vendredi, mai 8

  • Vidéo à l’appui, une publication sur le réseau X nous assure que la Chine procède aux tests d’un nouveau train révolutionnaire.
  • Il serait capable de se déplacer à 1.000 km/h au sein d’un « tube sous vide », grâce à une technologie de « lévitation magnétique ».
  • Si la Chine fait bien partie des pays qui planchent sur ces trains d’un nouveau genre, une exploitation commerciale d’ampleur semble pour l’heure lointaine, voire irréaliste.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

Lorsqu’ils atteignent leur vitesse de croisière, les avions de ligne se déplacent à environ 900 km/h. Une rapidité plébiscitée par de nombreux voyageurs, mais qui pourrait bientôt être concurrencée par celle de trains d’un nouveau genre. La Chine, nous assure une publication sur X (nouvelle fenêtre), vient en effet de « tester le train du futur ». Il aurait atteint les 1.000 km/h, à l’intérieur d’un « tube sous vide », grâce à une technologie de « lévitation magnétique ».

Une vidéo accompagne ce message, sur laquelle on observe notamment des images d’un important chantier. Des images de synthèse nous présentent par ailleurs ce qui ressemble à un prototype de ces trains de nouvelle génération, à la rapidité inégalée. 

La Chine cherche à développer un projet de train à sustentation magnétique, mais elle est encore loin d’avoir finalisé les infrastructures pour le faire circuler. – Capture écran X

L’évolution d’une technologie pas si récente

Sommes-nous à l’aube d’une révolution technologique ? La Chine est-elle en train de déclencher une rupture dans le secteur des transports de personnes ? Pour le savoir, TF1info a contacté Bertrand Minary, le directeur du département passagers de l’Union internationale des chemins de fer (nouvelle fenêtre) (UIC). Il suit de près les progrès de ces trains dits à « sustentation magnétique », que les connaisseurs du secteur surnomment les « maglev ».

Peut-on vraiment parler de « trains » ? Si c’est le terme retenu auprès du grand public, nous sommes en réalité plutôt en présence d’un « mobile propulsé par des électroaimants », estime le spécialiste. Cette technologie n’est pas si nouvelle : dès les années 60, « des pays tels que le Japon ou l’Allemagne s’y sont intéressés ». Suivis notamment par la Chine, qui a développé un maglev à Shanghai pour servir de navette entre l’aéroport et la ville. 

Ce qui évolue désormais, c’est la vitesse que l’on souhaite atteindre grâce à ces « trains du futur » : 600, 800, voire 1.000 km/h. Une rupture par rapport aux lignes à grande vitesse, exploitées par environ 25 pays à travers le monde et dont les rames peuvent circuler à des vitesses qui s’approchent au mieux des 400 km/h. Pour aller encore plus vite, les ingénieurs se heurtent en fait à « un problème physique », assure Bertrand Minary. « Plus vous accélérez, plus vous faites face à la résistance de l’air. Elle vous limite, vous faites en quelque sorte face à un mur. » 

Les améliorations aérodynamiques aident à réduire cette résistance, mais l’idée phare du programme chinois – aussi popularisée par le projet « Hyperloop » d’Elon Musk – passe par l’utilisation d’imposants « tubes ». Leur particularité ? Ils sont « sous vide », une absence d’air qui permet de s’affranchir des frottements et d’augmenter considérablement la vitesse des rames. Sur le papier, en tout cas, puisque dans la pratique, aucune ligne commerciale de cette nature n’est pour l’heure opérationnelle. 

Une série d’obstacles freine le développement des « maglev »

Les images de chantier qui sont présentées dans la vidéo X sont authentiques. Tournées du côté de Datong, dans le nord-est du pays, elles remontent au moins à 2024 et ont été relayées (nouvelle fenêtre) par l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA). Si Pékin investit bel et bien dans la recherche et le développement autour de ces modes de transport, nous sommes encore loin d’observer des passagers monter à bord de ces engins propulsés à toute allure. La technologie de sustentation magnétique propre aux maglev « peut aujourd’hui être qualifiée de mature », estime Bertrand Minary, mais « réussir à les faire circuler dans des tubes à vide […] on ne sait pas faire ». Ou du moins, pas encore. 

Les enjeux sont multiples : « Comment bâtir une sorte de tunnel avec un maintien uniforme de la pression ? » « Comment procéder à l’accueil et au débarquement des passagers ? » Ces problématiques font toujours l’objet de réflexions, sans même parler des questions de sécurité et de maintenance, forcément plus compliquées qu’avec des trains « classiques » circulant sur des rails. 

Alors que de nombreux pays ont développé un réseau performant de lignes à grande vitesse (celui de la Chine dépasse les 50.000 kilomètres, soit les deux tiers du total mondial) et que le trafic aérien ne cesse de croître, rien ne garantit que ces trains de nouvelle génération puissent un jour trouver un modèle économique pérenne. Il faut en effet garder à l’esprit que l’absence d’interopérabilité avec les réseaux existants supposerait la création ex nihilo de nouvelles lignes, entièrement dédiées aux maglev. Des investissements colossaux qui auraient toutes les chances de se répercuter sur les prix des billets en cas de lancement d’une exploitation commerciale.  

L’évaluation socio-économique des maglev, elle, est au cœur d’une étude cofinancée par les membres de l’UIC. Des travaux actuellement en cours et dont les conclusions sont attendues au dernier trimestre 2026. Il s’agira autant de faire le point sur l’avancement des projets existants que sur les perspectives de développement de ces technologies.

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N’hésitez pas à nous écrire à l’adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur X : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI (nouvelle fenêtre).

Thomas DESZPOT

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