantiste, le choix du Premier ministre a également été mal accueilli. Emmanuel Tjibaou, qui déclare que son parti a toujours été « favorable » à l’intégration des natifs, a pointé le manque de confiance avec le gouvernement.

« Qui nous dit qu’en cas d’échec, il ne tentera pas une nouvelle réforme, avec un corps électoral encore plus élargi et ce sans l’accord global que nous réclamons ? », pointe Emmanuel Tjibaou, s’interrogeant par ailleurs sur le nombre de conjoints représentés si les nouvelles règles sont appliquées.

Dans un communiqué, le FLNKS a appelé « l’ensemble des électeurs à se mobiliser massivement » dans les urnes.

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