- L’expulsion d’une octogénaire a relancé les débats sur la crise du logement en Espagne, où les locataires sont moins protégés qu’en France.
- Des sociétés privées se chargent même de les convaincre de partir en cas d’impayés.
- Une équipe de TF1 a pu suivre l’une de ces brigades et des locataires qui subissent leurs intimidations.
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Ils ne sont pas policiers, mais membres d’une brigade privée chargée de déloger les occupants illégaux. Une cinquantaine d’entreprises comme celle-ci existent aujourd’hui en Espagne. « Bonjour, je viens pour parler »,
lance dans le reportage en tête de cet article l’un des agents, après avoir frappé à la porte d’un appartement, avant d’annoncer aux occupants : « Le bail n’est plus valable ».
La nouvelle propriétaire souhaite y habiter, mais les anciens locataires refusent de quitter les lieux. « Mais ça fait dix ans qu’on habite ici ! En plus, il vient de sortir de l’hôpital »,
rétorque une femme à l’intérieur aux côtés d’un homme âgé, à qui ce dernier répond sans ménagement : « Il peut être très malade ou l’homme le plus riche du monde, mais quand le bail est terminé, il faut partir ».
Et de poursuivre : « Je vous donne un mois mais il faut vous engager à partir, sinon on coupe l’électricité demain ou après-demain ».
Menaces, intimidation, pression psychologique… Jour et nuit, ces anciens champions d’arts martiaux promettent de se débarrasser des occupants en moins d’un mois. « Les tribunaux sont débordés. Les expulsions prennent jusqu’à deux ans. C’est pour ça qu’on fait appel à nous »,
explique l’un d’eux.
Après des années de combat judiciaire, Marie a fait appel à eux pour la première fois. Un voisin propriétaire d’un garage occupe illégalement sa terrasse. « Il a mis des escaliers et s’est installé chez moi. J’ai payé 3.000 euros à cette entreprise pour qu’ils m’aident. Je n’ai pas d’autre solution »,
explique-t-elle.
Eux disent s’en tenir à de la médiation autorisée par la loi, mais sur les réseaux sociaux certains vont plus loin en opérant des changements de serrure ou en utilisant la violence, des mesures illégales.
« J’offre une solution à un problème »
Pendant près d’un an, Isabella et sa fille ont subi leurs intimidations. « Quand je sors, j’ai toujours peur qu’ils aient changé la serrure ou enlevé la porte »
, redoute cette mère de famille, expliquant que « c’est ce qu’ils font pour te dire attention, on est venu chez toi ».
L’appartement qu’elle louait appartenait à un fonds d’investissement qui exige leur expulsion. Comme la majorité des occupants illégaux, Isabella n’a pas d’autre choix. L’Espagne compte cinq fois moins de logements sociaux que la France et les prix des loyers ont doublé en dix ans. « Ça fait un an que je cherche un appartement, mais c’est impossible. Les loyers sont très chers. J’ai peur, je ne veux pas finir à la rue »,
poursuit-elle.
L’an dernier, 16.000 occupations illégales ont été recensées en Espagne, soit près de trois fois plus qu’en France. Sur un marché très tendu, ces logements sont une aubaine pour certains spéculateurs. Dans certaines villes, les squats représentent près d’un logement sur dix sur le marché. Pasqual, investisseur, a acheté une dizaine de logements à moitié prix occupés illégalement. Notre équipe le suit alors qu’il visite l’un d’eux que les occupants ont quitté trois jours plus tôt. Il a déboursé 3.000 euros pour les convaincre. « En tout, cet appartement me coûte 40.000 euros. Je vais le revendre 70.000 euros, donc je fais 30.000 de bénéfice. Beaucoup disent que je fais de la spéculation, mais en fait j’offre une solution à un problème »,
estime-t-il. En Espagne, 90% des squatteurs occupent des logements vacants appartenant souvent à des fonds d’investissement ou à des banques.
La rédaction de TF1info | Reportage TF1 : Victoria DAVID et Mathilde LOPINSKI

