mercredi, avril 15

  • Viktor Orban, principal allié du président américain, a été défait lors des élections législatives dans ce pays dimanche.
  • En Italie, Giorgia Meloni a jugé « inacceptables » les critiques de Donald Trump sur le pape Léon XIV.
  • D’autres pays atlantistes ont pris leurs distances avec Washington, comme le Royaume-Uni.

Suivez la couverture complète

Le second mandat de Donald Trump

Il dirige la première puissance mondiale… et apparaît pourtant plus isolé que jamais. Le 17 mars dernier, Donald Trump s’est dit « sidéré » que les alliés des États-Unis refusent de venir épauler l’armée américaine dans le détroit d’Ormuz pour sécuriser la zone et rouvrir le passage au trafic maritime de pétrole. Un mois plus tard, le président américain ne peut plus compter sur le soutien de son plus fidèle allié en Europe : Viktor Orban. Le Premier ministre hongrois sortant a été défait dimanche 12 avril lors des élections législatives par le chef de l’opposition Peter Magyar.

Washington n’avait pourtant pas lésiné sur les moyens. Le 7 avril, en visite à Budapest, le vice-président américain JD Vance a vanté les mérites de son « bon ami » Viktor Orban. L’occasion pour JD Vance de saluer « la défense de la civilisation occidentale » partagée par les États-Unis et la Hongrie. La défaite électorale de Viktor Orban « est un camouflet, non pas pour Donald Trump mais pour l’idéologie MAGA et le trumpisme », estime auprès de TF1info Nicole Gnesotto, vice-présidente de l’institut Jacques Delors. 

Si la perte de Viktor Orban est « un échec pour l’administration américaine », estime l’auteure de Fractures dans l’Occident (Odile Jacob), pour autant, « ce n’est pas parce que Donald Trump est intervenu dans l’élection en Hongrie que Viktor Orban a perdu », indique-t-elle. Les sujets nationaux ont davantage pesé dans ce scrutin que la politique extérieure, précise-t-elle. Ce phénomène électoral n’est pas isolé. « Le succès des mouvements populistes en Europe est plus lié à des raisons intérieures, notamment économiques, avec la paupérisation de la classe moyenne, qu’à une critique ou à une admiration du président américain », constate Nicole Gnesotto, rappelant que Viktor Orban est arrivé au pouvoir en 2010, bien avant le premier mandat de Donald Trump.

Meloni critique Trump…

Coutumier des déclarations à l’emporte-pièce, le dirigeant américain vient de s’attirer la colère de Giorgia Meloni, pourtant l’une de ses plus proches alliées sur le Vieux Continent… et dont il se dit ce mardi 14 avril déçu de son manque de « courage ». La Première ministre italienne a jugé lundi « inacceptables » les paroles adressées par Donald Trump au pape après que Léon XIV eut critiqué la guerre au Moyen-Orient. La veille, le président américain s’était livré à une diatribe contre le souverain pontife, disant ne pas être « un grand fan » de Léon XIV et ne pas vouloir « d’un pape qui critique le président des États-Unis ». « Le pape Léon est faible face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère », avait ensuite jugé Donald Trump sur son réseau Truth Social.

La déclaration de Giorgia Meloni est l’une des rares réprimandes formulées à l’égard du dirigeant américain. Lors de la précédente critique, le 11 mars dernier, la cheffe du gouvernement ultraconservateur italien avait déclaré que l’attaque des États-Unis et Israël contre l’Iran intervenait dans « une crise du système international (…) où se multiplient les interventions unilatérales menées en dehors du cadre du droit international »

Giorgia Meloni s’est jusqu’à présent efforcée de jouer un rôle de médiateur entre le président américain et les dirigeants européens. Rome va-t-il continuer ce numéro diplomatique d’équilibriste? Les relations entre les États-Unis et l’Europe traversent « une période particulièrement difficile », a averti le 9 avril la Première ministre italienne devant les députés. Elle a toutefois dit vouloir « travailler à maintenir unies les deux rives de l’Atlantique ». « Plus Donald Trump ira dans l’excès et plus il prendra le risque de s’attirer les critiques de ses meilleurs alliés », note Nicole Gnesotto. Pour autant, Rome ne devrait pas opérer de revirement dans sa politique étrangère. « L’Italie reste un pays très atlantiste, l’un des plus attachés au maintien de l’Otan« , estime la vice-présidente de l’institut Jacques Delors, alors que Donald Trump multiplie les saillies envers cette alliance. 

