- L’Ufap-Unsa pénitentiaire appelle au blocage des prisons françaises ce lundi.
- Le syndicat, l’un des deux principaux, dénonce notamment la surpopulation carcérale et le manque d’effectifs.
Mois après mois après que le record de surpopulation carcérale a été battu avec, au 31 mars 2026, 87.126 détenus pour moins de 63.500 places, soit un taux d’occupation global de 137,5%, l’un des deux principaux syndicats de surveillants pénitentiaires appelle ce lundi 27 avril à bloquer les prisons françaises pour dénoncer des conditions dégradées. L’Ufap-Unsa demande notamment des mesures d’urgence contre la surpopulation carcérale et le manque d’effectifs.
Selon une estimation syndicale, 80 établissements (sur un peu moins de 190) devraient être touchés par le mouvement. FO Justice, premier syndicat chez les surveillants, ne s’y est pas associé, estimant qu’il intervenait « trop tôt ».
Blocage de toutes les extractions, filtrage, annulation des parloirs : les modalités d’action seront décidées localement, selon le secrétaire national de l’Ufap-Unsa, Wilfried Fonck.
5.000 postes non pourvus
Aujourd’hui, la France figure parmi les très mauvais élèves en Europe, seules la Slovénie et Chypre présentant des taux supérieurs mais avec des populations bien inférieures. Au rythme actuel, avec environ une hausse hebdomadaire de 200 détenus et sauf mesure d’urgence, la barre des 90.000 incarcérés sera rapidement franchie. Et plusieurs syndicats s’inquiètent d’une montée des tensions l’été prochain, dans des cellules surpeuplées et mal isolées.
Depuis des mois, surveillants comme directeurs de prison alertent sur un système pénitentiaire au bord de l’explosion. Fin janvier déjà, le Conseil de l’Europe avait dénoncé l’état de prisons françaises, surpeuplées et souvent insalubres, alertant sur le risque d’une évolution vers un « entrepôt humain ».
Parallèlement, l’Ufap-Unsa dénonce les sous-effectifs chroniques de surveillants, en comptabilisant 5.000 postes non pourvus et donc beaucoup de travail en plus pour les personnels en place. « Aujourd’hui, vous vous retrouvez avec deux ou trois fois les tâches que vous devriez faire sur un service »
, s’alarme ce lundi sur LCI Alexandre Caby, secrétaire général du syndicat. Selon lui, les personnels sont « exténués »
, « fatigués »
et en « danger ».
Ce danger est créé aussi par les conditions de détention avec souvent des matelas au sol par manque de places, des bâtiments insalubres, et des difficultés pour les détenus à avoir accès à des conditions nécessaires pour une bonne réinsertion. Pour Matthieu Quinquis, président de l’Observatoire international des prisons interrogé par LCI, le système en place depuis des années « n’a pas fait ses preuves »
et a « démontré qu’il participait à l’échec des politiques pénales ».
Selon lui, « il faut sortir de ce schéma-là ».
Un projet de loi en préparation
Un projet de loi en préparation a pour objectif de s’attaquer à la surpopulation carcérale et prévoit notamment de mettre un terme à la pratique des matelas posés au sol dans des cellules, faute de lits suffisants – il y en avait près de 7.000 au 1ᵉʳ mars. Aucun calendrier sur son dépôt, son examen et son adoption n’a été rendu public.
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a exprimé son hostilité à tout dispositif de régulation carcérale, dispositif qui prévoit, comme c’est le cas en Allemagne, qu’au-delà d’un certain seuil, une entrée en détention doit s’accompagner d’une sortie.
Le ministère de la Justice compte ouvrir 3.000 places supplémentaires dans des prisons modulaires, dont la moitié dès 2027, alors que moins d’un tiers des 15.000 places de prison additionnelles prévues dans un plan national lancé en 2018 ont été livrées.
Gérald Darmanin s’est félicité la semaine dernière d’une hausse des expulsions de détenus étrangers, dans le cadre de libérations conditionnelles ou d’accords bilatéraux. Mais cela ne concerne qu’un nombre limité de prisonniers et ne saurait résoudre le problème, relèvent syndicats de surveillants et de directeurs de prison.











