Un nouveau drame de la route. Une cycliste qui se déplaçait en plein Paris est morte ce lundi 21 septembre. Alyette Debray-Mauduy, rédactrice en chef adjointe au Figaro, 57 ans, a été renversée par un camion alors qu’elle s’engageait sur le pont de la Concorde, face à l’Assemblée nationale.
Dans la capitale où la fréquentation des pistes cyclables a bondi de 47% depuis 2020, les usagers du vélo restent très vulnérables et les associations qui les représentent ont vivement réagi à ce nouveau drame.
Pour l’association Paris en Selle, ce décès vient s’ajouter à une série d’accidents mortels qui appellent une réponse des pouvoirs publics: « Les aménagements pourris tuent, les angles morts tuent. 6e victime par angle mort poids-lourd depuis un an. »
« Un simple marquage au sol ne sert à rien »
Pour l’association, la mort d’Alyette Debray-Mauduy illustre la faiblesse des réponses apportées par les pouvoirs publics pour traiter les tronçons accidentogènes. En avril 2018, Armelle Cizeron, une collaboratrice parlementaire avait été tuée à vélo par un camion alors qu’elle circulait de l’autre côté du pont de la Concorde pour se rendre à l’Assemblée nationale.
« Le lieu est identifié comme problématique avec ses nombreux flux. Le trafic est souvent saturé, les chauffeurs ne pensent qu’à s’extraire de là et prêtent moins attention aux autres. Un simple marquage au sol ne sert à rien », insiste auprès de BFM, Corentin Roudaut, l’un des porte-paroles de l’association.
Dans ce contexte, la volonté du ministère des Transports d’imposer le port du casque pour les vélos et trottinettes partout en France crispe l’association. « Ce n’est pas le port du casque qui nous protégera lorsque nous nous ferons percuter par un camion à cause des aménagements absents ou mal pensés », tacle Corentin Roudaut.
Des feux de signalisation différenciés
Elles à vélo, une antenne de l’association francilienne Mieux se déplacer à bicyclette (MDB) promouvant la pratique du vélo auprès des femmes réagit aussi avec émotion à ce nouveau décès. « Cela nous ramène plus de deux ans en arrière, avec pour origine à notre mouvement, la mort d’une jeune femme Cours de la Reine, place du Canada, percutée par un camion », relate Delphine Julie, responsable associative.
Pour Elles à vélo, tous ces accidents pourraient être facilement évités avec quelques aménagements. « Ce n’est pas une fatalité. Forcément, c’est quelque chose qui fait de la peine, mais ça n’empêche pas la progression de la pratique chez les femmes pour qui pouvoir se déplacer facilement en ville est source d’émancipation. » Delphine Julie suggère la généralisation dans les carrefours où véhicules motorisés et vélos cohabitent, des feux de signalisation différenciés pour permettre aux seconds de prendre un peu d’avance et d’être davantage visible.
« Vent debout »
En mars 2025, la mairie de Paris avait dévoilé un ambitieux projet de réaménagement de la place de la Concorde comprenant un accès plus important aux mobilités douces et une circulation automobile repensée côté Seine.
Emmanuel Grégoire a hérité de ce projet très loin d’être achevé. « Les plans que l’on a pu consulter ne prennent pas assez en compte le vélo (…). Aux dernières nouvelles, la mairie de Paris a reculé devant la Préfecture de police qui veut conserver ces voix. Nous sommes vent debout », ajoute le membre de Paris en Selle qui résume ainsi le début de mandat du nouveau maire de Paris sur la question cycliste. « Beaucoup de communication et peu de chantiers. »
Contactée par BFM, la mairie de Paris qui « fait part de sa profonde émotion » après la mort d’Alyette Debray-Mauduy met en avant son travail sur la sécurisation des carrefours qui « a encore été renforcé depuis le meurtre de Paul Varry » tué à vélo en 2024. Elle revendique des aménagements sur 86 carrefours et 13 supplémentaires cet été.
La ville explique par ailleurs appuyer « la proposition des associations » concernant la protection des cyclistes contre les poids lourds: « Londres a, par exemple, mis en place de nouvelles obligations de sécurité pour les poids lourds, qui ont fait leurs preuves. Nous travaillons également au déploiement de dispositifs complémentaires pour garantir la sécurité des piétons et des cyclistes. »
Coup de gueule contre le ministre
Après cet accident mortel, le ministre des Transports, Philippe Tabarot a appelé à une « exigence absolue de sécurité » pour accompagner « le développement des mobilités actives ». « Mieux protéger les cyclistes, particulièrement vulnérables, est indispensable pour garantir un partage plus sûr de la route entre tous ses usagers », a t-il écrit sur X avant d’ajouter que cela passait « par la lutte contre les comportements à risque et les infractions à la réglementation sur nos routes. »
Un tel message a passablement agacé l’expert francilien du vélo, Stein van Oosteren qui y a vu une provocation, lui reprochant d’avoir « coupé le financement du plan vélo qui aurait dû impulser l’aménagement des pistes protectrices. » Ces trois dernières années, l’enveloppe a fondu de 400 millions par an à quelques dizaines de millions d’euros.
« Vous faites absolument tout pour éviter de parler du vrai sujet : votre responsabilité – oui la vôtre – d’aménager les routes pour protéger les usagers vulnérables. Si les cyclistes en France ont autant besoin d’un casque, c’est parce que vous êtes trop dangereux car vous leur refusez des pistes cyclables adaptées. »
L’observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) note sur les douze derniers mois une mortalité en hausse des cyclistes. 246 ont été tués entre août 2026 et août 2027 soit une progression de +8% par rapport à l’exercice précédent. À titre de comparaison, 497 piétons sont morts sur la même période (+3%). En valeur absolue, les automobilistes (1.510) et les motards (664) observent une baisse de la mortalité de -5% et de -4%.
Article original publié sur BFMTV.com



