mardi, septembre 29

  • Émile, 2 ans et demi, disparaît en juillet 2023 au Haut-Vernet.
  • Malgré les hypothèses, l’affaire reste non résolue.
  • Le journaliste indépendant Valentin Doyen revient sur l’enquête dans le podcast « Intérieur Crime ».

Ajoutez TF1info à vos sources sur Google

Le 8 juillet 2023, le petit Émile est porté disparu. L’enfant, alors âgé de deux ans et demi, se trouvait chez ses grands-parents, dans le village du Haut-Vernet, dans les Alpes-de-Haute-Provence, quand il a échappé à leur surveillance. Personne ne reverra le petit garçon vivant. Une partie de ses ossements a été retrouvée par une promeneuse en mars 2024. Mais une question demeure toujours, trois ans après sa disparition : qui a tué le petit Émile ?

« Le visage, la main… la photo respire les vacances, l’insouciance, elle parle à tout le monde »

Le journaliste indépendant Valentin Doyen vit au rythme de cette affaire, qui n’a pas encore livré tous ses secrets. L’auteur du livre « Émile, les zones grises de l’enquête » est l’invité du podcast « Intérieur Crime » de Guillaume Farde. C’est lui qui a rendu publique la première photo du petit Émile dans les médias. « Je n’avais pas vraiment envie de traiter l’affaire« , se rappelle pourtant le journaliste.

Au fil de ses recherches et des coups de téléphone, il tombe sur le grand-père d’Émile, qui lui passe Marie Soleil, la mère. Le journaliste est très étonné par les premiers mots de la maman : « Ça y est, le grand cirque médiatique va commencer. » Il est le premier à avoir parlé à Marie. « Elle avait une grande clairvoyance. Elle savait que l’affaire allait prendre une grande place dans les médias« , souligne Valentin Doyen. Il obtient deux photos, dont le fameux cliché de l’enfant au pissenlit jaune au niveau de l’oreille. « Le visage, la main… la photo respire les vacances, l’insouciance, elle parle à tout le monde« . Pour lui, c’est la photo qui change tout, mais aussi un concours de circonstances : l’actualité est moins dense en été. Le journaliste ajoute : « L’affaire parle à tout le monde« .

🎙️ « Intérieur crime » par Guillaume Farde, l’épisode est accessible dès aujourd’hui en vidéo sur TF1+ (nouvelle fenêtre), YouTube (nouvelle fenêtre) et TF1info (en tête de cet article) ainsi que sur toutes les plateformes habituelles (nouvelle fenêtre) (Apple podcast, Spotify, Amazon Music…)

Les débuts de l’affaire : une disparition inquiétante

Le Haut-Vernet, lui, est un hameau qui, à l’année, ne dépasse pas les 25 habitants, « mais au mois de juillet, la population est multipliée par deux« . C’est dans ce hameau que les grands-parents d’Émile ont acheté une maison secondaire, après que le grand-père, Philippe Vedovini, est tombé en extase devant le lieu-dit, au début des années 2000. Ils sont arrivés la veille de la disparition d’Émile, avec sept de leurs enfants et deux de leurs petits-enfants. Marie Soleil, la mère, n’est pas là. La famille s’affaire à des opérations de nettoyage dans le hameau, notamment dans l’église. « Autour de 17 heures, la famille doit se réunir à la maison pour construire un paddock« , raconte le journaliste.

Entre l’opération de construction et le repas, chaque membre de la famille vaque à ses occupations. Émile sort de sa sieste vers 16 heures. Jusqu’à 17 h 15, il échappe à la vigilance de sa grand-mère, qui prépare le repas du soir, et de son grand-père, qui prépare la voiture. Deux habitants racontent avoir vu l’enfant descendre vers le lavoir. L’un d’eux communiquera les informations au grand-père. Il s’y rend, revient seul. « On l’a perdu », dira-t-il. En quelques minutes, tout bascule. Le témoin confiera plus tard ses regrets de ne pas avoir saisi l’enfant qui se baladait seul, car il est le dernier à l’avoir vu vivant.

