mercredi, mai 13

Alors que le président américain Donald Trump arrive mercredi à Pékin pour un sommet de trois jours qui doit s’achever vendredi, le symbole même de cette visite revêt déjà une portée considérable.

Il s’agit de la première visite d’État en Chine d’un président américain en exercice depuis le précédent déplacement de Trump en 2017, il y a près de neuf ans, au début de son premier mandat.

Le contexte géopolitique de cette visite est nettement plus instable qu’il ne l’était à l’époque. La guerre en Iran a déstabilisé les marchés mondiaux de l’énergie, perturbé les routes maritimes et ravivé les inquiétudes quant au risque d’une escalade régionale plus large.

Dans le même temps, la Chine tente de se présenter comme un pôle de continuité économique et de stabilité diplomatique, en renforçant ses liens commerciaux en Asie du Sud-Est, dans le Golfe, ainsi qu’en Afrique et en Amérique latine.

Au-delà de leur engagement au Moyen-Orient, les États-Unis cherchent aussi à consolider activement leur influence dans l’hémisphère occidental au moyen d’une « doctrine Monroe » revue et corrigée.

L’administration Trump a, de fait, éloigné le régime vénézuélien de la sphère d’influence chinoise par une action militaire, soumis le régime cubain à une pression économique telle que le pays est au bord de l’asphyxie via des sanctions, et créé une nouvelle coalition de sécurité avec plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes, baptisée « Bouclier des Amériques ».

Cette stratégie américaine a réaffirmé la primauté militaire et économique de Washington dans la région, avec pour objectif explicite de contenir l’influence chinoise et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement stratégiques. Les États-Unis et la Chine se livrent par exemple actuellement à un bras de fer intense pour le contrôle de terminaux portuaires dans le canal de Panama.

Les États-Unis restent plus riches, mais la Chine a remodelé l’économie mondiale

Depuis la visite de Trump en Chine en 2017, les États-Unis continuent de mener l’économie mondiale.

Selon les dernières prévisions du FMI publiées en avril, le PIB nominal américain devrait dépasser 30 000 milliards de dollars (25 500 milliards d’euros) en 2026, contre environ 20 000 milliards de dollars (17 000 milliards d’euros) pour la Chine, soit respectivement près de 25 % et 17 % de l’économie mondiale.

Les États-Unis et la Chine occupent depuis bien plus d’une décennie les deux premiers rangs du classement du PIB nominal, mais l’écart, encore important, se réduit progressivement à mesure que la Chine croît plus vite.

D’après les chiffres du FMI, le taux de croissance annuel moyen du PIB réel chinois s’établit à 5,48 % depuis 2017, contre 2,5 % pour les États-Unis et 3,26 % pour le monde. En substance, l’économie chinoise croît à un rythme deux fois supérieur à celui de son rival américain et nettement plus rapide que la moyenne mondiale.

Un facteur déterminant de cette performance supérieure de la Chine tient au fait qu’elle a été le seul grand pays à enregistrer une croissance en 2020, alors que la pandémie de Covid-19 plongeait l’économie mondiale en récession.

Pour cette année, la croissance annuelle du PIB réel chinois est attendue à 4,4 %, contre 2,3 % pour les États-Unis et 3,1 % pour le monde.

La Chine a également dépassé les États-Unis en 2016 en part du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (PPA), et l’écart n’a cessé de se creuser depuis. Cet indicateur, qui corrige les différences de niveaux de prix internes, reflète l’ampleur réelle de la production et de la consommation au sein d’une économie.

Ce basculement souligne à quel point la Chine est devenue centrale pour l’industrie mondiale, les chaînes d’approvisionnement et la demande de matières premières.

Les niveaux de vie restent toutefois très éloignés entre les deux pays.

Les projections du FMI situent le PIB par habitant des États-Unis en 2026 à plus de 94 000 dollars (79 850 euros), contre près de 15 000 dollars (12 750 euros) pour la Chine et un peu moins de 16 000 dollars (13 600 euros) pour la moyenne mondiale.

