lundi, septembre 28

  • Marine Le Pen souhaite cesser l’aide à l’Ukraine.
  • Selon la candidate du RN à la présidentielle, la France « n’a plus les moyens » de venir en aide au pays face à l’invasion russe.
  • L’occasion pour TF1info de se pencher sur le coût réel de ce soutien.

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La France peut-elle encore se permettre de soutenir financièrement l’Ukraine ? Depuis le lancement de sa campagne présidentielle, Marine Le Pen le répète : elle souhaite cesser les versements financiers (nouvelle fenêtre)à Kiev. « Nous ne pouvons plus », a-t-elle répété le 24 septembre. Si elle accepte de continuer à « former leurs soldats » et « accorder des aides matérielles et notamment militaires », la candidate du Rassemblement national estime que la France ne peut plus « aider financièrement l’Ukraine » du fait de sa situation budgétaire (nouvelle fenêtre).

« Nous n’avons plus les moyens », a-t-elle affirmé. Et de comparer ce soutien financier à l’effort demandé aux Français : « S’il n’y a plus un euro pour l’indexation des retraites, alors nous devrons faire un certain nombre de choix en matière budgétaire. » Mais ces deux dépenses sont-elles réellement comparables ? Quel est le poids de l’aide à l’Ukraine sur nos caisses ? 

L’aide passe par un « prêt » géré par Bruxelles

Commençons par rappeler qu’aujourd’hui, il n’existe pas un chiffre unique permettant de mesurer, en une seule ligne, ce que l’aide à l’Ukraine « coûte » aux caisses collectives. Le soutien à Kiev depuis son invasion par Moscou englobe en effet de très nombreux périmètres, dont les prêts à travers l’Union européenne, l’accueil des réfugiés, l’investissement d’entreprises françaises sur place et les formations des soldats ukrainiens. 

Toutefois, il existe une source qui tente d’y voir plus clair. Depuis plus de quatre ans, l’institut de Kiel pour l’économie mondiale renseigne les montants accordés à l’Ukraine en rassemblant les données issues « de sources officielles et gouvernementales » et des « listes existantes » d’aide, selon sa note de méthodologie (nouvelle fenêtre). Avec son « Ukraine Support Tracker », ce groupe de recherche international basé en Allemagne est devenu la référence en la matière. Il recense l’aide militaire, financière et humanitaire apportée à Kiev depuis février 2022 mais se concentre uniquement sur les transferts publics. Il n’intègre pas les dons privés ou l’aide des organisations internationales.

Or, selon les dernières données disponibles (nouvelle fenêtre), la France est le troisième pays le plus généreux au monde, derrière les États-Unis et l’Allemagne. Son effort représente 26,2 milliards d’euros, dont la très grande majorité (nouvelle fenêtre)via l’Union européenne, à savoir 18,3 milliards d’euros. Commençons par cette somme. Celle-ci est évaluée par l’institut de Kiel en comparant le montant total accordé par les 27 États membres avec la part occupée par chaque pays dans le budget de l’UE (nouvelle fenêtre). Or, les aides financières attribuées par Bruxelles n’ont pas la forme d’un chèque en blanc : il s’agit très majoritairement de prêts. 

C’est le cas des 90 milliards d’euros annoncés (nouvelle fenêtre)en avril dernier. Des fonds qui ne proviennent pas du contribuable européen, mais « d’un emprunt sur les marchés financiers ». « L’UE se portera garante de ce prêt, que l’Ukraine ne devra rembourser qu’après avoir perçu de la Russie les réparations de guerre », précise Bruxelles (nouvelle fenêtre). Cette somme étant prêtée à taux zéro, seuls les intérêts sont pris en charge par le budget européen. Une dépense pour laquelle le Conseil européen « se réserve le droit d’utiliser les avoirs russes gelés (nouvelle fenêtre), actuellement immobilisés en Europe ». 

590 millions dans le budget de l’Armée l’an dernier

Somme à laquelle il faut ajouter 7,9 milliards d’euros directement financés par la France, selon l’institut de Kiel. Là encore, on est très loin du virement direct dans le porte-monnaie de Kiev. Cette somme est en quasi-totalité liée à la formation des troupes et à la fourniture de matériel militaire, dont les canons Caesar (nouvelle fenêtre) et les avions Mirage 2000. Ainsi, le ministère des Armées évalue à 6,5 milliards d’euros le montant accordé depuis 2022, selon un rapport sénatorial (nouvelle fenêtre)publié en avril dernier. 

Un financement qui agrège « des composantes de nature hétérogène et sur des périodes variables », lit-on dans ces travaux sur les financements des déploiements opérationnels des forces armées françaises à l’étranger. Pour moitié, il est lié aux cessions d’équipements militaires. Or, les auteurs de ce rapport notent que ce chiffrage a non seulement été réalisé à partir de la valeur du matériel à neuf mais surtout qu’une « part significative des équipements cédés » était ancienne et avait déjà prévu d’être « remplacée » d’ici 2030. « Ce qui limite le coût réel, voire l’annule », souligne la même source.

S’ajoutent ensuite des dépenses réelles, dont le coût d’acheminement du matériel, estimé à environ 500 millions d’euros sur la période de 2022 à 2025, les formations (nouvelle fenêtre) pour environ 220 millions d’euros sur la même période et la mobilisation du fonds Ukraine, à hauteur de 400 millions d’euros entre 2023 et 2024, destiné à financer auprès des industriels français des équipements neufs et des prestations destinées à Kiev. Une aide que ne souhaite pas retirer Marine Le Pen, d’autant qu’elle participe à l’économie de réarmement et au soutien à l’industrie française.

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L’aide humanitaire correspond quant à elle à 876 millions d’euros. Toutefois, pour ce second type de dépense, il faut prendre en compte l’aspect évolutif d’une telle assistance. Ainsi, l’aide aux réfugiés a connu un « surcoût » au moment de sa mise en place, comme le souligne la Cour des comptes dans un rapport à ce sujet. Sur les 876 millions d’euros d’enveloppe en quatre ans, plus de 630 ont été dépensés dès 2022 (nouvelle fenêtre). 

En résumé, une fois tous les critères pris en compte, les « coûts militaires directs » comptabilisés par le seul ministère des Armées au titre du soutien à l’Ukraine s’établissent à 1,6 milliard entre 2022 et 2025, dont 588 millions d’euros l’an dernier. La défense de l’Ukraine n’est donc pas une manne cachée, disponible pour réaliser des économies faciles. À titre de comparaison, la désindexation des retraites, citée par Marine Le Pen dans son raisonnement, pourrait représenter 6,6 milliards d’euros d’économies pour la France, selon le chiffrage (nouvelle fenêtre) de l’Institut des politiques publiques. 

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