vendredi, mai 22

De notre envoyée spéciale de retour de Pemba, Gaëlle Laleix

Voilà plus de deux ans que Faki Amade Touele a fui son village, qui a été attaqué deux fois par les shebabs. Avec sa famille, il vit aujourd’hui à Pemba dans un camp de fortune. « Quand on est arrivé, on n’avait rien à manger, que de l’eau et un peu de manioc sec donné par les communautés voisines. Pendant un an, on a dormi dans ce champ, par terre. Puis j’ai construit un abri en paille et en bâtons pour les enfants », confie-t-il.

Au Cabo Delgado, chaque jour, le défi est le même : trouver de quoi nourrir la famille. Les déplacés sont des agriculteurs, aujourd’hui dépourvus de leurs terres, comme Saheed Ndurabe. « Ici en ville, il n’y a pas de champs à cultiver. Les plus proches sont à 20 kilomètres, explique-t-il. Il faut donc de l’argent pour le transport et aussi pour la location des terres. Je ne vis que de petits boulots. Aujourd’hui par exemple, je suis allé creuser des latrines pour quelqu’un ».

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L’aide humanitaire étant absolument insuffisante, les déplacés tentent de cultiver où ils peuvent, au risque de créer des conflits fonciers. « Les communautés autochtones ont déjà du mal à cultiver à cause du changement climatique. Elles-mêmes vont chercher des terres plus riches ailleurs. Cela crée donc des conflits avec les déplacés. Et puis, il y a aussi des conflits liés aux modes de vie différents », précise Eduardo Caponde, du Noyau pour le développement des communautés du Cabo Delgado (Nudec).

D’après l’ONG Armed Conflict Location & Event Data (Acled), 26 personnes ont été tuées par les shebabs ces deux dernières semaines.

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