- Les ventes illégales de chiots sont en augmentation en France ces dernières années.
- Ils proviennent majoritairement des pays de l’Est, où la législation est beaucoup moins stricte que chez nous.
- Le JT de TF1 a enquêté sur cette filière.
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Animaux de compagnie
À seulement un an et demi, Ani déborde d’énergie. Cette chienne a pourtant connu l’enfer. « Elle a été retrouvée à Nice Nord, dans un camp où il y avait un trafic de chiens »
, explique Maëlle Lebas, sa propriétaire. Filmée l’an dernier dans ce campement, on la voit attachée, semblant presque inerte.
À l’origine de son sauvetage, il y a Marine Longeard, membre de l’association « La tribu du fourmilier ». Elle a travaillé pendant deux ans sur ce trafic glaçant. « C’est une chienne qui a été importée des pays de l’Est, vers la France, à Nice notamment, pour être utilisée à des fins de mendicité et de reproduction »,
assure-t-elle. Dans ce campement sauvage, son association et la police découvrent des chiennes gestantes, c’est-à-dire enceintes.
Ils y trouvent aussi des chiots tout juste nés, qui sont utilisés pour inciter les passants à donner de l’argent. Afin de maximiser leurs bénéfices, les trafiquants, originaires de Bulgarie, n’avaient aucune limite. « Souvent, c’est les chiots qui sont vendus aux passants, c’est le plus facile à vendre. Les adultes sont drogués aux médicaments, ça on a pu le prouver »
, affirme Marine. Durant cette opération, 20 chiens ont été sauvés par la police. Quatre personnes sont toujours recherchées.
Aujourd’hui, on a beaucoup d’animaux qui sont malades ou qui décèdent peu après leur achat.
Aujourd’hui, on a beaucoup d’animaux qui sont malades ou qui décèdent peu après leur achat.
Marie Waniowski, chargée des campagnes « Quatre pattes »
Avec une réglementation moins stricte, certains pays d’Europe de l’Est sont devenus les plaques tournantes du trafic de chiots, vendus directement en France sur nos réseaux sociaux, à l’aide de photos attrayantes. Toutes ces annonces sont illégales. « On n’a pas de numéro d’identification, pas de numéro Siret de l’éleveur »,
indique Marie Waniowski, chargée des campagnes « Quatre pattes ». Des chiots vendus très cher : 1.100 euros en moyenne, sans aucune garantie pour l’acheteur.
« C’est un risque sur la santé de l’animal, qui peut ne pas avoir reçu les vaccins nécessaires, par exemple. Aujourd’hui, on a beaucoup d’animaux qui sont malades ou qui décèdent peu après leur achat »
, précise-t-elle. Malgré les signalements, ces annonces sont rarement supprimées par Facebook. Sollicité, le réseau social n’a pas souhaité répondre à TF1. En Europe, le trafic de chiots, moins risqué que le trafic de drogue pour les criminels, générerait 1,5 milliard d’euros par an.
Des chiots dans des sacs
Pour comprendre comment sont organisés ces réseaux clandestins, les journalistes de TF1 ont remonté la filière. À 50 km au sud de la capitale polonaise, Varsovie, ils ont pu rencontrer des trafiquants dans un marché rural très fréquenté. Pour leur sécurité, ils ont filmé en caméra cachée. Sur un panneau, il est écrit « interdiction de vendre des animaux domestiques ».
Mais en quelques minutes, ils sont approchés par une femme. « Vous cherchez quelque chose ? »,
leur demande-t-elle. « Oui, ce chien est super mignon. Il est à vous ? »
, demande le traducteur. « Non, mais vous savez, j’en ai aussi si vous voulez voir »,
ajoute-t-elle. La vendeuse les emmène alors sur un parking. À l’arrière de sa voiture, se trouve une femelle qu’elle présente comme un shih tzu. Son prix : 200 euros. « Si on veut la ramener en France, tous les documents sont en règle ? »
, interroge encore le traducteur. « On a le carnet de vaccination. C’est la preuve qu’ils sont en bonne santé. Ils sont vaccinés et vermifugés »,
affirme la femme. Juste à côté, d’autres chiots sont en cage, dans un coffre. Les journalistes comprennent aussitôt que tout autour d’eux, des bébés chiens sont gardés à l’abri des regards, dans des voitures, ou même dans des sacs.
Ce trafic est un genre de mafia. Vous avez des élevages en Europe de l’Est, des gens qui les amènent partout, en Europe, en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie, et ceux qui les vendent.
Ce trafic est un genre de mafia. Vous avez des élevages en Europe de l’Est, des gens qui les amènent partout, en Europe, en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie, et ceux qui les vendent.
Jana Hoger, Peta Allemagne
Durant le tournage du reportage, aucun policier n’était visible sur les lieux. Pour ces ventes interdites, les trafiquants risquent une simple amende. En Pologne, Jana Hoger, qui travaille pour l’organisation internationale Peta, enquête sur ces éleveurs peu scrupuleux. Elle en a retrouvé un en plein milieu d’un quartier résidentiel. « On a eu une grosse affaire ici, avec deux chiens très malades »,
dit-elle. Comme une détective, elle a recueilli des preuves et dénoncé l’homme aux autorités. Jana tient surtout à montrer des « passeports » qu’elle a découverts, documents obligatoires en cas de vente à l’étranger. De l’âge des animaux jusqu’aux tampons censés certifier leur vaccination, tout est faux. « Le vétérinaire reçoit de l’argent pour mettre ce tampon. Ce trafic est un genre de mafia. Vous avez des élevages en Europe de l’Est, des gens qui les amènent partout, en Europe, en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie, et ceux qui les vendent. C’est une énorme organisation criminelle »,
explique-t-elle.
Sur des vidéos fournies par plusieurs associations, des chiens de race sont enfermés 24h/24 dans un seul but : se reproduire. Certains chiots vendus illégalement en France sont conçus à la chaîne, sans aucune mesure d’hygiène, ni soins vétérinaires. En janvier dernier, en France, les gendarmes ont démantelé un réseau clandestin. Des dobermans et rottweilers étaient importés depuis la Serbie, avec de faux papiers, pour mettre bas et alimenter un commerce de chiots. Trois éleveurs ont été mis en examen.











