jeudi, juin 25

Le premier entretien bilatéral officiel entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni était attendu depuis quatre ans, tout comme le premier sommet intergouvernemental entre l’Italie et la France depuis le traité conclu en 2021, qui renforçait la coopération bilatérale traditionnelle.

L’attente portait surtout sur une amélioration des relations, jusqu’ici instables, entre le président français et la présidente du Conseil italienne, sur les grands dossiers de politique internationale, de l’Ukraine au Moyen-Orient.

Le sommet organisé jeudi à Antibes a donné lieu à des déclarations d’entente des deux dirigeants sur les principaux points, mais il faudra voir ce qu’il en restera lors des prochains rendez-vous internationaux qui les attendent.

En revanche, les accords signés entre les deux pays dans plusieurs secteurs, à commencer par la défense et l’espace, sont bien là.

Italie-France : accords sur la défense, l’Ukraine et le Liban

À la première question de la conférence de presse finale sur les « relations glaciales » entre les deux dirigeants, Macron a mis en avant « l’approche commune » désormais trouvée, « qu’il s’agisse de l’Ukraine, du Liban, du détroit d’Ormuz ou du budget européen ».

« Nous avons réussi à construire des convergences », a commenté le président français.

La présidente du Conseil italienne, elle, est allée plus directement au but. « Nous sommes deux personnes qui défendent leurs intérêts nationaux mais qui travaillent ensemble. On peut ne pas être d’accord », a répliqué Meloni, « ce ne sont pas des relations glaciales, mais des relations entre des personnes sérieuses qui parlent de politique ».

« Nous continuerons à travailler ensemble, éventuellement encore mieux que ce que nous avons fait jusqu’à présent », a-t-elle ajouté.

En esquivant les divergences sur l’Ukraine (« il doit y avoir une place pour l’Europe dans les négociations, afin que le futur ordre post-conflit soit conforme aux intérêts européens »), sujet déjà abordé à Berlin, les deux dirigeants ont préféré insister sur leurs principaux points d’accord.

Concernant le Liban, « nous avons décidé de lancer une coalition avec l’UE et l’ONU pour mettre en place un mécanisme post‑FINUL», a assuré Meloni, « afin d’éviter de laisser un vide en décembre », lorsque prendra fin la mission d’interposition de l’ONU, « avec un mandat clair et structuré, ce qui a fait défaut ces dernières années ».

Quant à la défense, autrement dit le réarmement européen et l’autonomie stratégique vis‑à‑vis des États‑Unis, « nous sommes d’accord avec Macron, nous devons faire des progrès en Europe », a admis la cheffe du gouvernement, selon laquelle « nous avons été distraits par le passé » et désormais « nous devons être à la hauteur de notre époque », en référence également au retard pris sur les satellites.

Message clair en revanche sur le prochain budget européen qui doit être débattu. « Les nouvelles priorités », donc le réarmement, « ne peuvent pas se faire au détriment de la cohésion et de la politique agricole commune, car ce sont des préconditions de la compétitivité et de l’autonomie stratégique de l’Europe », a déclaré la présidente du Conseil aux médias.

Les échanges commerciaux atteignent 112 milliards d’euros, ce sont des chiffres records, la France est le premier investisseur étranger en Italie

Accords signés : satellites, nucléaire, transports

L’aval est donc donné aux entreprises privées, avec le soutien de l’État, pour créer des « champions européens de la défense ». L’Italie et la France ont donné leur feu vert au projet Bromo, signé l’an dernier, par lequel les groupes Thales, Airbus et Leonardo visent l’intégration des principales activités satellitaires des trois acteurs au sein d’une nouvelle société.

Pleine coopération également sur le système de défense aérienne Samp‑T, produit franco‑italien sur lequel l’Europe compte comme alternative aux Patriot fabriqués aux États‑Unis. « Nous voulons le rendre toujours plus performant ; on a vu en Ukraine et dans le Golfe à quel point ce système est à la pointe », a déclaré Meloni.

Les deux pays ont signé au total sept accords, entre le sommet intergouvernemental d’Antibes et le Forum économique qui s’est tenu en parallèle. Parmi eux, une déclaration pour renforcer la liaison ferroviaire Marseille‑Gênes, ainsi que des textes en faveur de la réouverture de la seconde galerie du tunnel du col de Tende et des travaux d’extension de celui du Fréjus.

En outre, Edison a signé, avec EDF, Nuward et les acteurs de la filière nucléaire italienne, une déclaration d’intention pour le développement conjoint d’une installation nucléaire européenne de troisième génération basée sur la technologie des petits réacteurs modulaires, avec l’objectif de disposer des premiers sites opérationnels en 2035.

L’Italie obtient enfin de la France un accord administratif relatif à la création et à l’organisation d’une équipe mixte chargée de lutter contre l’immigration clandestine, même si les deux dirigeants l’ont présenté avec des nuances de ton.

Macron, qui s’est exprimé le premier, a annoncé une « commission conjointe de sécurité » sur ce sujet, tandis que la dirigeante italienne a estimé qu’« elle est fondamentale pour deux nations comme les nôtres pour affronter le trafic d’êtres humains ».

« Avec les nouvelles règles européennes, nous pourrons obtenir des résultats encore meilleurs », a conclu Meloni, « en 2026, on a enregistré une réduction de 40 % des franchissements des frontières extérieures de l’UE ».

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