- La situation devient de plus en plus critique pour les gros rouleurs.
- Après avoir d’abord supprimé leurs loisirs, des travailleurs doivent arbitrer même dans leur vie professionnelle.
- À Dreux, notre équipe a rencontré un ambulancier, un garagiste et une bénévole associative confrontés chaque jour à des choix difficiles.
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À Dreux, 30.000 habitants, sous-peser chaque déplacement avant de prendre la voiture concerne désormais même les ambulanciers. Lors d’une journée de travail, Florian Guironnet parcourt en moyenne 300 kilomètres sur la route. « On est sur une enveloppe approximative de 800 euros, 850 euros par véhicule »,
explique ce dernier dans le reportage en tête de cet article, évoquant sa facture d’essence, face à la hausse des prix.
« S’il n’y a aucune mesure prise, c’est le maillage des sociétés d’ambulance sur le territoire national qui est en danger »,
estime-t-il.
Dans les semaines qui viennent, l’entreprise privée qui l’emploie, Ambulance Phénix, fera peut-être comme d’autres le font déjà : arrêter de prendre certains patients en charge parce que trop loin et trop cher. « On n’a pas choisi ce métier-là pour faire du tri. On ne veut pas choisir, on n’a pas de personnes malades plus importantes que d’autres »
, déplore l’ambulancier.
Être contraint de choisir est un dilemme pour de plus en plus d’automobilistes. Dans le garage de quartier dans lequel s’est rendue notre équipe, chaque semaine, des clients abandonnent l’idée de réparer leur véhicule, toutes leurs économies étant consacrées à l’essence. « Ils continuent à rouler comme ça malgré le fait que la voiture reste dangereuse pour les conducteurs sur la route. Mais quand il n’y a pas d’argent, on est obligé de faire certains sacrifices. Mais du coup, ils sont en sursis avec une bagnole qui va claquer dans deux kilomètres »
, explique Abdellah Vairevaise, garagiste chez « My auto » à Dreux. « Je ne sais même plus quoi répondre : vraiment, faites attention, ne roulez pas trop, mais quand il faut aller bosser, il faut aller bosser »,
concède-t-il.
Le garage se montre pourtant compréhensif en fonction des urgences. Certains devis sont réduits, moins 20%, moins 30%, mais ça ne suffit pas.
« Renoncer à se déplacer à un entretien »
Si la situation est difficile pour les clients, elle l’est aussi pour les employés du garage. « Un de mes salariés qui travaille à l’atelier fait presque 30 à 40 bornes de sa maison au garage. Et ça lui arrive parfois de dormir devant le garage dans sa voiture plutôt que de rentrer chez lui »,
raconte encore le gérant. « C’est encore un sacrifice. Il ne voit pas sa famille. Il ne dort pas dans un lit douillet. Le froid arrive. Même ce matin, il faisait déjà assez froid. Donc c’est très compliqué. »
Pour ne pas décourager les travailleurs qui ont de petits salaires et qui utilisent leur voiture, notre équipe s’est ensuite rendue chez France Travail qui a lancé des coups de pouce kilométriques : 23 centimes par kilomètre parcouru. L’offre concerne sous condition les travailleurs qui reprennent une activité, ceux qui se déplacent pour une embauche, sans oublier ceux en formation. Au total dans le pays, 80.000 Français sont concernés par cette aide kilométrique. Et cela pour éviter un scénario noir. « Ils sont amenés parfois à renoncer à se déplacer à un entretien, à reprendre une activité ou à faire une action de formation parce qu’elle est trop loin. Et donc notre rôle c’est justement d’étudier leur situation et de faire en sorte de les aider à ne pas renoncer »,
détaille Laurent Paccagnini, responsable d’équipe au sein de l’agence France Travail de Dreux.
« C’est la mort sociale »
Renoncer à cause du prix du carburant est un poison qui touche jusqu’aux associations. « Plus le prix de l’essence augmente, moins il y a de mobilité. Et donc la création de liens que nous essayons de faire diminue clairement »,
explique Patricia Chetboul,
responsable locale des Petits Frères des Pauvres qui parcourt 300 kilomètres tous les mois, se rendant au domicile de personnes isolées.
Elle souligne qu’il y a de plus en plus de bénévoles « qui trouvent que les déplacements sont bien chers »,
rappelant que sans eux, « c’est la mort sociale. »
Dans le club de foot de 500 adhérents, le problème, ce sont les matchs en fin de semaine et les innombrables déplacements qui vont avec. « Sur les plus gros week-ends, six à sept véhicules qui partent. Donc six à sept pleins à faire d’environ 190 euros par minibus »,
explique Thibaut Martin, coordinateur technique, soulignant que « le comité directeur a fait le choix d’augmenter de 15% les cotisations. »
Et d’ajouter : « On ne veut pas faire payer les parents et surtout les enfants. Mais aujourd’hui il faut qu’on rééquilibre les coûts. »
Pour chaque famille, cela représente 30 euros de plus par an. Dans ce contexte, le club cherche de nouveaux sponsors pour ne pas finir dans le rouge.

