- Des frappes de drones ukrainiens sur des data centers russes ont provoqué des pannes géantes d’internet.
- De nombreux observateurs affirment que les comptes automatisés relayant de la désinformation prorusse seraient depuis à l’arrêt.
- Des informations pas corroborées jusqu’ici et basées sur de faux graphiques ou de mauvaises interprétations.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
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Pour combattre la désinformation en ligne, l’Ukraine pourrait avoir trouvé une solution radicale : détruire les centres de données russes. Entre le 7 et le 11 octobre, des frappes de drones ukrainiennes menées sur des infrastructures de Yandex, le « Google russe », ont entraîné des pannes massives dans le pays. Et selon Volodymyr Zelensky, ces attaques auraient eu des conséquences. « Il est soudain devenu un peu plus facile de respirer sur de nombreuses plateformes de médias sociaux. Parce qu’il y avait moins de bots »,
a déclaré le président ukrainien.
Cette affirmation a également été faite par de nombreux observateurs, notamment un eurodéputé tchèque (nouvelle fenêtre) qui, graphique à l’appui, indique que les publications favorables à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti d’extrême droite allemand, se seraient écroulées suite à ces frappes. Sa publication a été vue plus de 4 millions de fois. De même, pour un journaliste américain (nouvelle fenêtre) qui publie une courbe montrant l’écroulement spectaculaire du « trafic des robots » pile durant la nuit de la dernière frappe ukrainienne. Il ironise : « Cela pourrait avoir un impact juste avant les élections de (
mi-mandat
(nouvelle fenêtre), ndlr) en novembre »,
estimant que les robots russes pourraient influencer le processus électoral américain.
Plusieurs études ont montré le rôle des bots amplifiant régulièrement les récits prorusses sur les réseaux sociaux, notamment durant l’invasion de l’Ukraine (nouvelle fenêtre), lors de l’élection présidentielle américaine de 2016 (nouvelle fenêtre) ou même en France (nouvelle fenêtre) sur des sujets de société. Des campagnes bien souvent sans réel effet sur le public, mais ayant pour but de saturer l’espace numérique en offrant une visibilité artificielle à des sujets clivants.
Mais y a-t-il un lien avéré entre la destruction de ces centres de données russes et la chute d’activité des robots qui aurait été constatée depuis le 11 octobre ? Nous avons vérifié.
Des graphiques mal interprétés ou générés par IA
Les graphiques censés montrer la chute des « bots russes » sont tout d’abord basés sur une interprétation erronée. Le premier se trouve ici (nouvelle fenêtre), et on peut bien y voir un effondrement du trafic dans la nuit du 10 octobre. À gauche, un compteur où on lit « 99,6% »
de robots a ainsi été pris pour preuve que ces comptes relais de désinformation étaient à l’arrêt. Mais en réalité, il s’agit d’une visualisation de l’ensemble des requêtes automatisées provenant d’un réseau spécifique de Yandex. Ce graphique montre en fait ce qu’on appelle les robots d’exploration, comme expliqué dans la documentation de Yandex (nouvelle fenêtre), c’est-à-dire des bots qui vont vérifier automatiquement les sites web, indexer et trier les pages internet.
C’est ce qu’a aussi constaté « antibot4navalny » (nouvelle fenêtre), collectif indépendant de chercheurs bénévoles traquant la désinformation prorusse sur Internet. Contactés, ces derniers nous confirment « ne pas avoir vu de baisse significative de l’activité des comptes surveillés ».
Il en va de même pour le graphique prétendant montrer une chute des publications pro-AfD en Allemagne. Le tableau a d’abord des données pour le moins étonnantes : il indique une chute de l’activité des robots jusqu’au 15 octobre, soit trois jours après sa publication. Les données ne correspondent pas aux statistiques évaluées par d’autres chercheurs (nouvelle fenêtre), qui ont observé une chute similaire des publications X pour l’ensemble des partis allemands.
Et surtout, aucune origine n’est indiquée pour ce tableau. Nous avons pu la retrouver sur le réseau social Threads par un internaute allemand dans une publication depuis supprimée : la mention « créée par intelligence artificielle »
y figurait, prouvant que ce tableau n’est basé sur aucune donnée. Des médias allemands ont effectué le même constat. (nouvelle fenêtre)

En France, pas de réduction d’activité majeure des robots observée
Concernant la France, le chercheur David Colon (nouvelle fenêtre) a estimé qu’une opération de désinformation du mode opératoire Storm-1516, que nous épinglons régulièrement, visant Raphaël Glucksmann n’avait obtenu que quelques « dizaines de milliers d’impressions »
. Un chiffre en berne par rapport au précédent qu’il indique avoir détecté, qui en aurait obtenu « des millions dans le même intervalle ».
Peu d’études statistiques ont été menées sur la France, mais la première publiée mardi 13 octobre (nouvelle fenêtre), que nous avons pu consulter, semble indiquer le contraire. Elle a été publiée par le chercheur belge Nicolas Vanderbiest (nouvelle fenêtre) pour l’agence Saper Vedere. Ce dernier a analysé 11.820 comptes habitués à relayer de la propagande prorusse en France. Selon l’étude, ces derniers ont eu un volume de publication très similaire à un week-end ordinaire et seuls 161 d’entre eux ont eu un coup d’arrêt anormal. Le chercheur note que 68 comptes ont déjà recommencé à poster, et que 85 sont toujours muets. « S’ils reviennent ensemble, au même moment, ce serait le signe d’une coupure commune »
, note l’analyste, ajoutant que, globalement, l’impact de la destruction des data centers sur ces comptes reste « négligeable »
.
Dernier point important : comme cela a déjà été démontré par l’entreprise spécialisée dans l’analyse de données et la cybersécurité Recorded Future (nouvelle fenêtre), la majorité des comptes menant des campagnes de désinformation prorusses ne sont souvent pas hébergés en Russie. Beaucoup dépendent d’infrastructures de pays européens et opèrent via des sociétés écrans afin d’éviter les filtres géographiques. L’impact réel sur les bots prorusses reste donc, à ce stade, difficile à évaluer avec certitude.
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