Un match à sept sur le court central de Roland-Garros : le Medef a organisé jeudi 27 août le premier grand débat entre les principaux candidats à la présidentielle, dont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, questionnés sur leur projet économique par des chefs d’entreprise.
En fin d’après-midi, durant 2 h 30, l’arène du tennis a été occupée par la dirigeante du Rassemblement national, actuelle favorite des sondages, le leader insoumis, crédité d’une dynamique susceptible de le hisser au second tour, mais aussi le duo du bloc central Édouard Philippe et Gabriel Attal, le néo-candidat social-démocrate Raphaël Glucksmann, le président des Républicains Bruno Retailleau et l’écologiste Marine Tondelier.
France 24 revient sur les principales déclarations des différents candidats à l’occasion de ce premier débat.
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• Réduction de l’indemnisation chômage et fin de « l’open bar des arrêts de travail » pour Édouard Philippe
Édouard Philippe a donné le ton en dégainant, dans un entretien à l’AFP, des propositions qui devraient séduire les patrons français : la réduction à 12 mois (contre 18 aujourd’hui) de l’indemnisation chômage pour les moins de 50 ans, mais aussi sa volonté de « mettre fin à l’open bar des arrêts de travail ».
« Sur l’assurance chômage, ma direction c’est de faire comme l’Allemagne. Douze mois d’indemnisation maximum pour les moins de 50 ans », a déclaré l’ancien Premier ministre. La durée maximale d’indemnisation est actuellement de 18 mois pour les moins de 55 ans, depuis une réforme intervenue en 2023 qui avait déjà réduit de six mois l’ouverture des droits, jusqu’alors possible jusqu’à 24 mois. Cette durée sera portée à 15 mois en cas de rupture conventionnelle à partir du 1er septembre 2026, selon une nouvelle réforme.
Le candidat à l’élection présidentielle a aussi promis de mettre fin à l' »open bar des arrêts de travail ». « L’évolution actuelle des arrêts de travail liés à la maladie, c’est, en valeur, une augmentation de presque 40 % entre 2019 et 2025. » « Une dérive préoccupante », « pas simplement pour les comptes – ça l’est, de l’ordre de 17 milliards d’euros [annuels] », mais aussi « pour l’activité des entreprises et des administrations » et « pour l’ambiance au travail », a jugé Édouard Philippe.
« En Espagne, on indemnise mieux les congés longs. En revanche on est plus dur avec les congés courts. On peut s’inspirer de cette logique et par exemple renforcer les journées de carence d’ordre public » : « Le premier jour, les deux premiers jours ne seront pas indemnisés lorsque c’est un arrêt ponctuel », a-t-il prôné. « Il faut lutter contre le phénomène de chantage à l’arrêt maladie en créant une période incompressible », de « trois, cinq ou six mois », « entre l’arrêt maladie et la rupture conventionnelle », a-t-il par ailleurs préconisé.
• « Si vous n’augmentez pas les salaires, la France va tomber en récession », clame Mélenchon
De son côté, Jean-Luc Mélenchon, loin d’être en terrain conquis face au parterre patronal, a exhorté les chefs d’entreprise à « augmenter les salaires » pour éviter à la France de « tomber en récession ». « Je vous mets en alerte : le budget Lecornu, plus l’inflation alimentaire, si vous n’augmentez pas les salaires, la France va tomber en récession », a-t-il affirmé.
Il n’a ainsi pas hésité à se montrer offensif pour défendre le « retour de l’État », « le social », et a martelé que « le total du déficit aujourd’hui, c’est le total des cadeaux fiscaux qui ont été faits », notamment aux entreprises, sous le double quinquennat d’Emmanuel Macron. Il a également promis de « désobéir » aux décisions européennes qui seraient « en contradiction » avec le vote des Français.
Sur les retraites, il a, lui, proposé « dans un premier temps à 62 ans » puis, « le plus vite possible », à 60 ans.
• Marine Le Pen veut présenter un plan d’économies de 125 milliards d’euros avant le débat budgétaire
Actuelle favorite, selon les intentions de vote à moins de huit mois du premier tour du 18 avril, Marine Le Pen a confirmé qu’il y avait « un consensus général sur la gravité de la situation » économique du pays.
La quadruple candidate à l’Élysée du Rassemblement national a quant à elle annoncé qu’elle présenterait un plan d’économies de 125 milliards d’euros « avant le débat budgétaire » de l’automne.
Sur les retraites, elle a réitéré sa volonté de permettre un départ à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler « avant 20 ans », pour ensuite parvenir « à 42 ans de cotisations et un âge légal de 62 ans ». Elle a dit « assumer » ce « choix de société » qui ne fait pas l’unanimité à l’extrême droite.
• Lier espérance de vie et retraites, pour Retailleau
La principale proposition de Bruno Retailleau, candidat du parti Les Républicains, est de lier l’âge de départ à la retraite « à l’espérance de vie ». « Je proposerai une disposition qui avait été à l’époque décidée par [le Premier ministre] François Fillon dans le Code du travail et qui n’a jamais été activée, de lier par une équation proportionnelle l’âge de la retraite et l’espérance de vie », a affirmé le candidat de LR, qui a annoncé qu’il présenterait son projet de réforme des retraites « dans quelques jours ».
Et il est allé dans le sens patronal en promettant de s’attaquer à « l’État bureaucratique », « vorace », qualifié de « premier problème », et qui « asphyxie les forces vives » selon lui.
• « Un SMIC à 2 000 euros brut », pour Marine Tondelier
L’écologiste Marine Tondelier a elle aussi voulu rassurer les patrons : « les Écologistes aussi veulent la liberté », car « l’écologie est la condition de la liberté », a-t-elle assuré.
Parmi les mesures phares, celle-ci défend un Smic à 2 000 euros brut. « Le revenu pour les Français, c’est leur pouvoir d’achat » et pas seulement « un coût pour les entreprises », a-t-elle plaidé. « Pour ces raisons, « les Ecologistes porteront un SMIC à 2 000 euros brut ».
• Glucksmann promet de ne pas financer la hausse des salaires par « la casse du modèle social »
Le candidat social-démocrate à la présidentielle Raphaël Glucksmann s’est quant à lui engagé à ne pas financer la hausse des salaires « par la casse du modèle social », ni « par l’aggravation de la dette ».
« J’ai fait une proposition forte qui est de dire : ‘On baisse la CSG sur les salaires pour les salariés et on trouve l’argent où ?’ Eh bien chez les grands, les méga-héritiers », a déclaré celui qui s’est déclaré dimanche candidat en passant par la primaire organisée avec le Parti socialiste.
• Gabriel Attal veut « revenir sur les hausses du coût du travail qui sont intervenues depuis 2024 »
Gabriel Attal a, lui, dit vouloir « revenir sur les hausses du coût du travail qui sont intervenues depuis 2024 ». « Ce qu’il aurait fallu faire, c’est ne pas augmenter le coût du travail depuis 2024 », la dissolution de l’Assemblée et les budgets des gouvernements suivants. « Donc, le premier engagement que je prendrai, (…) c’est de revenir sur ces hausses du coût du travail qui sont intervenues depuis 2024, qui sont un boulet pour nos entreprises et dans la compétitivité de notre économie », a déclaré l’ancien Premier ministre, candidat Renaissance à l’Élysée.
Il s’en est aussi pris ouvertement à la proposition insoumise d’annuler une partie de la dette publique française. « S’il suffisait d’annuler la dette d’abord, pourquoi ça n’a pas été fait avant ? », a-t-il ironisé.

