Une nouvelle étoile va briller à l’Opéra de Paris. Thomas Docquir, danseur belge de 28 ans à la silhouette longiligne et nommé à cette prestigieuse distinction au début de l’été, aime avant tout « raconter des histoires ».
« Je suis encore sur mon petit nuage. Je n’ai pas complètement réalisé », confie à l’AFP l’artiste, 28 ans, qui sera sur scène les 10 et 16 octobre lors du traditionnel défilé des danseurs de l’Opéra de Paris.
Dans un studio dans les hauteurs du palais Garnier, en plein centre de Paris, le danseur de 1,87 m, cheveux bruns, clé de sol tatouée sous un bras, travaille avec sa partenaire l’étoile Roxane Stojanov et d’autres danseurs de la compagnie.
Au programme: « Vers un pays sage », une pièce de Jean-Christophe Maillot, chorégraphe néoclassique contemporain, donnée à partir du 11 octobre.
Les danseurs écoutent les conseils de la répétitrice, marquent un placement, rectifient une position.
Le 21 juin, Thomas Docquir interprétait pour la première fois le rôle de Solor dans « La Bayadère » de Rudolf Noureev. Au moment des saluts, le directeur général Alexander Neef et le directeur de la danse José Martinez se sont avancés sur la scène pour lui annoncer la nouvelle.
« Il n’était pas prévu que je danse ce jour-là. Je remplaçais un danseur étoile (blessé, NDLR), on m’avait sollicité trois jours avant la représentation. Du coup, c’était une excellente surprise », se souvient Thomas Docquir. « Ma première pensée a été pour ma famille », dans la salle « par pur hasard ».
Il est le premier danseur étoile belge de l’Opéra de Paris, « une petite fierté » pour ce pays, glisse celui qui a commencé la danse dans un conservatoire en Belgique, poussé par une mère ayant elle-même dansé pour son loisir et par un père violoniste amateur.
A 12 ans, il réussit le concours d’entrée à l’Ecole de danse de l’Opéra. Il est engagé dans la compagnie à 17 ans et y gravit les différents échelons. Il devient la septième étoile homme du Ballet, qui comptera sept femmes à partir de mi-octobre.
En cette rentrée, l’artiste interprète également le rôle de Lescaut dans « l’Histoire de Manon », de Kenneth MacMillan, à partir du 28 septembre.
– « Raconter des histoires » –
Lui qui a récemment dansé Roméo (« Roméo et Juliette » de Noureev), le prince Désiré (« La belle au bois dormant » de Noureev) ou encore Des Grieux (« La dame aux camélias » de John Neumeier) se dit « très attiré par les personnages issus de la littérature, où l’histoire est un peu plus profonde que le conte de fées ».
Il aimerait par exemple danser l’ombrageux Onéguine ou le poète Lenski, dans le ballet « Onéguine » chorégraphié par John Cranko, tiré du tragique roman d’Alexandre Pouchkine.
« J’ai envie de raconter vraiment des histoires », dit-il, se disant chanceux d’avoir 14 ans devant lui, jusqu’à l’âge de la retraite, et « une bonne forme physique » pour interpréter les grands rôles du répertoire.
Solide, il a pu avoir, plus jeune, une « fragilité aux genoux », mais il assure, depuis, avoir « appris à connaître » son corps.
Dans un ballet, Thomas Docquir, réputé bon partenaire, affectionne avant tout les pas de deux : « c’est s’accorder l’un à l’autre, être à l’écoute ».
Ses modèles ? L’étoile Nicolas Leriche, qui avait, « au-delà de sa technique et de sa danse, un charisme hallucinant ». Mathieu Ganio, étoile aussi, parti à la retraite en 2025, l’a aussi marqué par « sa gentillesse et sa simplicité ».
« Je vibre complètement quand je suis en scène », raconte le jeune homme, décrivant « un mélange d’émotions, d’excitation, d’adrénaline, de stress aussi ».
C’est un moment où « on oublie tous ces efforts, toutes ces heures de répétition », dit celui qui se réveille le matin en écoutant Céline Dion sous sa douche et « aime voyager seul », sac au dos, pour se ressourcer.
Danseur, « c’est difficile, c’est de la rigueur, des sacrifices, mais c’est un magnifique métier », assure-t-il.
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