jeudi, juillet 2

  • Le nouvel album des Rolling Stones sortira le 10 juillet.
  • Pour l’occasion, Gilles Bouleau a rencontré à Londres leur leader, Mick Jagger.
  • Un entretien événement, entre interview et reportage, diffusé ce mercredi dans le 20H et à revoir ici en intégralité.

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Le 20H

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Le rendez-vous est pris dans un hôtel londonien. Mick Jagger, 83 ans dans quelques jours, attend sagement, avec toujours ce regard malicieux de l’éternel adolescent. « I am Mick », lance-t-il à Gilles Bouleau, qui fait mine de découvrir qui il est. Le leader des Rolling Stones enchaîne en français, une langue qu’il parle très bien, lui qui entretient des liens étroits avec l’Hexagone depuis soixante ans. 

Le légendaire groupe de rock anglais sort le 10 juillet son 25e album studio, « Foreign Tongues » (« Langues étrangères »), enregistré à Londres en moins d’un mois. « Si vous avez une nouvelle chanson, c’est quelque chose d’excitant, vous ne l’avez jamais faite », lance Mick Jagger pour expliquer son énergie débordante. « Je voudrais être enfant pour la vie. Il faut être enfant avec la voix, alors il faut ‘faire la discipline’ pour ça. C’est un peu ennuyant, vous ne pouvez pas boire beaucoup, vous ne pouvez pas fumer », poursuit-il, tout en reconnaissant qu’il l’a « beaucoup fait avant, peut-être trop ». 

Avec son déhanché mythique, savamment entretenu par des heures de sport, Mick Jagger a toujours eu l’ambition d’être le plus grand showman du monde. Après 60 ans de carrière, il continue de s’entraîner tous les jours, comme un athlète. Avec une petite idée derrière la tête : remonter sur scène. Mais ses deux acolytes, Keith Richards, 82 ans et Ron Wood, 78 ans, ont-ils la même envie ? « Je pense que Keith veut faire le show l’année prochaine », lâche-t-il, tout en laissant planer le doute. 

1962 : première colocation à Chelsea

La légende raconte que Mick Jagger et Keith Richard (à l’époque sans « S ») se sont rencontrés dans une gare de Dartford, en banlieue de Londres, en octobre 1961, et que le futur guitariste des Rolling Stones portait un disque de Chuck Berry sous le bras. Quelques semaines plus tard, le duo est rejoint par Brian Jones, guitariste lui aussi. Bonne nouvelle, le jeune homme a envie de monter un groupe et a même déjà une idée de nom en tête : « Rollin’ Stone », en référence à une chanson de Muddy Waters. L’année d’après, tout ce petit monde s’installe en colocation dans un deux-pièces au 102 Edith Grove, à Chelsea. 

« C’est ici que tout a commencé en 1962 dans cet appartement au 1er étage, dans un désordre indescriptible. C’est Mick Jagger qui payait le loyer, 15 euros par mois, avec sa bourse d’étudiant en économie. Et c’est sur le trottoir qu’a été prise la première photo officielle du groupe » (image ci-dessous), raconte Gilles Bouleau dans la vidéo en tête de cet article, entrecoupant son interview de visites sur des lieux mythiques de l’histoire des Stones. Mick Jagger se souvient de cette épisode avec nostalgie. « L’appartement est toujours là. Mais à ce moment-là, c’est le bazar. Ce n’est pas très chic », dit-il, précisant qu’à cette époque, leur seule ambition était de faire du blues, de la musique. 

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1964 : premier album au Metropolis Studios

Le blues et immédiatement après, le rock, qu’ils vont réinventer et porter au sommet. « Le son des Rolling Stones, reconnaissable entre mille, incroyablement énergique, est né au Métropolis Studios de Londres. C’est dans ce studio minuscule qu’ils ont enregistré leur tout premier album en 1964 », indique Gilles Bouleau. L’actuel gérant poursuit : « Et 90% de leur deuxième album. Leur premier succès, c’était ici. Ce qu’ils aimaient, c’était la liberté totale. C’était un studio indépendant et ça, ils ont adoré. C’est là, dans cette petite cabine, que Mick Jagger a posé sa voix devenue si célèbre », montre-t-il. Mick Jagger précise : « C’est un magasin pour vendre des guitares maintenant ». Mais à l’époque, le rocker souligne que c’était « un demo studio ». « Ce n’était pas un studio où on fait de vrais enregistrements. C’était juste assez grand pour cinq, six personnes et c’était recouvert avec des cartons d’oeufs pour amortir le son », se rappelle-t-il.

1969 : concert mythique à Hyde Park

Si l’on devait retenir une date mythique dans l’incroyable palmarès des Stones, ce serait sans doute leur concert à Hyde Park, à Londres, en 1969. En pleine période hippie, les rockeurs organisent ce qui est à l’époque le plus grand rassemblement musical de l’histoire du Royaume-Uni. Pourtant, deux jours auparavant, une tragédie les frappe : leur guitariste, Brian Jones, est retrouvé mort à l’âge de 27 ans, noyé dans sa piscine. Ce concert se transforme alors en un hommage au musicien légendaire, et rassemble plus de 300.000 personnes. Une marée humaine dont le souvenir fait encore frémir aujourd’hui Mick Jagger. « C’est magique, absolument. C’est entrée libre. C’est très historique. Je porte un costume blanc, un peu comme une jupe. On a des batteurs africains pour Sympathy for the Devil », énumère-t-il. C’est l’acte de naissance du plus grand groupe de rock du monde. D’autres vont contester ce titre. Mais aucun n’a eu cette longévité.

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Aujourd’hui, on peut d’ailleurs dire aisément que Mick Jagger est l’une des dernières légendes vivantes du rock’n’roll. Un postulat qu’il reconnaît volontiers. « À 25 ans, j’étais déjà une bête de scène. Même à 15 ans », assure-t-il. Il faut dire que sur scène et en dehors, il est un maître dans l’art de la séduction et en connaît tous les registres. Survolté, envoûtant, androgyne, il faut le regarder attentivement pour comprendre qu’être une star est un don, mais aussi un métier. Pour autant, il affirme être « un homme normal tout le temps ». « Mick Jagger, c’est un personnage », clame-t-il. 

Alors, pourquoi ne pas prendre sa retraite ? Le rockeur n’y songe même pas. « En Angleterre, à 65 ans, c’est fini. En France, c’est la même chose un peu. Le golf ? Le pub ? Non, non, ce n’est pas pour moi. Toutes les semaines, je fais des chansons », souligne-t-il. Les « Papys du rock », comme on les surnomme affectueusement, sont bien décidés à faire de la résistance. Et s’il ne devait lui rester qu’un souvenir heureux avec les Stones, Mick l’assure : « C’est quand nous avons fait le premier grand succès aux États-Unis avec la chanson Satisfaction », conclut-il. Chanson que les Rolling Stones, rappelons-le, ont jouée 973 fois sur scène !

Virginie FAUROUX | Propos recueillis par Gilles BOULEAU

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