Les flux mondiaux d’armes ont augmenté de près de 10 % au cours des cinq dernières années, l’Europe ayant plus que triplé ses importations, selon un rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) publié lundi 9 mars.
La forte augmentation observée dans les pays européens s’explique largement par l’achat d’armes pour l’Ukraine mais également par le renforcement de leurs capacités militaires face à la menace perçue de la Russie, selon ce rapport.
Le volume des flux mondiaux d’armes a augmenté de 9,2 % entre 2021 et 2025 par rapport aux cinq années précédentes, selon le Sipri.
À lire aussiDe l’Ukraine à l’Iran, les drones kamikazes s’imposent comme le nerf de la guerre
L’organisation compare les tendances sur cinq ans car des livraisons dans le cadre de contrats importants peuvent fausser les chiffres annuels.
Si les importations d’armes en Europe n’ont pas encore atteint les niveaux observés pendant la guerre froide, « l’Europe est aujourd’hui le plus grand destinataire d’armes », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Mathew George, directeur du programme sur les transferts d’armes du Sipri.
« Les livraisons à l’Ukraine depuis 2022 sont le facteur le plus évident, mais la plupart des autres États européens ont également commencé à importer beaucoup plus d’armes afin de renforcer leurs capacités militaires face à la menace croissante perçue de la Russie », a-t-il précisé dans un communiqué.
Les pays européens ont représenté 33 % des importations mondiales d’armes, augmentant leurs importations de 210 % par rapport à la période quinquennale précédente.
Les exportations d’armes dominées par les États-Unis
Près de la moitié des armes importées (48 %) en Europe, provenaient des États-Unis.
Les États-Unis ont dominé les exportations d’armes, représentant 42 % de tous les transferts internationaux d’armes au cours de cette période, contre 36 % précédemment.
En dépit de la volonté affichée de l’Europe de devenir plus autonome, les transferts entre pays européens ne représentent qu’un cinquième des flux dans la région, note le spécialiste.
« Les fournisseurs européens continuent de se fournir principalement en dehors de l’Europe plutôt qu’en son sein », a déclaré Mathew George.
L’Allemagne a dépassé la Chine pour devenir le quatrième exportateur d’armes en 2021-2025, avec 5,7 % des exportations mondiales d’armes.
Près d’un quart des exportations allemandes ont été destinées à l’Ukraine sous forme d’aide et seulement 17 % à d’autres États européens, ce qui signifie que plus de la moitié a quitté le continent.
La domination des États-Unis dans l’approvisionnement de l’Europe devrait se poursuivre dans un avenir prévisible, a déclaré Mathew George, soulignant que plus de 460 avions de combat F-35 étaient en attente de livraison.
Les armes russes délaissées par la Chine et l’Inde
Les importations d’armes au Moyen-Orient ont diminué de 13 % entre 2016-2020 et 2021-2025. Mais trois des principaux importateurs mondiaux provenaient toujours de cette région, qui a reçu plus de la moitié de ses importations (54 %) des États-Unis.
L’Arabie saoudite représentait 6,8 % des importations mondiales, tandis que le Qatar et le Koweït représentaient respectivement 6,4 % et 4,8 %.
« À l’avenir, nous voyons une liste de livraisons en attente pour le Moyen-Orient » et une fois ces livraisons effectuées, « nous pourrions donc voir ces chiffres augmenter », dit Mathew George à l’AFP.
En matière d’exportations, les États-Unis sont loin devant le deuxième exportateur, la France, qui a vu ses exportations augmenter de 21 %, mais ne représentait que 9,8 % des exportations mondiales d’armes en 2021-2025.
À lire aussiL’armement, une industrie sur le pied de guerre en France
La Russie, troisième exportateur mondial, est le seul des dix premiers pays à avoir vu ses exportations baisser. Ses ventes d’armes ont chuté de 64 % en volume en 2021-2025 par rapport aux cinq années précédentes, réduisant sa part mondiale des exportations de 21% en 2016-2020 à 6,8 % en 2021-2025.
La baisse des exportations russes s’explique par le fait que Moscou utilise davantage ses équipements pour la guerre en Ukraine, mais aussi parce que les États-Unis et l’Europe ont poussé les pays tiers à ne pas acheter d’armes russes, a déclaré Mathew George.
À lire aussiIran : l’armement au cœur des relations avec ses partenaires russe et chinois
De plus, les deux principaux importateurs d’armes russes, la Chine et l’Inde, « s’intéressent au développement et à la production sur leur sol de technologies de défense », a ajouté Mathew George.
Dans le cas de l’Inde, le pays a également « cherché à diversifier ses sources d’approvisionnement ».
La décision de la Chine de développer sa production et de réduire ses importations russes a entraîné une baisse de 72 % de ses importations globales.
Selon le Sipri, le pays est sorti du top 10 des importateurs pour la première fois depuis le début des années 1990.
Avec AFP












