Alors que la mort de Lyhanna continue de mettre en lumière certains dyfonctionnements de la justice, et que 82% des Français pensent que le gouvernement n’est pas assez mobilisé sur les violences sur mineurs, selon un sondage Elable pour BFMTV, nombreux sont les candidats officiels ou potentiels à l’élection présidentielle qui formulent des propositions de campagne pour améliorer la lutte contre les violences sexuelles.
Les trois candidats du centre et de la droite Gabriel Attal, Édouard Philippe et Bruno Retailleau ont notamment formulé plusieurs propositions à travers des interviews dans la presse, alors que le Rassemblement national se montre plus discret – « ce qu’il se passe suffit à leurs affaires », glisse une ministre à BFMTV. La gauche, elle, s’accorde en partie sur la proposition d’une « loi intégrale ».
Lyhanna, 11 ans, a été retrouvée morte le jeudi 4 juin dans un silo agricole après avoir disparu pendant une semaine. Elle a été vue pour la dernière fois le 29 mai dans la voiture de Jérôme Barella, 41 ans, mis en cause à plusieurs reprises pour violences sexuelles sur mineurs à travers des signalements et des plaintes, sans que cela ne débouche sur aucune action de la justice.
Renforcer les moyens
À gauche, les candidats appellent presque unanimement à des lignes budgétaires supplémentaires accompagnant une révolution culturelle dans l’approche des violences sexistes et sexuelles. « Les coupes budgétaires alimentent le crime », a estimé Jean-Luc Mélenchon (LFI) lors d’un meeting à Saint-Denis.
Proche de Raphaël Glucksmann, le député Sacha Houlié a exhorté à un « renforcement sans précédent » des moyens des juridictions, notamment « pour les juges aux affaires familiales ».
L’ex-Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve propose même le « rappel des magistrats retraités volontaires » pour renforcer les troupes et « apurer » des dossiers en cours.
Gabriel Attal (Renaissance), qui a formulé plus de 20 propositions dans un entretien au Figaro ce samedi 13 juin, a fixé un objectif de 3.000 nouveaux recrutements de magistrats et greffiers à partir de 2027.
Au Rassemblement national, Marine Le Pen et Jordan Bardella plaident aussi pour un renforcement des moyens de la justice, mais le second insiste sur l’augmentation du nombre de places de prison.
Durcir les peines
À droite et à l’extrême droite, de nombreux candidats proposent de durcir les peines, comme Jordan Bardella, qui suggère des « peines minimales » pour « empêcher les récidives » et la suppression des remises de peine pour « les crimes les plus graves ». Il demande que la perpétuité soit encourue pour les criminels sexuels qui s’en prennent à des mineurs.
Bruno Retailleau (LR), lui, propose que les criminels sexuels les plus dangereux et susceptibles de récidiver se voient contraints à une castration chimique. Une proposition qui divise à gauche, mais aussi au centre et à droite.
Dans le bloc central, Gabriel Attal et Édouard Philippe (Horizons) proposent la suppression du juge d’application des peines (JAP). Le patron de Renaissance estime que cela permettra de « désengorger » des postes de magistrats. Il ajoute souhaiter alourdir les peines et que les pédocriminels soient traités comme les terroristes.
La « discipline » des magistrats pointée du doigt
Bruno Retailleau s’est aussi attaqué à la « discipline » des magistrats. Il propose la création d’une « cour disciplinaire de la magistrature », composée notamment de citoyens tirés au sort. Celle-ci pourrait prononcer d’éventuelles sanctions, remplaçant donc le Conseil supérieur de la magistrature, qu’il juge « trop corporatiste ».
Plusieurs candidats de tout bord (notamment à gauche) proposent de créer une forme de juridiction spécialisée, tout comme l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, qui veut un parquet « spécialisé sur les violences faites aux femmes et aux enfants ».
Édouard Philippe, lui, s’interroge sur la possibilité laissée aux juges de se syndiquer.
Plusieurs figures de gauche et du centre appellent à une nouvelle « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles. Celle-ci entend notamment « définir un socle d’actes d’enquêtes devant être obligatoirement réalisés » pour ce type d’affaires afin d’éviter certains classements sans suite : « audition sans délai de la victime », « audition systématique de l’auteur présumé » et « collecte immédiate » d’éventuelles « preuves matérielles, numériques ou médico-légales ».
Instaurer une « permanence pénale des avocats »
« Il faut créer un véritable principe de précaution face aux violences faites aux enfants », juge Édouard Philippe. Il prône une « priorité absolue aux plaintes des enfants et aux signalements ».
Gabriel Attal, comme certains élus de gauche, propose aussi « un système de permanences pénales d’avocats », pouvant être sollicités au moment du dépôt de plainte pour aider les victimes. À chaque plainte pour agression sexuelle ou viol sur mineur, une action devra être engagée en « moins de 48 heures », estime le candidat.
Pour une loi « intégrale »
La question de l’imprescriptibilité des crimes commis sur les mineurs est également un sujet sur lequel les candidats devront se positionner. Gabriel Attal, notamment, y est favorable.
La loi « intégrale » soutenue par plusieurs candidats propose aussi d’étendre à l’ensemble des violences sexuelles, y compris pour les victimes majeures, le principe de « prescription glissante », permettant de prolonger le délai si le mis en cause récidive.
Étendre les « attestations d’honorabilité »
L’hypothèse d’un renforcement et d’une extension du système des « attestations d’honorabilité » pour vérifier les antécédents judiciaires des personnes amenées à travailler auprès d’enfants est soutenue très largement.
Certains, à droite et au centre, vont plus loin en demandant un « fichage » plus strict des pédocriminels, sur le modèle des fichés S. Mais la classe politique est divisée sur le périmètre de ce fichier – doit-il être réservé aux condamnés ou élargi aux simples accusés? – comme sur sa transmission ou non à certains employeurs.
Renforcer la prévention
Marine Tondelier, comme d’autres responsables de gauche, insiste sur le volet préventif, exhortant à « former les enfants, dès le plus jeune âge et de manière adaptée », en renforçant l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Article original publié sur BFMTV.com











