- Les professionnels de santé alertent sur l’augmentation des injections illégales à visée esthétique.
- L’Ordre des médecins a déjà reçu 28 signalements depuis le début de l’année.
- Il faut dire que de plus en plus de Français sont addicts à la chirurgie esthétique.
Suivez la couverture complète
Le 20H
À 31 ans, Manu a déjà subi 45 opérations de chirurgie esthétique. La dernière en date, particulièrement lourde, a été réalisée il y a tout juste deux semaines. « Le chirurgien a pris un bout de côte pour mettre un bout de cartilage sur le nez. Étant jeune, j’étais gros, j’avais un gros nez. À l’école, on se moquait de moi. Après, c’était un engrenage »,
explique-t-il dans le reportage en tête de cet article. Sur la photo ci-dessous, voici à quoi ressemblait le jeune homme en 2017, avant toutes ses opérations.
En fait, j’ai toujours le besoin de faire une opération pour bien me sentir.
En fait, j’ai toujours le besoin de faire une opération pour bien me sentir.
Manu, 31 ans
À chaque fois, il s’est rendu en Tunisie, un pays où les actes de chirurgie coûtent bien moins cher qu’en France. Au total, il a tout de même dépensé près de 30.000 euros. Il se dit aujourd’hui satisfait du résultat, mais il le reconnaît : « J’assume que je suis addict à la chirurgie. Quand on en fait une, deux, trois, quatre, après, c’est une drogue, on ne peut plus s’arrêter comme ça. En fait, j’ai toujours le besoin de faire une opération pour bien me sentir »
, affirme-t-il.

Elles sont très jolies et elles veulent complètement se modifier. Ça, c’est très inquiétant.
Elles sont très jolies et elles veulent complètement se modifier. Ça, c’est très inquiétant.
Dr Dahbia Toulali, médecin esthétique à Nice
La chirurgie esthétique est devenue une addiction, comme l’alcool ou les drogues. Elle est d’ailleurs traitée dans le service d’addictologie du CHU de Nice. « Développer une obsession autour de son image, de trouver qu’il y a toujours quelque chose qui ne va pas, c’est ce qu’il peut avoir à risque d’un point de vue addictologique. Et là, c’est vrai qu’on voit effectivement cette obsession de plus en plus présente chez des jeunes et des moins jeunes »
, indique le psychiatre Faredj Cherikh.
De nouveaux canons de beauté inspirés par des stars des réseaux sociaux comme Kim Kardashian ou Ariana Grande. Ce sont même parfois les filtres des applications qui poussent les jeunes filles à consulter. « Certaines jeunes arrivent avec un modèle qu’elles ont construit sur leur application, elles veulent ressembler à ce modèle-là et elles me demandent de les transformer. Elles sont très jolies et elles veulent complètement se modifier. Ça, c’est très inquiétant »
, alerte le Dr Dahbia Toulali, médecin esthétique à Nice.
De plus en plus d’interventions clandestines
Philippe Kestemont, chirurgien esthétique à la clinique Saint George à Nice, constate lui aussi l’arrivée d’une clientèle de plus en plus jeune avec des demandes très spécifiques. « Certaines veulent absolument les yeux qui remontent un petit peu, ce qu’elles appellent le
‘cat-eyes’, le
‘fox-eyes’ – c’est les termes que vous trouvez sur Instagram – c’est-à-dire les yeux en amande. Quand une fille de 30 ans nous demande ça, la plupart du temps, on refuse »,
tranche-t-il. Désormais, une partie de son travail consiste aussi à rattraper des interventions ratées, réalisées parfois en toute illégalité par des non-professionnels.
Comme lorsqu’il a soigné la nécrose d’une patiente, Fadila, 32 ans. Elle avait voulu affiner son nez avec des injections d’acide hyaluronique, une pratique risquée si elle n’est pas correctement réalisée. « J’ai contacté une fille qui était sur Instagram. De base, je ne savais pas que c’était des injections clandestines. Elle avait beaucoup d’abonnés. On voit les avant, après. Je voyais des nez crochus qui devenaient de petits nez »
, assure-t-elle. Séduite, elle prend rendez-vous. « Ce n’était pas du tout un cabinet, c’était un Airbnb. Parce qu’en fait, elle se déplaçait dans toute la France. Elle m’a tellement mal injectée qu’elle m’a même bouché une artère »,
reconnaît-elle. Fadila a porté plainte.
En France, le nombre d’actes de chirurgie et de médecine esthétique a augmenté de près de 20% en 5 ans. Un chiffre qui ne prend pas en compte les interventions clandestines, qui échappent aux statistiques.