En dépit de décennies d’expansion rapide, l’économie chinoise doit encore composer avec des fragilités structurelles, dont une consommation intérieure jugée insuffisante, un chômage élevé chez les jeunes, le ralentissement du secteur immobilier et des pressions démographiques liées au vieillissement de la population.

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Confrontations autour du Panama

La dernière querelle en date a éclaté en avril, lorsque le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a accusé la Chine de « harcèlement » pour avoir bloqué des dizaines de navires battant pavillon panaméen, après que le pays a annulé plus tôt cette année des contrats permettant à une filiale hongkongaise de CK Hutchison, groupe chinois, de gérer deux terminaux portuaires.

Les tensions commerciales demeurent au cœur de la relation entre Washington et Pékin, malgré plusieurs cycles de négociations au cours de l’année écoulée.

Même si les deux pays ont allégé certains droits de douane et restrictions à l’exportation fin 2025, les différends persistent sur les semi-conducteurs, les véhicules électriques, l’IA et l’accès aux minerais stratégiques.

La liste des chefs d’entreprise invités – ou non – à accompagner le président américain Donald Trump lors de ce déplacement en Chine illustre les principaux sujets au menu des discussions. Le groupe de plus d’une douzaine de grands patrons comprend Elon Musk et le patron sortant d’Apple, Tim Cook, mais exclut de façon notable Jensen Huang, le directeur général de Nvidia.

L’administration Trump a restreint les ventes à la Chine des puces d’IA H200 de Nvidia, invoquant leur possible usage militaire. Les exportations sont soumises à une série de conditions, comme des tests réalisés par des tiers pour vérifier leurs performances avant leur envoi à des clients chinois.

Nvidia mène depuis lors un intense lobbying auprès de la Maison-Blanche pour faire lever ces restrictions.

De manière plus générale, Washington accuse Pékin de fausser la concurrence internationale grâce aux subventions publiques et à sa politique industrielle, tandis que les responsables chinois soutiennent que les contrôles américains à l’exportation visent avant tout à freiner le développement technologique de la Chine.

Les réserves de change de Pékin

Malgré cela, Pékin conserve une puissance de feu financière considérable.

D’après les données de l’Administration d’État des changes et les rapports de l’agence officielle Xinhua, les réserves de change de la Chine restent les plus importantes au monde, à plus de 3 200 milliards de dollars (2 800 milliards d’euros).

Ces fonds offrent aux autorités une marge de manœuvre substantielle pour gérer les épisodes de volatilité financière et soutenir le yuan, ou renminbi.

Les États-Unis disposent de réserves nettement plus modestes, mais profitent toujours de la domination mondiale du dollar, qui demeure la principale monnaie utilisée pour le commerce international et dans les réserves de change des banques centrales.

Les stocks d’or illustrent une autre facette de cette rivalité. Selon le Conseil mondial de l’or, les États-Unis continuent d’afficher officiellement les plus importantes réserves nationales, avec plus de 8 100 tonnes.

La Chine a néanmoins augmenté régulièrement ses propres réserves ces dernières années, Pékin cherchant à diversifier ses avoirs hors des actifs libellés en dollars et à renforcer la confiance de long terme dans le renminbi.

Ce mois-ci, la Banque populaire de Chine en est à 18 mois consécutifs d’achats, la plus longue série ininterrompue d’acquisitions d’or jamais réalisée par la banque centrale chinoise. Ses réserves ont atteint de nouveaux records et dépassent désormais les 2 300 tonnes.

L’IA et les dépenses militaires, nouveaux terrains d’affrontement

La compétition économique entre Washington et Pékin se confond de plus en plus avec leur rivalité militaire et technologique.

Selon les données publiées le mois dernier par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les trois premiers pays au monde en matière de dépenses militaires restent les États-Unis, la Chine et la Russie, qui représentent à eux trois 51 % du total mondial.

En 2025, les États-Unis ont dépensé 954 milliards de dollars (810,3 milliards d’euros), soit environ 7,5 % de moins que l’année précédente, mais uniquement faute de nouveaux programmes d’aide financière à l’Ukraine.

