- Le président ukrainien a déclaré, lundi 10 août, que la Russie se préparait à déployer davantage de soldats nord-coréens sur son territoire et avait reçu de nouveaux missiles balistiques en provenance de Pyongyang.
- Deux jours auparavant, Volodymyr Zelensky avait déjà assuré qu’une « décision » avait entériné le déploiement de 30.000 à 50.000 Nord-Coréens sur le sol russe.
- Pour TF1info, Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Iris et ancien ambassadeur en Russie, explore les différentes motivations d’un tel recrutement.
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Ukraine : la guerre entre dans sa 5ᵉ année
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Ce serait le plus gros contingent de soldats nord-coréens envoyé en Russie depuis l’accord de défense mutuelle (nouvelle fenêtre) signé par les deux pays en juin 2024. Le président ukrainien a assuré, samedi 8 août, que 30.000 à 50.000 Nord-Coréens allaient être déployés sur le front. « Pour la première fois de son histoire, la Russie ne peut mener la guerre sans renforts de la Corée du Nord
« , a estimé Volodymyr Zelensky dans un post X, ce lundi 10 août, assurant que Moscou avait reçu de nouveaux missiles balistiques en provenance de Pyongyang.
Alors que le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un (nouvelle fenêtre), avait attesté que l’accord était « exclusivement pacifique et défensif
« , la Corée du Nord s’apprêterait aujourd’hui à déployer dans l’oblast de Voronej, en Russie, une unité de tir composée d’environ 90 soldats et équipée de six lanceurs et de 120 missiles, selon le renseignement militaire ukrainien (nouvelle fenêtre).
Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et ancien ambassadeur en Russie (2009-2013), analyse les raisons qui pousseraient le pays de plus de 140 millions d’habitants à recruter un contingent de plusieurs dizaines de milliers de soldats nord-coréens.
Pourquoi la Russie a-t-elle besoin de recruter des soldats étrangers ?
Jean de Gliniasty : L’armée russe a beaucoup moins d’argent. Les avantages financiers pour les hommes qui signent un contrat avec l’armée sont considérables, à tel point qu’ils permettent aux familles de s’acheter des voitures ou des maisons, en cas de décès. Mais il y a aujourd’hui, visiblement, des difficultés à payer. La Russie tire un peu moins de revenus de ses exportations de pétrole parce que les terminaux ont été bombardés par les Ukrainiens. Il est clair que les disponibilités du budget russe pour financer les recrutements ont diminué. Un soldat nord-coréen coûte moins cher qu’un soldat russe.
Un contingent de 50.000 hommes représente un nombre extrêmement élevé de divisions armées
Un contingent de 50.000 hommes représente un nombre extrêmement élevé de divisions armées
Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Iris et ancien ambassadeur en Russie
Vladimir Poutine cherche-t-il à compenser les pertes humaines de son armée ?
Les Russes perdent beaucoup d’hommes dans cette guerre. Selon les Ukrainiens et certains organismes de recherche américains, côté russe, les pertes mensuelles sont supérieures aux recrutements mensuels. Il y a un an, le président Dmitri Medvedev avait assuré que la Russie recrutait 45.000 soldats par mois et qu’il n’y avait donc pas besoin de mobilisation. Mais aujourd’hui, des rumeurs de mobilisation commencent à circuler dans le pays.
Les populations des provinces lointaines voient revenir de nombreux cercueils et réalisent que cette guerre est quand même une boucherie, que le risque est bien présent. Donc, malgré les salaires élevés et les primes à l’engagement, il y a moins d’appétence à aller sur le front. De plus, si les morts ne sont pas officiellement enregistrés, ils sont répertoriés comme disparus et, dans ce cas-là, les familles n’ont pas le droit au versement.
Ce contingent nord-coréen pourrait-il changer le cours de la guerre ?
Un contingent de 50.000 hommes, cela représente un nombre extrêmement élevé de divisions armées. Donc, s’ils engagent réellement ces 50.000 hommes sur le front ukrainien, cela peut vraiment changer la donne. Si les soldats russes sont aujourd’hui bien formés, les Nord-Coréens, eux, acquièrent l’expérience du combat directement sur le terrain et subissent donc des pertes. Lors de la contre-offensive de Koursk en 2024, la Corée du Nord aurait perdu plus de 3.000 soldats.
Communiquer une telle information permet aussi à Zelensky de tirer la sonnette d’alarme et de montrer au monde occidental qu’il est nécessaire d’accroître l’aide à l’Ukraine, car la Russie, elle, reçoit le soutien d’autres puissances. On savait déjà qu’il y avait des troupes nord-coréennes en Russie, mais le fait d’annoncer des effectifs de cette importance-là permet peut-être aussi de mobiliser les Occidentaux. Kiev tente d’avertir que la guerre commence à prendre une tournure internationale et d’affirmer que l’Ukraine a besoin d’aide, car seule, elle ne pourra pas gagner face à l’alliance de la Russie avec la Corée du Nord, l’Iran et éventuellement la Chine.




