jeudi, septembre 24

  • Selon des publications, 72% à 80% des rapts de détenteurs de cryptomonnaies en Europe se déroulent en France.
  • Nous nous sommes intéressés aux chiffres et à la réalité du phénomène.

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« La France serait en passe de devenir la capitale européenne des enlèvements liés aux cryptomonnaies » avec « près de 80% de toutes les tentatives d’enlèvement liées aux cryptomonnaies en Europe ». Ce post publié sur X (nouvelle fenêtre) alerte face à une situation qui serait particulièrement préoccupante dans l’Hexagone, un nombre croissant d’agressions visant les détenteurs de cryptomonnaies ou leurs proches. Certaines, plus spectaculaires que d’autres, défraient la chronique, mais sont-elles plus nombreuses en France qu’ailleurs ?

72, 80 ou 90% des agressions ?

En tentant de remonter à ses origines, force est de constater que cette estimation se retrouve sur plusieurs sites spécialisés, qui procèdent au recensement des agressions survenues sur le sol français. Ainsi, le blog Fibo Crypto publie un article (nouvelle fenêtre) en février dans lequel il reprend la chronologie des affaires médiatisées entre 2023 et 2026 et affirme que désormais, « la France concentre 80% des cas européens en raison de plusieurs facteurs : fuites de données fiscales, saturation du narcotrafic poussant les criminels vers de nouvelles cibles, sentiment d’impunité ». 

Le point K : Cryptomonnaie, pourquoi la France est une cible ?

04:21

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Ce chiffre se retrouve également cité par un avocat spécialisé en cybercriminalité. Sur son site (nouvelle fenêtre), Me Djamel Belhaouci affirme en mai dernier que « 135 faits ont été recensés depuis 2023 par les forces de l’ordre : 18 en 2024, 67 en 2025, et déjà 47 en 2026 » et que « la France est devenue l’épicentre mondial de ce phénomène, concentrant près de 80 % des cas européens ». 

Interrogé sur sa source, l’avocat au barreau de Marseille admet qu’il s’agit d’« une estimation, qui a certainement évolué » et que « nous ne sommes pas sur une science parfaitement exacte ». Un chiffre lu en ligne et obtenu à partir d’un rapide calcul : « Début 2026, on recensait 11 cas en France sur les 14-15 cas connus en Europe, ce qui faisait un échantillon de 80%. Je l’ai vu et je l’ai repris ». Me Djamel Belhaouci insiste surtout sur le fait que « le phénomène s’illustre beaucoup en France » et qu’il s’agit d’une « réalité », pouvant même être sous-estimée puisque « tous les cas ne sont pas rapportés ». 

Si ces 80% de cas français reviennent régulièrement, d’autres chiffres sont égrenés pour évaluer ce phénomène. Dans un podcast (nouvelle fenêtre) enregistré en février pour le média Surfin Bitcoin, Éric Larchevêque évoque une nouvelle statistique : « 72% des enlèvements et séquestrations liés aux cryptos dans le monde ont eu lieu en France. Depuis début 2025, la France en concentre déjà près d’un tiers : 32% ». L’entrepreneur et cofondateur de Ledger, cette startup spécialisée dans la sécurisation des cryptomonnaies, s’empare régulièrement du sujet depuis que son associé David Balland a été enlevé en pleine rue (nouvelle fenêtre), séquestré puis mutilé.

47 dossiers ouverts par le parquet

Enfin, un autre chiffre existe. Plus de 90% des agressions en Europe se dérouleraient sur le sol français, selon cette carte (nouvelle fenêtre) qui ambitionne de recenser tous les cas survenus et liés aux cryptomonnaies. Selon nos informations, cet outil, développé par France Cryptos qui se présente comme un média français spécialisé dans les cryptomonnaies, est connu des enquêteurs affectés à ces dossiers et pris au sérieux. À ce jour, la carte répertorie 59 agressions perpétrées en France depuis le début de l’année 2026 et seulement trois en Espagne, trois en Angleterre ou deux en Suède. Nous avons interrogé ses auteurs sur leur méthodologie. 

