- Ils sont près de 15.000 à exercer en France le métier de coach professionnel.
- Mais les dérives de certains « coachs bien-être » sont épinglées par la Répression des fraudes.
- Entre pratiques trompeuses, coûts exorbitants et confusion avec le monde médical, le 20H de TF1 a enquêté sur ces abus.
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Le 20H
Coachs en amour, en immobilier, coachs pour être performant au lit ou au travail… La liste semble infinie pour les plus de 15.000 prétendus professionnels en activité recensés sur le territoire selon l’Observatoire des métiers du numérique, de l’ingénierie, du conseil et de l’événement (Opiiec) en 2022. Certains sont même devenus des stars et remplissent des stades. Véritable soutien ou arnaque déguisée, comment s’y retrouver ? Une équipe de TF1 a mené son enquête dans la vidéo en tête de cet article afin de plonger dans l’univers de cette profession aux contours flous.
« Comment réussir à sauver son couple quand votre mari vous dit que c’est terminé ? »
, lance Alexandre Cormont, coach en amour, devant son écran d’ordinateur. Alexandre Cormont endosse son rôle de « love coach »,
autrement dit de coach en amour. Il trône en haut du podium français dans son secteur, même s’il vit désormais à Miami. L’ancien basketteur, formé en neurolinguistique, rencontre un franc succès sur Internet avec par exemple six millions de vues pour l’une de ses vidéos.
Lors de ses sessions en visioconférence, le « love coach »
conseille une Française qui souhaite reconquérir son ancien partenaire. L’amour ne semble pas avoir de prix pour la cliente puisque l’heure de coaching s’élève à près de 500 euros. Malgré ce tarif onéreux, la jeune femme raconte à TF1 « qu’il (lui) donne des exercices à faire quasiment tous les jours et ce qui est très important c’est qu'(elle) voi(t) ces résultats sur (elle) »
.
Près de 80% d’irrégularités
« Il faut une limite claire dans un métier où il y a beaucoup d’émotions, parce qu’ils sont en souffrance réelle. Je ne vais pas m’improviser médecin, je ne vais pas m’improviser psychologue, je ne vais pas aller conseiller à ce moment-là »
, explique Alexandre Cormont à notre équipe du JT de 20H.
En France comme à l’étranger, il n’existe toutefois pas de formation obligatoire ni de diplôme pour exercer, ce qui entraîne à de nombreuses reprises des dérives. En 2023, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a épinglé les coachs en bien-être. « Sur 165 professionnels et établissements de formation contrôlés, près de 80% présentaient au moins une anomalie concernant l’information délivrée aux consommateurs en matière de compétences, de titres professionnels et de mentions valorisantes »
, précise-t-elle.
D’autant que dans 20 % des cas, la DGCCRF a relevé des pratiques commerciales trompeuses, comme la mise en avant de qualifications non détenues à l’image d’un magnétiseur, ou la participation d’une confusion avec la médecine par l’utilisation de termes tels que « consultation »
ou « docteur »
.
Entre l’opacité des prix, les faux diplômes ou l’allégation médicale, notre équipe de TF1 a fait le test en entrant en contact avec ces fameux
« coachs bien-être »
. À l’autre bout du fil, un homme propose un accompagnement « énergétique »
composé de trois séances à 360 euros. Ce dernier prétend être thérapeute sans formation médicale, qu’il justifie par « une bonne formation de vie, je suis plutôt sur la compréhension et les mécanismes de l’être humain »
.
Profils ciblés
Notre équipe fait également la rencontre au téléphone d’une autre coach qui prétend cette fois-ci aider les femmes à tomber enceintes. Encore une fois, elle n’est pas médecin. Sauf que cette dernière soutient qu’elle a suivi « une formation en nutrition mais aussi en yoga, en réflexologie plantaire et en shiatsu évidemment »
. La mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) alerte pourtant depuis dix ans sur ce « doublement des signalements »
en lien avec ces coachs, dont le quart concerne le domaine de la santé.
Ces « gourous »
ciblent également les jeunes mères de famille épuisées, vulnérables après un accouchement, comme Sylvie (prénom modifié) qui a vécu une dépression post-partum. Devant son état, elle souscrit au programme d’une prétendue coach de vie avec des vidéos dans un premier temps gratuites avant d’être incitée par cette accompagnatrice à débourser 3.960 euros pour un forfait.
Déjà en difficulté financière, Sylvie (prénom modifié) s’enfonce dans une spirale : « À chaque fois que je disais que ce n’était pas possible pour moi, on me proposait une solution pour que je prenne le truc quand même, jusqu’au bout. Là, un an après la formation, je suis en train de vendre ma maison, j’ai monté un dossier de surendettement au tribunal »
, raconte la maman.
Contactée par TF1, la coach n’a pas souhaité s’exprimer et réfute ces accusations. Sylvie (prénom modifié) n’est pourtant pas un cas isolé : plus de 1.000 femmes auraient suivi son programme. Chaque mois, l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victime de sectes (Unadfi) reçoit des dizaines de témoignages d’autres victimes présumées de dérives sectaires.
« Elle aurait vendu tous ses biens pour pouvoir satisfaire son coach »
, explique Pascale Duval, directrice et porte-parole de l’association. Endettement, abus de faiblesse, isolement social… À chaque fois, les mécanismes d’emprise se répètent. « La personne va rompre avec elle-même, avec ce qu’elle était auparavant. Elle va rompre avec son environnement proche, que ce soit amis, famille, travail et va rompre avec la société en rejetant les institutions selon le coach déviant »,
détaille Pascale Duval.
Face à ce constat, l’association demande un meilleur encadrement de la profession de coach. Car seuls les médecins peuvent demander des analyses ou prescrire un traitement.




