- Depuis près de 40 ans, les habitants de Suèvres entretiennent la mémoire de la « martyre de l’A10 », une fillette dont le corps mutilé a été retrouvé en 1987.
- Sa mère est jugée à partir de ce lundi à Blois pour torture et actes de barbarie, aux côtés du père qui comparaît pour complicité.
- Avec ce procès, beaucoup espèrent pouvoir tourner la page de l’un des plus anciens cold cases de France.
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Le 20H
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Dans le vieux cimetière de Suèvres, une commune du Loir-et-Cher, située entre Orléans et Tours, la petite tombe d’Inass Touloub fait partie des plus fleuries. Yvette, une habitante, s’y arrête toujours quand elle y vient. « J’ai toujours eu une pensée pour cette petite qui a dû souffrir malheureusement, qui a eu une triste vie »
, avance-t-elle dans le reportage ci-dessus. Quatre décennies plus tard, le procès de celle qu’on a longtemps surnommée la « martyre de l’A10 » va s’ouvrir ce lundi 2 novembre. Un soulagement pour cette commune marquée par cette affaire et l’épilogue d’un des plus anciens cold cases de France.
Un procès compliqué
Le 11 août 1987, sur le bas-côté de l’autoroute A10, les gendarmes découvrent, caché sous une petite couverture de laine bleue, le cadavre d’une fillette. Son corps est mutilé avec de nombreuses traces de sévices. À cette époque, elle n’a ni nom ni prénom. Âge estimé : entre 3 et 5 ans. Aucun parent ne signale sa disparition. Trente-et-un ans plus tard, en 2018, la science va faire accélérer l’enquête. Les gendarmes interpellent un homme pour une banale bagarre. Coup de théâtre, son ADN correspond à des traces retrouvées sur la couverture bleue dans laquelle était enveloppé le corps. Il est le frère de la martyre de l’A10, qui a désormais un nom : Inass Touloub.
Les enquêteurs interpellent les parents en juin 2018. Brièvement placés en détention provisoire, ils seront remis en liberté, sous contrôle judiciaire, pour raisons de santé. Sur le banc des accusés, la mère, Halima El Bakhti, 72 ans, est jugée pour « torture et actes de barbarie, ayant entraîné la mort sans intention de la donner », et le père, Ahmed Touloub, 74 ans, comparaît pour « complicité ». Dans un rapport d’expertise médicale que les journalistes de TF1 ont pu consulter, leur état de santé est « compatible avec une comparution devant la cour d’assises du Loir-et-Cher »
. L’un et l’autre présentent toutefois des « maladies chroniques »
, des « douleurs locomotrices »
. Selon ce document, le procès ne sera pas simple. « Il convient de prévoir, autant que nécessaire, des questions courtes, une reformulation des passages complexes, des pauses supplémentaires, en cas de fatigabilité… »,
est-il écrit.
Ce que j’attends, c’est au moins connaître la réaction des parents, éventuellement, s’ils assistent. De savoir comment on en arrive à un tel degré de barbarie.
Ce que j’attends, c’est au moins connaître la réaction des parents, éventuellement, s’ils assistent. De savoir comment on en arrive à un tel degré de barbarie.
Raphaël Pilleboue, ancien maire de Suèvres
Les parents sont présumés innocents. Leurs avocats n’ont pas souhaité nous répondre. Ce lundi, Raphaël Pilleboue, l’ancien maire de Suèvres, et Frédéric Dejente, l’actuel élu de la commune, vont faire face aux parents d’Inass pour la première fois, 39 ans après sa disparition. « Ce que j’attends, c’est au moins connaître la réaction des parents, éventuellement, s’ils assistent. De savoir comment on en arrive à un tel degré de barbarie »
, indique l’ancien maire. L’édile actuel pense, lui, que « ce serait bien d’arriver à l’épilogue de cette histoire »
. « Et qu’on puisse au moins écrire, en bas d’une page :
‘fin’«
, ajoute-t-il.
Cas unique dans l’histoire judiciaire française, Suèvres s’est constituée partie civile, elle qui a sommé l’État d’organiser un procès après des années d’errement de la justice. « La commune de Suèvres a attaqué l’État en responsabilité, en janvier 2026, parce que ce procès n’était toujours pas organisé »
, atteste Me Jean Sannier, son avocat. Ses six frères et sœurs se sont également constitués partie civile. Aujourd’hui encore, les parents nient l’un et l’autre être responsables des coups portés à leur fille. Tous deux risquent la réclusion criminelle à perpétuité.
Virginie FAUROUX | Reportage : Laszlo GELABERT et Marie BELOT

