jeudi, octobre 1

  • Nicolas Dupont-Aignan affirme que 17 millions de Français « renoncent à se déplacer » avec la hausse des prix des carburants.
  • Une estimation réalisée avant l’envolée des tarifs actuels et tirée d’une étude sur le nombre de personnes en situation de « précarité mobilité ».

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Dix-sept millions de Français payent-ils le prix fort de la guerre au Moyen-Orient et ont-ils d’ores et déjà arrêté d’utiliser leur voiture face à l’envolée des tarifs affichés dans les stations-service ? Dans un message sur X, Nicolas Dupont-Aignan accuse (nouvelle fenêtre) le gouvernement de « confiner à nouveau les Français » puisque, selon le candidat déclaré à la présidentielle, « 17 millions d’entre eux, en précarité mobilité, renoncent à se déplacer ! En refusant de baisser les taxes sur l’essence, Macron rend la voiture inaccessible, empêche les Français d’aller travailler et de se soigner. Il éloigne les familles, isole les territoires et détruit peu à peu nos liens sociaux ». 

Ce dernier renvoie à un article du Parisien publié le 28 septembre à propos de la dépendance à la voiture, sujet préoccupant au vu de la hausse des prix des carburants. Le journal (nouvelle fenêtre) cite un rapport de la Fondation Jean Jaurès de juillet dernier, qui traite de ce sujet, mais ne reprend pas une telle estimation. Nous avons épluché l’étude (nouvelle fenêtre), intitulée « Quand la hausse des prix à la pompe rétrécit les vies », qui ne mentionne pas ce chiffre non plus.

Le concept de « précarité mobilité »

Nos recherches nous ont plutôt amenés vers une étude publiée le 17 septembre, réalisée par l’institut Ipsos pour l’association Wimoov. Cette quatrième édition (nouvelle fenêtre) du « baromètre des mobilités du quotidien » interroge justement le rapport des Français à leurs déplacements et à leurs moyens de transport. L’étude a été menée auprès d’un « échantillon national de 13.400 personnes de 18 ans et plus, résidant en France hexagonale et en Corse » et conclut que « 17 millions de Français sont désormais en situation de précarité mobilité, soit 31 % de la population française majeure ». 

Plusieurs définitions entourent précisément ce concept de « précarité mobilité ». En 2024, Francis Demoz, délégué général du Laboratoire de la mobilité inclusive, a indiqué (nouvelle fenêtre) qu’ »être en précarité mobilité, c’est être contraint dans sa mobilité de tous les jours, contraint pour accéder aux services du quotidien, au soin, à l’éducation, à l’emploi, à la culture ». Sur son site (nouvelle fenêtre), l’Observatoire national de la précarité énergétique considère encore qu’« un ménage qui consacre 10% de ses dépenses à ses déplacements d’un point A à un point B est considéré comme ‘pauvre en transport’ ». 

Quatre cas de figure détaillés

Par conséquent, ce concept ne renvoie pas nécessairement à une dépendance à la voiture, mais plutôt à une limitation des déplacements pour différentes raisons. Ce que nous confirme Lilou Héas, chargée de mission au sein de Wimoov et ayant conduit le baromètre. « Quand on parle de 31% de personnes en situation de précarité mobilité, ça recouvre quatre typologies de situations différentes ». Ces cas de figure ont d’ailleurs été détaillés sous forme de tableau dans l’étude. Il s’agit d’abord de 10% de personnes « sans équipement », qui déclarent n’avoir « aucun moyen de transport autre que leurs pieds ». 

Ensuite, 11% de personnes présentant une « vulnérabilité mobilité », qui peuvent se déplacer, mais parcourent de grandes distances et n’ont pas le choix de leur mode de transport. Puis, 13% de personnes avec une « dépendance à la voiture » ayant des dépenses élevées en carburant, des grandes distances à parcourir et pas d’alternative. 

17 millions de Français sont considérés comme étant en situation de « précarité mobilité » – Wimoov

Enfin, 11% de personnes déclarant une « précarité carburant », qui ont des bas revenus, doivent « arbitrer entre l’usage de leur voiture au quotidien et des dépenses élevées en carburant ». Par ailleurs, et c’est un point essentiel, cette étude a été conduite du 13 au 20 février, avant la hausse des prix à la pompe que l’on connaît aujourd’hui. À l’époque, le litre de gazole coûtait 1,69 euro à la pompe, selon les données de l’Insee. (nouvelle fenêtre) 

« On a interrogé les personnes sondées sur des scénarios de hausse des prix des carburants, et notamment pour voir comment une hausse d’un euro serait anticipée. Et lorsqu’on évoquait cette augmentation d’un euro, c’est-à-dire la situation actuelle, 65% des Français disaient qu’ils devraient diminuer un peu, beaucoup, voire complètement leur usage de la voiture », appuie Lilou Héas. Et la chargée de mission d’ajouter : « Si on recalculait cette catégorie ‘précarité carburant’ depuis la crise au Moyen-Orient, peut-être que les indicateurs seraient encore plus élevés. Mais ce que l’on voit, c’est qu’ils ne font qu’augmenter depuis qu’on les calcule en 2022. Cette crise n’est pas le problème, il est bien plus structurel, puisque cela concernait déjà 11% de la population. »

En revanche, 40% des Français interrogés par le baromètre déclarent avoir déjà renoncé à effectuer au moins un déplacement au cours des cinq dernières années. Cela concerne 22 millions de Français, selon nos informations. Si les causes sont multiples, la principale est d’ordre économique. 

En résumé, 17 millions de Français se trouvent en difficulté dans leurs déplacements pour des raisons diverses. Toujours selon le rapport, cela concerne « les 18-24 ans (47%), les habitants des territoires ruraux (44%), les demandeurs d’emploi (52%), atteignant même 76% chez les personnes sous le seuil de pauvreté ». Cela ne signifie pas pour autant que ces 17 millions de Français ont totalement renoncé à se déplacer, et encore moins à cause de la hausse des carburants qui n’a été enregistrée qu’après l’enquête de terrain. Une manière pour Nicolas Dupont-Aignan de surfer sur la rumeur d’un confinement énergétique, qui s’est propagée sur les réseaux sociaux après la prise de parole d’Emmanuel Macron et qui est allée jusqu’à intéresser les sphères prorusses.

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Caroline QUEVRAIN

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