Et Starmer exprime son « ras-le-bol »

Comme Rome, Londres a également douté de la légalité de la guerre américano-israélienne. Dans une interview accordée jeudi dernier à un podcast d’ITV, le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui avait jusqu’à présent évité de critiquer frontalement Donald Trump, a même exprimé son « ras-le-bol » face à l’augmentation des factures d’énergie au Royaume-Uni « à cause des actions de Vladimir Poutine ou de Donald Trump ». Mettre sur le même plan le président russe et son homologue américain : la charge est rude et peut surprendre. Le dirigeant britannique a longtemps courtisé le milliardaire américain, lui offrant même un deuxième voyage d’État au Royaume-Uni, en septembre 2025, où il a été reçu en grande pompe. 

Keir Starmer est depuis plusieurs semaines la cible récurrente de critiques personnelles de Donald Trump. Celui-ci l’a notamment accusé de soutenir trop mollement son allié américain dans sa guerre au Moyen-Orient. « Ce n’est pas à Winston Churchill que nous avons affaire », a-t-il notamment cinglé début mars, se disant « mécontent de Londres » qui avait dans un premier temps refusé que les États-Unis utilisent ses bases militaires, et « très déçu » par Keir Starmer. 

L’avenir dira si les tensions entre Londres et Washington sont passagères ou s’installeront dans la durée. La relation spéciale entre le Royaume-Uni et les États-Unis, cette étroite alliance militaire formée après la Seconde Guerre mondiale et qui servait de boussole à la politique étrangère britannique, semble en tout cas en prendre un coup. « Les Anglais ont perdu leur statut de ‘partenaire privilégié’, ‘special relationship’. Ce statut est mort avec l’élection de Donald Trump qui considère le Royaume-Uni comme n’importe quel autre pays », analyse Nicole Gnesotto. « Le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’Union européenne, ils n’ont plus leur relation spéciale avec les Américains, et, du coup, Keir Starmer se sent beaucoup plus libre de critiquer Donald Trump », relève la spécialiste.

Les Européens ne rompront pas avec Donald Trump tant que la menace russe sera présente

Nicole Gnesotto, vice-présidente de l’institut Jacques Delors

Seuls deux dirigeants européens semblent maintenir des relations au beau fixe avec Washington, du moins officiellement : le Premier ministre slovaque Robert Fico et son homologue tchèque Andrej Babis. Les deux responsables se revendiquent de la même idéologie souverainiste et nationaliste que Donald Trump. Le 17 décembre 2025, le président américain avait félicité le Premier ministre souverainiste tchèque pour son entrée en fonctions, déclarant qu’il attendait des « choses incroyables » de ce dirigeant… milliardaire comme lui.

Les relations entre les États-Unis et les pays européens risquent-t-elles d’être durablement dégradées, ou s’agit-il d’une simple conjoncture ? « Il s’agit d’un tournant radical dans les relations transatlantiques, fondées sur davantage de méfiance de la part des Européens », affirme Nicole Gnesotto. « Tout le monde comprend que les États-Unis n’ont plus les mêmes intérêts ni les mêmes valeurs que les Européens et ce quel que soit le président américain », explique-t-elle. Pour autant, ces relations ne devraient pas se solder par un divorce, estime l’experte. « Les Européens ne rompront pas avec Donald Trump tant que la menace russe sera présente. Ils peuvent le critiquer et refuser de l’aider mais ils ne vont pas pour autant mettre un terme. »

Julien CHABROUT

Share.
Exit mobile version