Une enquête de police fastidieuse et longue

Tout le village se mobilise. Des gendarmes, des militaires, des bénévoles s’ajoutent pour participer aux recherches. Plus d’une centaine de personnes, dont certaines « pas vraiment aguerries« , s’affairent dans le minuscule hameau. Il y avait sans doute trop de monde, ce qui aurait pu brouiller l’odorat des chiens de Saint-Hubert.

Après plusieurs jours, les recherches ne donnent rien. L’inquiétude grandit, des hypothèses sont émises : une rencontre malheureuse avec un animal sauvage, un accident de la route impliquant peut-être un véhicule agricole, un enlèvement et une séquestration. Toutes sont balayées. Puis vient la dernière : la piste criminelle. Dès lors se pose la question du mobile. Qui en veut à cette famille ? Valentin Doyen rappelle qu’une altercation a eu lieu entre le grand-père et le voisin – un jeune agriculteur – qui, d’ordinaire, autorise la famille à laisser les chevaux sur son terrain. « Le conflit porte sur le terrain et sur de petits travaux effectués mais le lien avec l’altercation n’est pas forcément évident« , indique le journaliste.

Les enquêteurs s’intéressent également à la famille du petit Émile. Les jeunes parents qui ont, « dans leur jeunesse », appartenu à un groupuscule identitaire, aujourd’hui dissous, mais aussi les grands-parents et Philippe Vedovini. Pour le journaliste, cet homme possède effectivement une personnalité clivante : « Soit on adhère, soit on n’adhère pas. » Toutefois, il concède : « J’ai des idées reçues qui sont tombées » depuis qu’il s’est rendu chez les grands-parents et qu’il a surtout rencontré un « homme attristé » et une « femme plus forte que son mari« .

La découverte de la promeneuse

Toute la famille est appelée pour une mise en situation avec la police, dans le Haut-Vernet, en mars 2024, pour essayer de retracer la journée de la disparition. Il n’en ressort « pas grand-chose de cette journée », raconte le journaliste. Pourtant, deux jours plus tard, quelques ossements et des vêtements appartenant à Émile sont retrouvés par une promeneuse. Une autopsie révèle un traumatisme résultant d’un « choc important » et le point d’impact a la taille d’une balle de golf. Les vêtements sont aussi analysés par la police scientifique, qui découvre « au moins une trace d’ADN n’appartenant pas à la famille » et que « le corps ne s’est pas décomposé dans le t-shirt », ce qui signifie que le t-shirt lui a été retiré pendant ou après sa mort et, surtout, que « les vêtements n’ont pas pu rester à l’air libre pendant huit mois, parce qu’ils ne sont pas assez dégradés« . Les enquêteurs pensent donc que le corps a été caché dans un endroit abrité, mais non clos, et qu’il a été restitué précisément après la mise en situation. D’où le « recel de cadavre » parmi les chefs d’accusation. C’est, selon le journaliste, ce qui donne une « dimension hors norme » à l’affaire.

Les grands-parents et deux de leurs enfants sont placés en garde à vue. « Les enquêteurs ont voulu faire craquer les Vedovini pour arracher des aveux« . Toutefois, la garde à vue ne donne rien, malgré les « pressions psychologiques » et les « tentatives de déstabilisation« . 

Trois ans après la disparition de l’enfant, de nombreuses hypothèses existent, et pourtant il n’y a toujours rien de concluant. Et la question principale, à savoir qui a tué le petit Émile, demeure encore sans réponse. Pour le journaliste, une erreur a été faite dès le départ : traiter l’affaire comme une disparition et non pas comme une affaire criminelle. Les recherches auraient été différentes alors. Valentin Doyen conclut : « je n’arrive pas à avoir un avis tranché, il n’y a que des faisceaux d’indice, pas de preuve irréfutable« .

Share.
Exit mobile version