mardi, septembre 8

  • L’AfD a remporté, dimanche 6 septembre, un succès historique lors des élections régionales en Saxe-Anhalt, un de ses bastions de l’ex-Allemagne de l’Est.
  • TF1info décrypte cette victoire avec Jacques-Pierre Gougeon, spécialiste de l’Allemagne contemporaine et des relations franco-allemandes.

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C’est la première fois depuis 1945 (nouvelle fenêtre) qu’un parti de droite radicale arrive en tête d’une élection régionale en Allemagne. Dimanche 6 septembre, le parti nationaliste et anti-immigration AfD a obtenu un score historique de près de 44% des suffrages exprimés dans cette région de l’ex-Allemagne de l’Est (RDA), l’un de ses bastions. 

« Tout le monde parlait d’un score autour de 40%, voire 41%. Certains sondages anticipaient un score de 42%. Mais là, on est à pratiquement 44%, puisque les derniers résultats donnent 43,8% », explique à TF1info Jacques-Pierre Gougeon, directeur de l’Observatoire Allemagne à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et auteur de L’Allemagne, un enjeu pour l’Europe (éditions Eyrolles).

Avec un score divisé par deux par rapport à 2021, la défaite est retentissante pour le parti du chancelier Friedrich Merz. La CDU a obtenu un score de seulement 17,2%, tandis que le parti social-démocrate, le SPD, l’autre grand parti traditionnel, n’est qu’à 9,3%. Par conséquent, c’est l’ensemble de la coalition qui est fragilisé par cette percée du parti d’extrême droite. « La victoire de l’AfD vient bouleverser l’établissement des partis politiques traditionnels », souligne Jacques-Pierre Gougeon. De quoi ébranler le « Brandmauer », le cordon sanitaire érigé collectivement pour faire barrage à l’extrême droite et l’empêcher d’accéder au pouvoir ?

Le land de Saxe-Anhalt est la région d’Allemagne où le taux de pauvreté est le plus élevé

Jacques-Pierre Gougeon, directeur de l’Observatoire Allemagne à l’Iris

Le parti du chancelier Merz exclut toute alliance, mais l’ampleur de la défaite pourrait relancer le débat, certains cadres militant depuis longtemps pour un rapprochement. « À l’échelon local, certains élus locaux de la CDU, des maires par exemple, ont des positions moins clivantes et estiment qu’il est possible de faire alliance localement avec l’AfD », indique le professeur des universités en civilisation allemande.

La victoire du parti d’extrême droite n’est pas totalement une surprise, car « l’Alternative pour l’Allemagne » bénéficie d’un ancrage fort dans le Land de Saxe-Anhalt. Pour séduire les électeurs, il appuie sur deux leviers très concrets : les difficultés économiques et sociales d’une part, et la question de l’identité d’autre part, avec l’immigration en toile de fond. 

« Le Land de Saxe-Anhalt est la région d’Allemagne où le taux de pauvreté est le plus élevé : 21,3%, contre 16% pour l’ensemble de l’Allemagne », rappelle Jacques-Pierre Gougeon. L’AfD s’appuie aussi sur la nostalgie de la RDA de ses sympathisants, qui s’estiment défavorisés par rapport à l’Ouest et aux migrants. « Une partie de cette Allemagne de l’Est considère que son identité n’est pas respectée par l’Allemagne unifiée », analyse le spécialiste. Fin 2025, un sondage indiquait que 63% d’entre eux considéraient être jugés comme des « citoyens de seconde classe ».

« L’Ostalgie » ou la nostalgie de l’ex-RDA

L’AfD mise aussi sur ce qu’on appelle « l’Ostalgie », la nostalgie de l’ex-Allemagne de l’Est. « Ce n’est pas une nostalgie de l’époque communiste, il ne faut quand même pas non plus caricaturer, mais plutôt d’une époque où il y avait davantage de solidarité entre les gens, où le chômage était une chose inconnue. Avec l’AfD, les gens ont le sentiment de retrouver une forme de protection sociale », déclare le spécialiste de la vie politique allemande. S’il gouverne, Ulrich Siegmund (nouvelle fenêtre) a promis de multiplier les expulsions d’étrangers, de modifier les programmes scolaires d’histoire, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l’Allemagne du IIIᵉ Reich, ou encore de sortir de l’audiovisuel public, jugé anti-AfD. 

En Allemagne, ce n’est pas comme en France où l’essentiel du pouvoir politique reste centralisé à Paris. Un Land allemand a beaucoup plus de pouvoirs. Et il a même un ministre-président. « Le ministre-président compte aussi sur la scène internationale, et c’est pour ça que l’AfD tient absolument à ce qu’Ulrich Siegmund soit élu ministre-président. Pour l’instant, avec 43,8%, il n’a pas la majorité absolue, mais il va négocier à fond dans les jours à venir », assure Jacques-Pierre Gougeon. Une prochaine élection régionale aura lieu le 20 septembre prochain dans le Land de Mecklenburg-Vorpommern, où il n’est pas exclu que l’on assiste à une nouvelle percée de l’extrême droite.

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