mercredi, avril 15

Chaque année est pire que la précédente. Mais la dernière hausse est frappante : en 2025, le recours à la peine de mort par la République islamique d’Iran a augmenté de 68% par rapport à 2024 (975 personnes tuées) et inclut 48 femmes pendues, ont comptabilisé dans leur rapport annuel conjoint l’organisation norvégienne Iran Human Rights (IHR) et l’organisation parisienne Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

L’année 2026 a commencé avec le massacre de milliers de manifestants, et l’agression israélo-américaine sur l’Iran n’a fait qu’empirer les choses, estime Mahmood Amiry Moghaddam, le directeur d’Iran Human Rights. « Quand la guerre a commencé, beaucoup de gens étaient contents parce qu’ils voulaient que la communauté internationale agisse. Mais aujourd’hui, tout le monde voit que les civils sont ciblés ainsi que les infrastructures. D’autre part, la République islamique en a profité pour intensifier sa répression interne dans l’ombre de la guerre. En temps normal, l’exécution d’un manifestant aurait créé un soulèvement à l’international. Ces dernières semaines, sept manifestants et six opposants politiques ont été exécutés sans que la communauté internationale ne réagisse de manière ferme », déplore-t-il.

« Leur premier ennemi est leur propre population »

Pourtant, l’utilisation de la peine de mort comme outil de répression de masse pourrait être reconnue comme un crime contre l’humanité. C’est en tout cas ce que plaident les experts de la Commission d’enquête des Nations unies sur l’Iran, tout comme Ensemble contre la peine de mort. « Comme dans beaucoup de pays dans le monde, la peine de mort est un outil pour donner un signal fort : « nous avons le contrôle sur vos vies ». Et c’est pour cela qu’en pleine guerre, en plein bombardement où, normalement, ils devraient se focaliser sur leurs propres survie, le régime iranien a continué à arrêter des opposants – plus de 3 000 personnes ont été arrêtées sous les bombardements, explique le directeur d’ECPM, Raphaël Chenuil-Hazan. Et ils ont continué à mener un certain nombre d’exécutions massives. Pourquoi est-ce que c’est leur priorité ? Ils ont leurs ennemis de l’extérieur, mais leur premier ennemi est leur propre population. C’est d’eux qu’ils ont peur en premier lieu. »

Les conditions de détention déjà dramatiques se sont aggravées avec la guerre. Parmi les personnes arrêtées ces dernières semaines se trouve la défenseuse des droits humains, Nasrin Sotoudeh. Quelques jours avant son arrestation, elle signait la préface du rapport sur la peine de mort. « Le message de Nasrin Sotoudeh est que la peine de mort est le principal outil de toute dictature et que toute personne qui veut jouer un rôle dans le futur de l’Iran doit prendre position aujourd’hui sur la peine de mort et que son abolition doit être une condition à tout changement de régime », souligne Mahmood Amiry-Moghaddam. La famille de la militante ne sait pas pourquoi ni où elle est détenue. Elle n’a pu échanger que 30 secondes avec un proche, d’une voix abîmée d’avoir trop crié.

Le code pénal iranien autorise d’autres méthodes de peine capitale, mais ces dernières années, toutes les exécutions connues ont été effectuées par pendaison. Des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, affirment que l’Iran est le pays qui procède au plus grand nombre d’exécutions par habitant au monde et au plus grand nombre parmi tous les pays, à l’exception de la Chine, pour laquelle aucune donnée fiable n’est disponible.

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