« Nous nous appuyons notamment sur la base de données communautaire Physical Bitcoin Attacks, que nous complétons avec nos propres outils de veille et de recherche en temps réel, ainsi qu’avec les publications des autorités et services de police une fois les éventuels embargos levés », détaille Raphaël Pautard, dirigeant de France Cryptos. « Dès qu’un cas devient public et que nous disposons de suffisamment d’éléments pour le documenter, nous l’ajoutons à la carte. » Le jeune entrepreneur reconnaît un biais éventuel dans le recensement qui est fait : « En tant que média français, nous pouvons naturellement être davantage exposés aux informations concernant la France. C’est précisément pour cela que notre carte ne repose pas uniquement sur notre veille interne ». 

Une carte réalisée par le site France Cryptos sur les agressions recensées dans le monde et en France
Une carte réalisée par le site France Cryptos sur les agressions recensées dans le monde et en France – France Cryptos

Mais alors, est-ce que l’une de ces statistiques est confirmée par des sources officielles ? En réalité, aucun document émanant d’autorités policières, judiciaires ou ministérielles ne reprend une estimation que nous avons citée. Interrogée, la gendarmerie nationale ne confirme pas que 80% des cas d’agressions liées aux cryptomonnaies en Europe se déroulent en France. En revanche, elle fait état dans un récent communiqué (nouvelle fenêtre) de « 47 dossiers ouverts depuis le début de l’année 2026 (contre 18 faits en 2024 et 67 en 2025) » et parle d’une « surreprésentation qui s’explique en partie par plusieurs fuites de données d’ampleur ayant exposé l’identité, le patrimoine et les adresses de nombreux détenteurs de cryptoactifs ». Par conséquent, la gendarmerie souligne que « depuis le début de l’année 2026, la France est devenue le deuxième pays au monde le plus ciblé par les violations de données ». 

Contacté, le Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) dit ne pas disposer « de statistiques européennes ». « Il nous est impossible de vous confirmer l’exactitude de ce chiffre. Nous pouvons néanmoins vous confirmer qu’il s’agit d’un phénomène largement français et sans commune mesure avec nos homologues et partenaires européens. » La France concentre donc la majorité des agressions visant des détenteurs de cryptomonnaies ou bien leur entourage, sans qu’un chiffre fiable ne puisse être associé à ce phénomène. 

Fuite de données chez Waltio

Comme suggéré par la gendarmerie, une fuite de données pourrait être à l’origine de nombreux cas survenus sur le sol français. « C’est un phénomène très français dans la mesure où l’on pense que c’est en lien avec l’outil Waltio, qui facilitait la déclaration des cryptomonnaies et qui a été victime d’une fuite de données. Elles sont depuis tombées dans des mains malveillantes », précise Me Djamel Belhaouci. 

Cette plateforme, qui dit compter 120.000 utilisateurs, a été victime de plusieurs failles de sécurité (nouvelle fenêtre) entrainant des vols de données personnelles. À ce sujet, le parquet de Paris indique (nouvelle fenêtre) que « des opérateurs de crypto-actifs ont récemment été victimes de fuites de données personnelles » et alerte sur des cas d’arnaques ou tentatives d’arnaques. Il ajoute que « dans les situations les plus graves, des malfaiteurs peuvent aller jusqu’à menacer et agresser physiquement les victimes ou leur entourage proche pour les extorquer. Des enlèvements et séquestrations ont encore été signalés aux forces de l’ordre en janvier 2026 ». 

Outre ces récents incidents, d’autres facteurs pourraient expliquer cette concentration des cas dans l’Hexagone. Auprès d’Atlantico (nouvelle fenêtre), l’expert en criminologie Stéphane Quéré l’attribue notamment au « succès de la ‘French Tech’, l’écosystème français des start-up dans les nouvelles technologies » qui exposerait de potentielles victimes. Raphaël Pautard, de France Cryptos, abonde : « Une partie du discours médiatique et politique autour des cryptos a associé cet univers à l’argent facile, aux fortunes rapides, mais aussi à la criminalité. Cela a contribué à créer l’image du détenteur de cryptos comme quelqu’un possédant potentiellement beaucoup d’argent et facilement accessible. »

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