Le pays a néanmoins continué d’augmenter ses investissements dans les capacités nucléaires et conventionnelles afin de maintenir sa supériorité dans l’hémisphère occidental et de dissuader la Chine dans l’Indo-Pacifique, deux priorités explicitement affichées dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis.

Les crédits militaires votés par le Congrès américain pour cette année dépassent déjà 1 000 milliards de dollars (849,4 milliards d’euros), soit plus de 5 % de hausse par rapport à 2025, et ils pourraient grimper à 1 500 milliards de dollars (1 275 milliards d’euros) en 2027 si la dernière proposition budgétaire du président Donald Trump est adoptée.

Le SIPRI estime le budget de la défense de la Chine pour 2025 à environ 336 milliards de dollars, mais plusieurs analystes jugent que l’ensemble des dépenses liées à la sécurité pourrait, en réalité, porter ce chiffre plus haut.

La Chine a modernisé très rapidement son armée au cours de la dernière décennie, en étoffant ses capacités navales, ses systèmes de missiles et ses moyens de cyberdéfense, tandis que les États-Unis conservent un avantage important grâce à leur vaste réseau d’alliances, incluant les partenariats au sein de l’OTAN et les accords de sécurité en Indo-Pacifique avec le Japon, la Corée du Sud et l’Australie.

ARCHIVES. Des avions de chasse du Commandement du théâtre oriental de l’Armée populaire de libération (APL) de Chine effectuent un exercice conjoint d’entraînement au combat autour de l’île de Taïwan, août 2022 – Gong Yulong/Xinhua via AP

Taïwan reste le sujet le plus sensible dans la relation bilatérale. Pékin considère cette île autonome comme une partie intégrante de son territoire et critique régulièrement l’aide militaire américaine à Taipei.

Washington affirme de son côté que la préservation de la stabilité dans le détroit de Taïwan est essentielle à la sécurité régionale et aux flux du commerce mondial, d’autant que Taïwan joue un rôle central dans la production de semi-conducteurs avancés.

La technologie, et en particulier l’IA, s’impose comme l’un des principaux terrains de confrontation.

Les États-Unis conservent de sérieux atouts dans la conception de puces de pointe, l’aéronautique, les logiciels et la recherche. De son côté, la Chine s’est imposée dans les batteries pour véhicules électriques, les infrastructures d’énergies renouvelables, les équipements de télécommunications et l’industrie manufacturière.

Les entreprises chinoises représentent désormais plus de 90 % des capacités mondiales de production de panneaux solaires photovoltaïques et plus de 70 % du marché mondial des batteries pour véhicules électriques, selon des rapports de Bruegel et SNE Research.

Pékin voit dans ces secteurs des leviers stratégiques pour peser sur l’économie mondiale de demain.

Dans le même temps, Washington a durci les restrictions sur les exportations de semi-conducteurs avancés, sur fond de craintes concernant leurs usages possibles dans l’IA et le domaine militaire.

La visite de Trump sera donc probablement évaluée moins à l’aune d’accords immédiats que de sa capacité à enrayer une nouvelle dégradation des relations entre deux puissances dont la rivalité façonne de plus en plus le commerce, l’investissement et la sécurité à l’échelle mondiale.

Les États-Unis demeurent la première puissance militaire et financière, portés par le rôle international du dollar et la profondeur de leurs marchés de capitaux.

La Chine s’est toutefois muée en challenger systémique, disposant de l’échelle industrielle, de la puissance exportatrice et de la capacité d’investissement étatique nécessaires pour peser sur les chaînes d’approvisionnement, les infrastructures et les équilibres géopolitiques partout dans le monde.

Pour Pékin, ce sommet est l’occasion d’afficher confiance et stabilité dans un contexte international plus incertain que jamais. Pour Washington, il s’agit de démontrer que les États-Unis peuvent encore contribuer à fixer les règles économiques et stratégiques d’un monde de plus en plus multipolaire.

Ce texte a été traduit avec l’aide de l’intelligence artificielle. Signaler un problème : [feedback-articles-fr@euronews.com].

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