jeudi, avril 30

Le peintre, dessinateur, graveur et sculpteur allemand Georg Baselitz, mort jeudi à l’âge de 88 ans, est une figure majeure de l’art contemporain, connu pour son interprétation protéiforme des traumatismes de l’histoire allemande, et ses tableaux à l’envers.

Annoncé par les principaux médias allemands, son décès a été confirmé à l’AFP par la galerie Ropac, avec laquelle il a longtemps travaillé.

Georg Baselitz, qui a « profondément influencé ses contemporains et les artistes après lui, est mort paisiblement », a résumé la galerie.

Cet artiste contemporain majeur, né dans l’Allemagne nazie de parents instituteurs et qui a grandi sous le régime totalitaire d’Allemagne de l’Est, laisse une œuvre s’étalant sur six décennies, se jouant de toutes les techniques sur très grands formats.

Hans-Georg Bruno Kern, né en 1938 à Deutschbaselitz, non loin de Dresde en Saxe (est), avait adopté en 1961 le pseudonyme de Georg Baselitz en référence à sa ville natale.

Il quitte l’Allemagne de l’est en 1957, après avoir été rejeté par l’Académie des beaux-arts de Dresde et de celle de Berlin-est. Il subit une « pression politique », rappelle la galerie Ropac, et craint d’être contraint de travailler à la mine.

– « Névrose allemande » –

Sa première exposition à Berlin-Ouest, en 1963, est qualifiée de « pornographie » par la presse. Deux de ses tableaux furent confisqués, l’exposition fermée et il est condamné à une amende.

Son succès est reconnu deux ans plus tard à Florence, où il expose son groupe des « Héros ».

Ses oeuvres, qui font écho aux traumatismes de l’histoire allemande, de son groupe des Héros à ses peintures au doigt, en passant par les tableaux-fractures et les tableaux russes, sont aujourd’hui présentes dans les collections publiques parmi les plus prestigieuses.

« Tous les peintres allemands nourrissent une névrose vis-à-vis du passé allemand. C’est-à-dire la guerre, et surtout l’après-guerre, la RDA. Tout cela m’a plongé dans une profonde dépression et sous une pression immense. Mes tableaux sont, en quelque sorte, des batailles », confiait-il au Spiegel en 2013.

Il affirme également à l’hebdomadaire son opinion selon laquelle les femmes « ne peignent pas aussi bien » que les hommes.

« C’est un fait. Bien sûr, il y a des exceptions. Agnes Martin, ou, dans l’histoire, Paula Modersohn-Becker. (…) Mais même elle n’est ni Picasso, ni Modigliani, ni Gauguin », dit-il.

– « Choquer » le public –

Baselitz a non seulement peint, mais aussi dessiné, gravé, sculpté. C’est en 1969 qu’il débute son travail sur le renversement du motif, dont le premier tableau sera « Der Wald auf dem Kopf » (La Forêt sur la tête).

Tous les sujets de son répertoire personnel sont alors tournés à l’envers (personnages, arbres, maisons, etc.) pour affirmer la primauté du regard sur le sujet. Son travail emprunte aussi bien à l’expressionnisme allemand qu’à la peinture américaine (Jackson Pollock, Willem de Kooning) et au Pop art.

« Comme tout artiste, je veux créer quelque chose d’inconnu pour l’autre. Il sera choqué par ce qu’il verra. Et une fois le choc passé, il percevra peut-être quelque chose… ou peut-être pas. C’est le but de tout artiste », a-t-il déclaré au quotidien Süddeutsche Zeitung lors d’une interview en janvier dernier.

Sa femme, Elke Kretzschmar, rencontrée peu après son installation à Berlin-Ouest et avec qui il s’était marié en 1962, devient aussi un sujet majeur de son art à partir des années 1970.

A Paris, sa carrière avait connu un double couronnement ces dernières années avec son élection à l’Académie des Beaux-Arts en 2019, puis une grande exposition rétrospective en 2021 au Centre Pompidou, un des principaux musées européens d’art moderne et contemporain.

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