Le député LFI Aly Diouara, candidat aux municipales à la Courneuve (Seine-Saint-Denis), a été condamné ce lundi 9 mars à une peine de 500 euros d’amende avec sursis pour avoir diffamé son rival socialiste Oumarou Doucouré en accusant l’entourage de ce dernier de « pratiques clientélistes ».
Le président de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a expliqué à Aly Diouara, présent à l’énoncé du jugement, qu’il devrait retirer immédiatement de ses réseaux sociaux le communiqué contenant les propos diffamatoires.
Aly Diouara est également condamné à verser 3.000 euros de dommages et intérêts à Oumarou Doucouré pour son préjudice moral.
Dans ses motivations, le tribunal a estimé qu’Aly Diouara ne rapportait pas la preuve « parfaite, complète et corrélative » des accusations portées. Il a considéré qu' »en sa qualité d’acteur de premier plan du débat public municipal », Aly Diouara était tenu de justifier ses accusations par des éléments factuels solides, « la sincérité du scrutin ne devant pas être biaisée par des accusations portées à la légère ou non étayées ».
Dans un communiqué, la liste de Oumarou Doucouré a aussitôt considéré que cette décision venait « rappeler qu’aucune campagne ne saurait se construire sur des mises en cause infondées qui visent à dénigrer violemment ses adversaires ». Six jours avant le scrutin, elle a appelé Aly Diouara « à cesser de diffuser de fausses informations et à mener une campagne respectueuse de ses adversaires (…) ».
« J’ai dénoncé publiquement des pratiques que je considérais comme clientélistes (…) Je prends acte de cette décision mais je ne renonce pas. J’ai fait appel et une nouvelle audience devra se tenir en urgence avant le 15 mars », a réagi dans un communiqué Aly Diouara.
« Des enveloppes d’argent » et « des colis alimentaires » en échange de voix
Tête de la liste LFI, écologistes et radicaux de gauche, Aly Diouara avait accusé l’équipe de Oumarou Doucouré d’avoir fait distribuer des « enveloppes d’argent lors d’une réunion publique », le 16 février, en présence du président du département Stéphane Troussel (PS). Dans un communiqué le 23 février, il accusait également cette équipe d’avoir « distribué des colis alimentaires en échange de voix » le 20 février.
Les juges ont retenu que le communiqué contenait « des imputations diffamatoires » contre Oumarou Doucouré et contre Stéphane Troussel. Le tribunal a cependant relaxé Aly Diouara concernant Stéphane Troussel, estimant que la qualification juridique choisie dans son cas était « erronée » (ce dernier n’étant « pas visé en raison de ses fonctions électives »).
L’avocat d’Oumarou Doucouré et de Stéphane Troussel, Maître Pierre-Eugène Burghardt, a reçu le jugement comme une « victoire » pour ses deux clients, en disant à l’AFP: « Les propos sont jugés diffamatoires dans les deux cas, c’est ça l’important. Ils n’ont eu que pour unique but de déstabiliser une campagne électorale ».
L’avocate de Aly Diouara, Maître Alexandra Boret, a de son côté souligné que le tribunal avait reconnu qu’il existait « une certaine base factuelle » pouvant permettre à Aly Diouara de dénoncer publiquement la remise d’enveloppes d’argent.
Un témoin originaire des Comores avait assuré devant les juges avoir reçu 30 euros pour assister à une réunion, « sans aller toutefois jusqu’à affirmer que c’est un membre de cette équipe qui lui a remis l’argent ni que c’était en contrepartie d’un vote », a relevé le tribunal, l’homme n’étant d’ailleurs pas électeur de La Courneuve.
Trois listes de gauche sont concurrentes dans cette ville de 47.000 habitants au nord de Paris, dirigée depuis bientôt 30 ans par le communiste Gilles Poux.
Article original publié sur BFMTV.com











