- Soupçonné d’avoir détourné un million d’euros, un employé de banque à Nîmes vient d’être placé en détention provisoire.
- D’autres cas d’escroquerie impliquant de véritables conseillers bancaires ont été recensés ces dernières années.
- Pour prévenir de nouvelles fraudes, le député Daniel Labaronne propose la création d’un fichier national.
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Le 20H
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Quatre ans de procédure jusqu’au procès. Jean-Michel a été victime en 2022 d’un couple d’escrocs qui a pris le contrôle de ses comptes bancaires pour les vider. « On nous a pris 11.300 euros, un virement de 1.300 d’un côté et un de 9.990. Celui-là est parti en Espagne. Je ne pensais pas qu’à mon âge je pouvais encore être piraté comme un gamin de 15 ans, mais malheureusement c’est ce qui s’est passé »
, déplore le retraité à notre micro.
Ce qu’il ne sait pas à l’époque, c’est que sa propre conseillère bancaire, Madame M., sous-traitante de la banque ING, est la maîtresse de l’escroc, Monsieur T., à qui elle fournit les coordonnées bancaires, les numéros de téléphone et les codes d’accès de ses clients. Avec de nouvelles cartes SIM, il a pu installer sur son téléphone l’application bancaire de ses victimes et effectuer lui-même des virements. Jean-Michel et son épouse ont pu récupérer toutes les sommes en assignant la banque ING en justice, mais leur colère vis-à-vis de leur ex-banquière est intacte. « On est trahis, on est leurrés, on fait confiance à une banque où tout est sécurisé, soi-disant, et là on s’aperçoit qu’il n’y a rien »
, regrette Francine. « Après une telle expérience, c’est vraiment mais vraiment pas simple de faire confiance »
, nous explique Jean-Michel. « Il n’y a pas qu’à nous, il y a des autres qui ont eu des sommes beaucoup plus importantes, elles bousillent la vie de beaucoup de gens »
, poursuit Francine.
En effet, 36 personnes ont été victimes de ces escrocs pour un total de 1,3 million d’euros détournés. Ceux qui ont perdu les plus grosses sommes attendent toujours d’être remboursés. Alors que des recours en justice contre elles sont en cours, la banque ING s’estime victime d’un sous-traitant. « Madame M. agissait sous l’autorité et pour le compte de son employeur et non pas d’ING. ING, elle-même victime de tels agissements, se réserve le droit d’engager des actions judiciaires contre les responsables de cette fraude »
, écrit la banque dans un communiqué.
En mai dernier, le fraudeur principal a été condamné à six ans de prison ferme, sa complice à un an. Mais selon cet avocat de victime, rien ne les empêche techniquement de récidiver. « L’organisateur technique qui faisait les opérations en prison a pu continuer à faire ces opérations. Et je crois que la dame, la vraie conseillère bancaire qui détournait les informations des clients, s’est fait embaucher dans une compagnie d’assurance »
, déplore Me Ludovic Huet, avocat au barreau de Paris.
Un député propose la création d’un fichier national
Ces fraudes internes représentent une infime minorité des fraudes bancaires. Car les cyberattaques se multiplient en France contre des entreprises et des administrations. La tendance est inquiétante. Les arnaques par manipulation représentent la moitié des fraudes. En 2025, elles ont augmenté de 34% pour une somme de 516 millions d’euros détournés. Comment les banques se protègent-elles contre ce phénomène ? BNP Paribas a accepté de nous recevoir. La banque affirme scruter tous les comportements suspects sur les applications bancaires à l’aide d’une intelligence artificielle. « On a des outils qui sont dédiés à la détection des virements frauduleux et des opérations cartes frauduleuses. Et on bloque des opérations quotidiennement »
, nous explique Natacha Boketsu, responsable du pôle fraude de la BNP Paribas. « Est-ce que vous avez les moyens de lutter contre la fuite de données qui viendrait d’employés de votre banque ? »
, demande notre journaliste. « La fraude interne, c’est un phénomène rare qui est maîtrisé et qui est contrôlé de manière extrêmement étroite »
, poursuit la responsable. Difficile de vérifier cette affirmation.
Les banques ont pour seule obligation de demander à leurs nouveaux employés le bulletin numéro 3 de leur casier judiciaire où figurent les peines de prison supérieures à deux ans. Un contrôle inefficace, selon les experts. Le député EPR de l’Indre-et-Loire Daniel Labaronne a fait les comptes. Selon lui, 500 incidents liés à des employés de banques malhonnêtes ont été signalés en 2024. 40 millions d’euros auraient ainsi été détournés. « Il n’y a pas de cadre juridique vraiment bien établi pour stopper ce comportement récidiviste en définitive d’individus qui se font recruter dans le système bancaire et qui peuvent aller de banque en banque uniquement dans la perspective de voler des données bancaires »
, analyse l’élu.
Il propose donc de créer un fichier national des employés de banques dangereux afin qu’aucun d’entre eux ne soit employé par d’autres institutions financières après une première fraude.
La rédaction de TF1info | Reportage : Benoît CHRISTAL, Antoine SANTOS

