vendredi, mai 8

  • Le président américain a minimisé des échanges de tirs survenus dans la nuit dans le Golfe, où Washington a visé des « cibles militaires iraniennes ».
  • Le cessez-le-feu reste bien en vigueur et les tractations ne sont pas terminées, a-t-il assuré, affichant presque un ton détaché.
  • Cet empressement à trouver un accord trahit pourtant les pressions qui s’accumulent pour le président américain, en particulier sur la scène nationale.

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Moyen-Orient : tensions autour du détroit d’Ormuz, cessez-le-feu fragile au Liban

En plein cessez-le-feu, la fièvre a été relancée par des frappes nocturnes contre des cibles iraniennes… qui n’auraient pas dépassé la simple « tape amicale ». Après la reprise des hostilités dans le Golfe depuis jeudi 7 mai au soir (nouvelle fenêtre), Donald Trump a semblé chercher à minimiser ce regain d’hostilité, assurant que la trêve restait bien en vigueur. « J’appelle ça une broutille », a même évacué le président américain, qui pourrait bien avoir beaucoup à perdre si le conflit venait à reprendre. 

Accusant Washington de violer le cessez-le-feu en s’attaquant à ses bateaux, Téhéran a annoncé dans la soirée avoir « riposté » en s’en prenant à son tour à des « navires militaires américains ». En réponse, l’armée américaine n’a pas tardé à « cible(r) des installations militaires iraniennes ». Une soudaine montée en tension, que le locataire de la Maison Blanche s’est empressé de désamorcer, en assurant face à des journalistes que les Iraniens avaient simplement « joué avec nous », et ont été « balayés ». Tout en menaçant sur sa plateforme Social Truth de mener des frappes « bien plus violemment à l’avenir », si un accord n’était pas signé « RAPIDEMENT », tandis que la réponse iranienne à une proposition américaine (nouvelle fenêtre) se fait toujours attendre. 

Un mécontentement grandissant des Américains

Comme à son habitude désormais, le président américain marche donc sur une fragile ligne de crête entre volonté affichée d’apaisement et menaces (nouvelle fenêtre), dans l’espoir de décrocher enfin cet accord tant attendu, un mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. « J’ai tout le temps du monde, mais pas l’Iran », a-t-il encore martelé ces derniers jours, sur les réseaux sociaux. « À chaque fois que je lis un article du genre ‘Oh, Trump est sous pression’, je me dis : ‘Pas moi. Non, non.’ Vous savez qui est sous pression ? C’est eux », a-t-il même lancé à des reporters, cité par CNN (nouvelle fenêtre). Pourtant, cette pression s’accroît bien sur ses épaules, au fur et à mesure que ces tractations de paix s’enlisent.

Elle vient notamment de la population américaine elle-même, à qui la Maison Blanche avait initialement assuré que le conflit ne dépasserait pas les six semaines. Selon un sondage pour la chaîne PBS (nouvelle fenêtre) publié cette semaine, six Américains sur dix désapprouvent la guerre en cours, et cette proportion ne cesse de croître. À titre de comparaison, la guerre en Irak était rejetée par 64% des citoyens en 2007, alors même qu’elle était bien plus longue et plus meurtrière pour les troupes américaines. Même au sein des républicains, si le soutien à l’offensive en Iran reste massif, il commence peu à peu à s’éroder. 

Une irritation et une lassitude surtout liées au contexte économique : la quasi-paralysie du détroit très stratégique d’Ormuz (nouvelle fenêtre) a entraîné une flambée mondiale des prix du carburant, qui pèse sur le budget des ménages américains. Selon la même enquête d’opinion, 81% des sondés disent ressentir les conséquences de ces hausses sur leur famille, et un tiers évoquent même une pression forte. 

L’horizon s’assombrit à six mois des élections de mi-mandat

L’envolée des prix alimente aussi une forte accélération de l’inflation, tandis que le niveau de mécontentement contre Donald Trump lui-même atteint des records… Un cocktail particulièrement inquiétant pour le camp républicain, à six mois d’élections de mi-mandat – les « Midterms » – décisives (nouvelle fenêtre). Pour lui, l’enjeu est de préserver sa faible majorité au Congrès, une tâche qui s’annonce compliquée (nouvelle fenêtre), même si les démocrates peinent eux aussi à mobiliser pour le moment. D’autant qu’au-delà du contexte tendu des dernières semaines, ce scrutin est traditionnellement défavorable au parti qui a remporté la présidence deux ans plus tôt. 

Au-delà de ces enjeux d’opinion, la Maison Blanche se retrouve aussi bloquée politiquement : la loi américaine exige que le président obtienne une autorisation du Congrès pour poursuivre une intervention armée limitée au-delà de 60 jours. Un feu vert dont Donald Trump s’est dispensé en affirmant la semaine dernière que les hostilités étaient tout simplement « terminées » (nouvelle fenêtre), tandis que son chef de la diplomatie Marco Rubio a assuré que le pays avait basculé dans une phase seulement « défensive » (nouvelle fenêtre). Des déclarations en décalage total avec la réalité sur le terrain, selon les démocrates. Une reprise ouverte et assumée du conflit pousserait donc l’administration à revoir cette stratégie, et pourrait bien la mettre sérieusement dans l’embarras. 

À cela s’ajoutent plusieurs échéances importantes sans lien avec le conflit, mais qui pourraient pousser Donald Trump à vouloir se débarrasser du dossier iranien avant cela. À commencer par exemple par le 250ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis, le 4 juillet prochain. Et avant cela, la Coupe du monde de football, coorganisée par Washington et ses voisins canadien et mexicain. La Fifa a confirmé que l’Iran « participera évidemment », avec un premier match prévu le 16 juin à Los Angeles, mais le bon déroulé des compétitions semble malgré tout suspendu au cours des événements dans le Golfe. Tout incident pourrait vite ternir la vitrine mondiale que compte bien s’offrir la Maison Blanche avec ce rendez-vous planétaire. 

Maëlane LOAËC

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