- Des acteurs publics, des entreprises privées et des associations de consommateurs proposent de regrouper plusieurs ménages pour négocier le prix de leur énergie.
- Cette mutualisation des volumes de consommation permet d’obtenir des conditions tarifaires avantageuses.
- Anna Creti, professeure d’économie à l’Université Paris-Dauphine, décrypte pour TF1info les intérêts et les limites de ces dispositifs.
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Regrouper des milliers de ménages pour former un collectif de négociation puissant. Cette idée n’a rien d’une utopie : plusieurs communes, intercommunalités, structures de santé ou sociales, associations ou courtiers en énergie obtiennent par ce biais des tarifs plus avantageux auprès des fournisseurs d’énergie (nouvelle fenêtre). Historiquement, l’association Que Choisir Ensemble a lancé le mouvement. Aujourd’hui, des structures locales à l’image du Syndicat départemental d’énergie 35 en Ille-et-Vilaine prennent le relai.
Depuis plus de onze ans, Étienne Jallet propose avec Ecodigo de rassembler les consommateurs pour atténuer ses factures d’énergie. Il reconnaît à TF1info faire face à une forte demande cette année : « Le contexte se tend sur le marché de l’énergie. Pour un consommateur moyen en gaz, le prix repère édité par la commission de régulation de l’énergie (CRE) a bondi et nous atteignons un plus haut historique. »
Pour une consommation de 12 000 kilowattheures de gaz, un ménage payait 1.500 euros en novembre 2025. Le même ménage doit débourser 2.100 euros aujourd’hui. La CRE estime que six foyers sur dix (environ 6 millions de ménages résidentiels) ont souscrit une offre de gaz à prix variable (nouvelle fenêtre). « Ils subissent des hausses parfois sans s’en rendre compte. C’est leur facture de régulation, éditée une fois par an, qui les ramène à la réalité »
, déplore Étienne Jallet.
En pratique, il suffit de s’inscrire en ligne sur une plateforme proposant ce service (Hello Watt, Selectra, Ecodigo, collectivité territoriale, etc.). Vous renseignez vos coordonnées, votre type de logement et vos identifiants techniques (PDL pour l’électricité et PCE pour le gaz), recensés par vos factures. La plateforme lance un appel d’offre en fonction du nombre d’inscrits. Plus le volume de consommation s’élève, plus les fournisseurs acceptent de casser les prix (remises sur le prix hors taxes du kWh ou sur l’abonnement). Anna Creti, professeure d’économie à l’université Paris-Dauphine, abonde : « L’intérêt économique vient à la fois d’un éventuel pouvoir de négociation lié au volume et, surtout, d’une réduction des coûts de recherche pour les ménages : l’intermédiaire compare, négocie et simplifie le changement de contrat. Mais il faut éviter de considérer que le simple fait d’acheter en groupe garantit automatiquement le meilleur prix. »
Vous restez libre de refuser le contrat
L’intermédiaire choisit le fournisseur répondant à son cahier des charges ou le plus offrant. Il calcule et vous envoie une offre personnalisée indiquant précisément l’économie estimée par rapport aux tarifs en vigueur. Certains intermédiaires assurent pouvoir économiser jusqu’à 25% sur votre facture d’électricité et 15% sur votre facture de gaz. « En 2023, l’UFC-Que Choisir annonçait environ 160 euros d’économie annuelle moyenne pour son achat groupé d’électricité, par rapport au tarif réglementé. Pour le gaz en 2024, plus de 63.000 consommateurs ont souscrit, avec une économie moyenne annoncée de 280 euros par foyer, soit environ 18 millions d’euros au total »
, référence Anna Creti. L’association de consommateurs ne renouvelle pas son initiative pour 2027. « Ces estimations sont issues d’une comparaison avec un tarif ou un prix de référence. Elles ne mesurent pas nécessairement le gain par rapport à la meilleure offre individuelle qu’un ménage aurait pu trouver lui-même au même moment »
, prévient la responsable de la Chaire Économie du Climat de Paris-Dauphine.
Attention, les tarifs promotionnels ou réductions durent souvent un an. Il faut vérifier l’évolution du prix du kWh à l’échéance de la première année. Pour rappel, les taxes (TVA, accises) représentent plus d’un tiers de la facture et n’évoluent pas, quelle que soit la négociation commerciale. Les intermédiaires ne s’impliquent pas tous de la même façon.
Certains effectuent un choix parmi plusieurs candidats pour trouver l’offre la plus avantageuse et précisent qu’ils vérifieront les conditions de mise en place de la souscription. Mais il semble que cela ne soit pas toujours le cas. D’autres se rémunèrent directement auprès des consommateurs participants, en faisant payer la souscription après validation du contrat. « Le médiateur national de l’énergie relève que les modalités de rémunération ne sont pas toujours explicitées »
, souligne la spécialiste.
Tout le monde peut candidater. Il faut néanmoins s’assurer que vos gestionnaires de réseau sont bien Enedis et GRDF (c’est le cas sur 95% du territoire français). Si vous décidez de signer, le nouveau fournisseur s’occupe de résilier votre ancien contrat à votre place. Notez que vous avez les mêmes droits que lorsque vous souscrivez un contrat d’énergie directement : délai de rétractation de 14 jours, pas d’engagement sur la durée, possibilité de faire appel au médiateur national de l’énergie en cas de litige… Vous pouvez également refuser l’offre proposée et décider de rester à votre compte. « Au fond, l’intérêt des achats groupés tient probablement moins à une remise de gros spectaculaire qu’à leur capacité à faire jouer effectivement la concurrence… »
, conclut Anna Creti.

