mardi, juin 30

  • Une enquête montre une généralisation de la prise en compte des critères RSE dans les dispositifs de rémunération des cadres.
  • Devons-nous nous en réjouir ou en pleurer ?

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N’y a-t-il donc que l’appât du gain pour motiver « l’élite » à agir pour préserver les conditions d’habitabilité de la planète ? Comment avons-nous pu devenir aussi cupides et avides d’argent ? Alors que la population concernée fait déjà partie des 1 % les plus riches, et qu’il est largement démontré qu’il existe une corrélation parfaite entre le niveau de richesse et la pollution carbonée, une enquête du cabinet de conseil et d’audit PwC montre une généralisation de la prise en compte des critères RSE dans les dispositifs de rémunération des cadres (variable, intéressement). On assiste ainsi au paradoxe idiot qui consiste à demander aux cadres de décarboner leur entreprise pour mieux carboner leur vie !

Si ces dispositifs incitatifs étaient efficaces pour atteindre la neutralité climatique, nous pourrions l’accepter, mais ce n’est pas le cas. Nous savons que l’écrasante majorité des entreprises, actuellement, ne sont pas capables de démontrer qu’elles baissent en valeur absolue leur empreinte carbone globale. C’est particulièrement vrai dès lors qu’elles poursuivent des objectifs de croissance qui ne participent pas à éviter des émissions de GES dans leur chaîne de valeur. Pour dissimuler cette incapacité structurelle, les objectifs sont, le plus souvent, définis en intensité carbone par euro de chiffre d’affaires : ainsi, les bonus restent atteignables, mais le réchauffement s’amplifie car les émissions ne baissent pas.

La perspective de devenir le plus riche du cimetière ne doit plus être la seule motivation des cadres pour les inciter à concilier l’impératif écologique avec la nécessité économique

Fabrice Bonnifet

S’il n’y a que la carotte pour faire avancer les cadres qui n’ont pas encore compris l’urgence écologique, ayons au moins la lucidité d’exiger un changement de cap dans leurs actions. L’enjeu n’est plus de les obliger à rechercher une performance déconnectée des véritables risques, mais de les contraindre à trouver les conditions d’une transformation robuste des modèles d’affaires vers l’économie de la fonctionnalité. Moins produire et plus utiliser n’est plus une option pour faire véritablement baisser la pression sur les limites planétaire. Se préparer à la civilisation post-carbone, et donc post-croissance, n’est pas une faiblesse, c’est de la lucidité.

Au lieu de faire miroiter des gains financiers additionnels aux cadres dirigeants en contrepartie de leurs « efforts » pour la planète, proposons-leur plutôt du temps – le bien le plus précieux – pour commencer à organiser leur retraite et s’impliquer dans la vie associative, celle qui donne du sens à l’existence, ou encore des formations à l’empathie vis-à-vis du premier capital de l’entreprise : la nature. La perspective de devenir le plus riche du cimetière ne doit plus être la seule motivation des cadres pour les inciter à concilier l’impératif écologique avec la nécessité économique.

Fabrice BONNIFET

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